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Crise à la Ciivise : la ministre Stéphanie Rist veut réorganiser l’instance

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La désormais ex-codirectrice de la Ciivise Solène Podevin-Favre – ici devant la commission d'enquête parlementaire sur les contrôles et les violences dans les établissements scolaires, en mars 2025 – dénonce un climat de travail empreint de "violence" et de "prises à partie personnelles".    

Crédit photo AFP
Après la démission de deux des trois dirigeants de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), la ministre Stéphanie Rist souhaite que soit lancée une mission indépendante d’appui à la transformation de l’instance.

Nouveaux remous au sein de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), marquée depuis sa création par une succession de crises et de démissions. Cette fois, ce sont deux des trois membres du collège directeur qui démissionnent.

Thierry Baubet d’abord. Le pédopsychiatre, codirecteur scientifique du Centre national de ressources et de résilience (Cn2r), l’annonçait le 21 janvier 2026 sur le réseau social LinkedIn. « Ce qui m’a conduit à partir, expliquait-il, ce sont des désaccords sur des décisions prises et sur les modalités de fonctionnement. » Le professeur d’université n’en dira pas plus, invoquant une charte de confidentialité signée au printemps 2024.

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Le lendemain, c’est Solène Podevin-Favre, présidente de Face à l’inceste, qui annonçait « claquer la porte ». « On a de graves dysfonctionnements » au sein de la Ciivise, expliquait-elle au micro de France Inter le 22 janvier. « La parole des victimes n'est plus la boussole des travaux de la Ciivise », a-t-elle estimé.

Thierry Baubet et Solène Podevin-Favre codirigeaient l’instance avec Maryse Le Men Régnier, présidente de la Fédération France Victimes, depuis avril 2024. Une direction collégiale nommée à l’époque par le gouvernement pour assurer la mise en œuvre des 82 recommandations issues du rapport de novembre 2023.

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Parmi elles, des réformes juridiques, comme l’imprescriptibilité des crimes sexuels commis sur mineurs, sont remises en cause. « Certaines propositions du programme de travail de la Ciivise pour l’année 2026 vont, de notre point de vue, à l’encontre des intérêts des victimes, de nos valeurs associatives et de la mission que nous a confiée le gouvernement », poursuit l’association dans un communiqué.

Elle évoque également un climat de travail « gravement détérioré », empreint « de violence » et « de prises à partie personnelles ». « Malgré leur engagement, nos représentantes ont été empêchées d’accéder aux réunions et aux travaux du groupe de travail chargé d’examiner précisément les sujets juridiques que nous portons depuis notre création. Les travaux proposés par Face à l’inceste ont fait l’objet de campagnes internes de dénigrement et la parole de ses membres a été muselée. »

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« Certains à la Ciivise ont confisqué le pouvoir et se refusent à penser des questions centrales comme l’ordonnance de protection immédiate de l’enfant, l’inclusion des cousins comme auteurs incestueux, l’élaboration d’une infraction spécifique d’inceste, l’imprescriptibilité… », dénonce encore Solène Podevin-Favre.

Résolue à poursuivre son engagement, elle estime que « le combat contre l’inceste ne passe plus par la Ciivise », qui manque de moyens et d’appuis politiques.

De la démission d’Elisabeth Guigou en janvier 2021 à celle de Caroline Rey-Salmon et de Sébastien Boueilh début 2024, en passant par la non-reconduction d’Edouard Durand et de Nathalie Mathieu, l’histoire de la Ciivise est une succession de crises de gouvernance.

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En septembre 2025, c’est la secrétaire générale Alice Casagrande qui avait démissionné pour rejoindre l’Observatoire départemental des violences envers les femmes de Seine-Saint-Denis. Quelques mois auparavant, en avril 2025, l'ex-ministre Catherine Vautrin avait prolongé le mandat de la Ciivise – qui devait initialement s’achever en octobre 2025 – d’un an. Avec pour mission de préparer la bascule de l’instance dans le droit commun.

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« Consciente des tensions exprimées », l'actuelle ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées, Stéphanie Rist, rappelle dans un communiqué « qu’une instance indépendante ne peut remplir pleinement sa mission que dans un climat de dialogue respectueux, de responsabilité collective et de reconnaissance de la pluralité des expertises, y compris celle issue du vécu des victimes ».

Elle souhaite que soit lancée « une mission indépendante d’appui à la transformation » de l’instance, « en engageant les évolutions nécessaires sur le plan des méthodes de travail, de l’organisation interne, en toute transparence ».

« Notre boussole, a-t-elle conclu, reste l’intérêt supérieur de l’enfant. »

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