Le titre de ces nouvelles journées de formation est en lui-même une petite provocation : « Qu’est-ce que je fais encore là ? », interpelle l’Anmecs. L’association, qui rassemble depuis sa création en 2010 les maisons d’enfants, s’est glissée dans la peau d’un professionnel. Consciente que le métier, bousculé par la dégradation des conditions d’accueil et d’accompagnement, cherche un second souffle. Une « boussole » capable de guider les pratiques, d’insuffler du sens et de remobiliser les troupes.
Pour ces nouvelles journées de formation, à Epinal, l’Anmecs propose donc de réfléchir à la notion d’intérêt supérieur de l’enfant. Et de la traduire concrètement dans les décisions du quotidien, en articulant droits, besoins fondamentaux et contraintes institutionnelles, économiques et territoriales. Non pas un concept-valise, mais le socle du « réenchantement » des pratiques éducatives.
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« Il y a un besoin urgent de revisiter cette politique publique, explique Alain Vinciarelli, président de l’Anmecs. L’intérêt supérieur de l’enfant est souvent mis en avant – et tout le monde y travaille – mais on n’est pas forcément ancré sur cette intention. Et l’ensemble des rapports qui font état des dysfonctionnements dans la protection de l’enfance nous le rappelle. »
Ces journées fixent quatre objectifs :
- Comprendre la traduction juridique de la notion d’intérêt supérieur ;
- Définir les éléments de la clinique éducative ;
- Appréhender les déterminants de la crise systémique du secteur ;
- Identifier les leviers d’innovation.
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Pendant trois jours, acteurs institutionnels, sociologues, thérapeutes ou encore juristes se succèdent. Pierre-Alain Sarthou, directeur de la Cnape, dont l’Anmecs est adhérente, interviendra pour rappeler l’évolution législative de la notion, inscrite dans la Convention internationale des droits de l’enfant (Cide) de 1989, puis dans les lois françaises de 2007, 2016 et 2022. Anne-Catherine Rasson, spécialiste des droits de l’enfant et chercheuse en Belgique, s’intéressera à notre culture « infantiste », et à l’ambivalence du principe d’intérêt supérieur de l’enfant lorsque seuls les adultes définissent les règles.
Le sociologue Bertrand Hagenmüller portera une réflexion sur le pouvoir d’agir des enfants, et sur cette révolution à mettre en place dans les établissements pour reconnaître le potentiel de chacun.
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Au cœur des préoccupations, également : la santé mentale. Le pédopsychiatre Guillaume Bronsard l’abordera tout en rappelant la nécessité de pas enfermer dans cette case. Il s’intéressera également à la maltraitance et à ses stéréotypes.
La psychothérapeute Adeline Chaufer, sur les traumatismes et la nécessité, en tant que professionnel, d’être outillé pour mettre en œuvre l’intérêt supérieur de l’enfant.
Citons également les présences d’Eric Delemar, Défenseur des enfants, de Laurent Sochard, psychosociologue, de Roland Janvier, chercheur en sciences sociales ou encore de Gautier Arnaud-Melchiorre, auteur du rapport A (h)auteurs d’enfants.
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