« On est au pied du mur. Il faut que le ou la futur(e) chef(fe) de l'État agisse immédiatement dès son entrée en fonction ! » À moins d'un an du premier tour de l'élection présidentielle, le Syndicat national des établissements, résidences et services d'aide à domicile privés pour personnes âgées (Synerpa) tire la sonnette d'alarme sur la situation du secteur du grand âge. Selon ses projections, 800 000 nouveaux pensionnaires entreront en Ehpad (établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes) entre 2027 et 2032. Parmi les 5 millions de Français concernés par le grand âge durant cette période, la situation d'un million d'entre eux nécessitera un accompagnement à domicile.
Face à cela, les établissements et services sanitaires, sociaux et médico-sociaux risquent de manquer de bras et 600 000 recrutements sont à prévoir dans la branche ces prochaines années, dont la moitié pour remplacer les départs en retraite et autant pour répondre au vieillissement annoncé de la population.
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« Besoin d'un cap clair »
« Ce qu'on veut, c'est un cap clair et de la visibilité pour le secteur. On a besoin de planification pour le grand âge. On ne peut plus attendre de découvrir dans chaque PLFSS [projet de budget de la sécurité sociale, ndlr] les moyens et les orientations pour l'année à venir », plaide Jean-Christophe Amarantinis, le président du Synerpa. Dans son plaidoyer à l'attention des candidats à la présidentielle, l'organisation patronale réclame un « choc de simplification » administratif. L'objectif : permettre aux acteurs du secteur – qu'ils soient à gouvernance publique, associative ou relevant du champ lucratif – de favoriser les parcours résidentiels des personnes âgées entre domicile, habitat intermédiaire et Ehpad. Le Synerpa réclame aussi un plan d'investissement de « 12 à 14 milliards » pour adapter la filière aux enjeux du vieillissement.
Au-delà, le secteur a aussi urgemment besoin de personnel, observe Jean-Christophe Amarantinis : « Il faut une stratégie d'attractivité pour nos métiers, plaide-t-il. Les besoins de formation de nos établissements et services sont massifs. Des efforts sont indispensables à la fois sur la formation initiale mais aussi sur la formation continue pour favoriser les reconversions de salariés en deuxième partie de carrière. »
Autre modification formative demandée : un retour des financements fléchés sur la validation des acquis de l'expérience (VAE) permettant de certifier des professionnels non diplômés. Le déblocage d'une enveloppe expérimentale avait permis de qualifier près de 30 000 salariés du sanitaire, social et médico-social. Mais depuis 2025, ces ressources exceptionnelles se sont taries, sacrifiées sur l'autel des économies budgétaires de l’État.
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Une priorité pour 87 % des Français
Pour le Synerpa, « le grand âge n'est pas un sujet parmi d'autres : c'est un thème de société majeur ». Un sondage Ipsos réalisé au mois de juin pour le compte de l'organisation d'employeurs montre par ailleurs que l'opinion partage en partie ce constat. Quelque 87 % des Français estiment que le grand âge doit être une priorité du prochain président de la République et 60 % pourraient même en faire un élément déterminant de leur vote à venir.
Dans la même enquête, 68 % des sondés révèlent qu'ils redoutent de ne pas avoir les moyens de financer leur future place en Ehpad. Tout en s'opposant, à 70 %, à une augmentation des droits de succession. Une situation qui pousse le Synerpa non pas à réclamer une réforme de la fiscalité, mais à autoriser une mobilisation facilitée du patrimoine immobilier des particuliers (vente du logement, viager, etc.) pour financer la prise en charge du grand âge.
D'autres sources de financement sont également proposées, comme la création d'un « fonds silver » calqué sur le fonds vert destiné à soutenir la transition environnementale ou un recours plus important aux assurances privées pour financer les places en Ehpad.
Immigration de travail
L'enquête du syndicat soulève toutefois un lièvre : avec les besoins à venir de la filière, et au vu de la faible fécondité française, difficile d'imaginer combler les besoins en main-d'œuvre sans un recours à l'immigration de travail. En Île-de-France, près de la moitié des auxiliaires à domicile sont de nationalité étrangère.
Et pour occuper les postes à pourvoir, il va falloir revoir ce chiffre à la hausse... Une gageure alors que 57 % des personnes interrogées se disent hostiles à l'augmentation des flux migratoires ! Convaincre les futurs candidats de s'y résoudre risque de se révéler particulièrement ardu. Mais les patrons du Synerpa, qui organisent le 26 octobre prochain une grande réunion de rentrée autour de leurs propositions, ne désespèrent pas d'y parvenir.
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