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Comment accompagner une personne âgée précaire à domicile

En 2018, selon les données les plus récentes de l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques), le taux de pauvreté des personnes âgées de 65 ans et plus, en France, était de 8,6%

Crédit photo Hans Lucas via AFP
Pour les services d’aide à domicile, la prise en charge d’une personne âgée en situation de précarité est particulièrement complexe. Lors d’une table ronde sur le sujet aux Assises nationales de l’aide à domicile, mardi 7 novembre, à Paris, les acteurs du secteur ont avancé quelques pistes d’amélioration.

En 2018, selon les données les plus récentes de l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques), le taux de pauvreté des personnes âgées de 65 ans et plus, en France, était de 8,6% (soit 1 067 000 de personnes pauvres), contre 14,8% pour l’ensemble de la population. Cependant, ce taux varie en fonction des âges : il est plus élevé à partir de 80 ans (9,7%) qu’entre 70 et 79 ans (compris entre 7,0% et 7,3%). « Cela traduit la situation relativement plus défavorable des personnes de 80 ans ou plus vivant hors institution : 55% ont un niveau de vie inférieur à la médiane, contre 45% pour les personnes de 70 à 79 ans », estime l’Insee.

Toutefois, les 65 ans ou plus sont sous-représentés parmi les 10% des personnes les plus modestes : ils en constituent 8,6% alors qu’ils représentent 19,7% des personnes vivant hors institution. Pour autant sous-représentation ne veut pas dire non-existence. Or, « les structures d’aide à domicile ont du mal à repérer ces personnes âgées précaires », déplore Mériam Boussebsi, secrétaire générale de la Fédération des Associations de l’Aide Familiale Populaire, présente aux Assises nationales de l’aide à domicile (Fnaafp/CSF), mardi 7 novembre, à Paris.

« Comme ces personnes sont plus isolées socialement que la moyenne, souvent elles ne sont pas identifiées pas nos services mais par les assistantes sociales, les centres d'hébergement d'urgence ou les hôpitaux, précise-t-elle. Cela veut dire que notre prise en charge arrive tardivement, que la santé de cette personne est déjà bien détérioré. Nous avons donc plus de mal à les maintenir à domicile ». Si la précarité n’est pas la même selon que la personne habite en zone rurale, en ville, en quartier prioritaire ou en outre-mer, il existe malgré tout une constante : « Ce public implique une prise en charge très différente, plus complexe et pour lequel chaque heure compte », assure Stéphane Corbin, directeur général adjoint des solidarités au conseil départemental de Seine-Saint-Denis.

Formation des professionnelles et coordination des acteurs

« Quand on est précaire, on mange moins bien, on se chauffe moins bien, on a moins d'aide, moins de relations sociales... Tout cela entraîne des glissements, parfois une perte d'autonomie plus importante », estime encore l’ancien directeur général de la CNSA (caisse nationale de solidarité pour l’autonomie.

« Peut-être que statistiquement les personnes âgées ne sont pas les plus représentatives de la population précaire mais lorsqu'elles sont dans cette situation, la spirale peut devenir très vite négative et avoir d’importantes conséquences », ajoute Mériam Boussebsi.

C’est pourquoi la représentante de la Fnaafp/CSF considère que l’accompagnement de ce public nécessite une formation spécifique, « notamment pour prendre en charge les problématiques d’addiction ou les troubles cognitifs qui peuvent découler de cette précarité ».

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Pour Benjamin Picard, directeur des partenariats et des affaires publiques du groupe Zephyr (privé commercial), il convient aussi de mieux coordonner les acteurs de terrain : « Si les aides à domicile sont celles qui sont les plus présentes auprès des bénéficiaires, tout ne peut pas reposer sur leurs seules épaules. Il faut que les professionnels du médico-social (dispositifs d'appui à la coordination (DAC), les CCAS, les CLIC, les infirmières, les assistantes sociales...) œuvrent en réseau ». « Nous devons décloisonner les services d’aide à domicile et réfléchir à la mise en place d’équipes pluridisciplinaires avec, entre autres, des services de psychologie, des travailleurs sociaux et les professionnels du secteur de l'urgence et de l'insertion », appuie Mériam Boussebsi.

Des orientations en Ehpad non désirées

Autre particularité de ce public : un important non-recours aux aides principalement en raison d’un reste à charge encore trop important. Stéphane Corbin prend l’exemple d’une personne en GIR 3 qui bénéficie de 45 heures d’aide par mois. Avec une retraite de 1200 euros par mois, soit un montant supérieur au seuil de pauvreté (1 120 euros nets par mois, ndlr), son reste à charge sera de 108 euros, soit près de 10% de son budget. « C’est encore trop important, déplore le représentant de la Seine-Saint-Denis. Cela veut donc dire que des personnes renoncent à certaines soins ». Au risque d’aggraver leur perte d’autonomie…

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Alors que 27% des bénéficiaires de l’APA (allocation personnalisé d’autonomie) de son département ont un revenu inférieur à 863 euros et que près de 40% des personnes qui habitent dans les quartiers prioritaires de la ville ont plus de 65 ans, Stéphane Corbin estime donc que « le mécanisme de l'APA et son plafonnement monétaire n’est plus adapté » : « Cela ne permet pas de mettre en place des plans d’aide à la hauteur des besoins des personnes. Pire, cela compromet le maintien à domicile ».

Dès lors, certaines orientations en Ehpad sont subies et non désirées. « C'est l'une des raisons pour lesquelles, en Seine-Saint-Denis, nous avons beaucoup plus de personnes âgées de moins de 75 ans en établissements que la moyenne nationale ».

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