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Véronique Devise : « le travail social ne peut se limiter à l’action et à la réponse à la demande » (Secours catholique)

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Véronique Devise, la nouvelle présidente du Secours Catholique Caritas France.

Crédit photo Gael Kerbaol – Secours catholique
Élue ce 15 juin par l’assemblée générale de l’association, la nouvelle présidente du Secours catholique regrette le durcissement de la pauvreté en France. Pour l’affronter et accompagner les familles, elle entend renforcer les liens avec les travailleurs sociaux, à la fois pour repérer les personnes les plus en difficulté et aider à prendre du recul sur le cœur de ces métiers.

Au jour de votre élection, et un an après la sortie du premier confinement, quel état des lieux dressez-vous de la situation sociale en France ?

Où que se porte notre regard, on repère un durcissement de la pauvreté. À commencer pour les plus jeunes, qu’ils soient étudiants ou non. Les moins de 25 ans, faute d’avoir pu conserver leurs petits boulots et de bénéficier du revenu de solidarité active, se retrouvent très fragilisés. C’est grave, puisqu’ils représentent l’avenir de notre société. On ne prend pas suffisamment soin d’eux. La crise a par ailleurs renforcé la fracture avec les familles les plus défavorisées. J’ai accompagné l'une d’elles, de 4 enfants et qui en accueillait un autre, rejeté par sa propre famille. Pour 5 adolescents, le foyer détenait un seul smart phone doté d’une connexion internet. Comment, dans ces conditions, ces jeunes pouvaient-ils suivre leurs cours ? Les budgets des familles se sont aussi vus déséquilibrés par les repas tous pris à la maison. Lorsque les emplois précaires ont été perdus par les deux parents, ou par un parent isolé, les dégringolades se sont avérées très rapides, puisque leurs charges demeuraient plus élevées que s’ils avaient vécu avec les minimas sociaux, les loyers et les factures d’énergie en particulier.

Face à cette aggravation de la situation, quelles seront vos priorités ?

Nous ne devons pas attendre que les personnes viennent vers nous, mais aller vers elles. Exactement comme nous l’avons fait pendant la crise et le premier confinement. Nous avons maintenu le lien par téléphone, ou mail, permis des solidarités entre producteurs qui ne pouvaient plus écouler leurs produits et personnes qui avaient besoin de se nourrir au travers de paniers, distribué des chèques alimentaires, etc. Nous ne sommes pas encore dans une période post crise, mais d’ores et déjà, je pense que ces modalités d’action mises en place à ce moment-là pourront questionner certains de nos points d’accueil. Ils pourront bien sûr subsister, mais coexister avec un plus grand nombre de visites à domicile. En tout cas je crois beaucoup à une démarche plus proactive vis-à-vis des personnes. Parce que les plus en difficulté peinent à appeler à l’aide. Mon autre priorité portera sur l’accompagnement. C’est lui qui peut remettre debout. Nous disposons déjà de formations en interne pour nos bénévoles, à l’écoute, au respect des personnes, aux aides existantes… Nous nous unissons souvent aux services sociaux, pour soutenir les familles. Et ce lien me semble très important. 

Comment dès lors entendez-vous coopérer avec les travailleurs sociaux ?

Nous œuvrons déjà beaucoup avec les centres communaux d’action sociale, qui offrent un très bon moyen de détection des très grandes pauvretés. Et nous avons beaucoup à partager avec les services sociaux en matière d’accompagnement. Ils sont parfois tellement débordés qu’ils en arrivent à se limiter au distributif. Or, je pense qu’on gagne à s’interroger sur ce que l’on veut pour le travail social, pour ensuite le faire remonter aux pouvoirs publics, aux conseils départementaux en premier lieu. Il faut prendre du recul sur le métier, le travail social ne peut se limiter à l’action et à la réponse à la demande. C’est l’accompagnement qui permet aux personnes de vivre à nouveau, pas la seule aide financière, qui pour autant demeure évidemment importante. Nous devons jeter des ponts et non ériger des murs, tisser du lien avec les plus exclus (détenus, migrants, personnes vivant à la rue…). Nous continuerons aussi bien entendu d’agir au sein des collectifs où nous sommes engagés. Les associations gagnent à se regrouper, à se concerter, pour croiser leurs réalités, identifier des points saillants, et réaliser des plaidoyers pour défendre les actions à mettre en place.

 

Auteur

  • Propos recueillis par Sophie Massieu

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