Le 18 août 2025, soit quelques jours avant la rentrée scolaire, au moins 2 159 enfants dont un quart de moins de 3 ans sont restés sans solution d’hébergement malgré l’appel de leurs parents au 115. En cause, toujours : la saturation des dispositifs d’hébergement, cumulée à la crise du logement.
Ces chiffres, tirés du Baromètre annuel de la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS) et de l’antenne française de l’Unicef, révèlent une hausse de 6 % du nombre d’enfants à la rue par rapport à l’année dernière et de 30 % par rapport à 2022. Une année où le gouvernement s’était engagé à atteindre l’objectif du « zéro enfant à la rue ».
L’Île-de-France, l’Auvergne-Rhône-Alpes, l’Occitanie et les Hauts-de-France comptent le plus grand nombre de familles à la rue.
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« Cette situation, insoutenable pour les familles comme pour celles et ceux qui les accompagnent, témoigne d’un système à bout de souffle », expliquent les associations qui dénoncent « l’insuffisance des politiques publiques ».
S’ils vivent à la rue, certains enfants y meurent. C’est le cas de 31 mineurs l’an dernier, selon le collectif Les Morts de la rue.
Ces chiffres, aussi alarmants soient-ils, ne sont pourtant pas exhaustifs : « Nombreuses sont les familles qui ne parviennent pas à joindre le 115 ou n’y recourent pas ou plus, souligne le rapport. En outre, ces données ne rendent pas compte de la situation des mineurs non accompagnés à la rue. »
« Ce baromètre est celui des renoncements. Ceux que nous ne pouvons pas admettre plus longtemps sans nous déshumaniser », souligne Pascal Brice, président de la FAS.
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Manuel Domergue, porte-parole du Collectif des associations pour le logement, et directeur des études de la Fondation pour le logement, constate que, malgré les deux recours juridiques pour non-assistance à personnes mal logées déposés cette année par le collectif, « rien ne change ». « Au contraire, les dernières remontées de terrain et les annonces budgétaires pour 2026 font craindre le pire. »
Rien que pour 2025, relèvent les associations, il manque 250 millions d’euros au budget de l’Etat pour maintenir le parc d'hébergement à hauteur de 203 000 places, comme s’y est engagé le gouvernement.
« Ce qui fait cruellement défaut aujourd’hui, ce ne sont ni les ressources, ni l’expertise mais bien une volonté politique ferme de mettre fin à l’inacceptable », déplore pour sa part Adeline Hazan, présidente de l’Unicef France.
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Les associations proposent une série de dix recommandations. Certaines, à adopter en urgence, parmi lesquelles :
- La présentation d’une loi de finances rectificative pour 2025 prévoyant, à minima, le maintien de la capacité du parc d’hébergement à 203 000 places.
- L’inscription dans le projet de loi de finances pour 2026 de la création de 10 000 places d’hébergement supplémentaires, dont 1 000 pour les femmes enceintes ou sortant de maternité. Ce qui porterait la capacité du parc à 213 000 places.
- Le financement et la mise en œuvre du plan « Enfants mal logés », au moins à hauteur des engagements du pacte des solidarités.
D’autres mesures doivent, à court ou moyen terme, être adoptées selon les associations. Parmi elles :
- La mise en œuvre d’une programmation pluriannuelle de l’hébergement et du logement, incluant une attention spécifique aux enfants et aux familles.
- La mise en place d’un accompagnement global, sans rupture et prenant en considération les besoins spécifiques des enfants.
- L'installation, sur le modèle de l’Observatoire de la protection de l’enfance (ONPE), d’un observatoire national du sans-abrisme permettant de développer et recenser les connaissances et de rassembler les acteurs pour construire des politiques publiques adaptées.
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