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Rentrée politique : « établir des rapports de force pour que les choses évoluent » (Fondation Abbé-Pierre)

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Christophe Robert, le délégué générale de la fondation Abbé-Pierre.

Crédit photo Ludovic Marin/AFP
Christophe Robert, de la Fondation Abbé-Pierre, regrette que la lutte contre la pauvreté et le mal-logement, la place du travail social ou les mesures de réduction des inégalités soient trop peu présentes dans le débat politique. Mais les acteurs sociaux doivent profiter de ce qui reste, selon lui, un « temps fort démocratique » pour obliger les candidats à se positionner.

Elections après élections, les acteurs du secteur social et médico-social produisent des plaidoyers, mettent en ligne des plateformes de propositions. Pour quel résultat ?

Il est vrai, nos sujets – le logement, l’action sociale – peinent à trouver leur place dans ces campagnes électorales. Ou à peine, parfois, au travers des questions de protection sociale, ce qui ne traite pas la situation des plus défavorisés. Ce défaut de reconnaissance de nos enjeux nourrit la défiance à l’égard des politiques. Je ne comprends pas pourquoi ce que vivent les gens est à ce point ignoré de ceux qui briguent le pouvoir. Cela traduit une déconnexion préoccupante. Pourtant, au fil des ans, nous avons essayé beaucoup de choses. A la fondation, nous parvenons à ce que ces sujets soient à peu près traités chaque 1er février, à l’occasion de la remise de notre rapport annuel. A ce moment-là, les équipes de campagne se mettent en ordre de marche pour participer à l’événement qui, elles le savent, réunit 3 000 personnes dont des journalistes. Elles ont compris que ce que dira alors leur candidat sera entendu. Ce temps fort les oblige à travailler. Malgré tout, les sujets qui font la une des campagnes sont ceux qui clivent et génèrent de la surenchère. Or, sur le travail social, le mal-logement ou la lutte contre la pauvreté, personne ne cherche à apparaître plus percutant que les autres. D’autant moins que nos sujets sont complexes et appellent à l’utilisation de leviers de natures différentes : on ne peut les réduire à un slogan ou deux. Quand, dans le même temps, les campagnes offrent petites phrases et surenchères.

Comment combattez-vous ce manque de visibilité médiatique ?

En travaillant avec les équipes des candidats pour les sensibiliser très en amont. La lutte contre les inégalités, le mal-logement et la pauvreté n’est ni de droite ni de gauche. Il nous faut créer l’échange entre candidats, et que le débat de société ait lieu. Faut-il réguler les marchés ? modifier la fiscalité ? assurer une évolution de la protection sociale et la reconnaissance du travail social ? Poser toutes ces questions, voilà qui conduirait à ce que nos sujets occupent leur juste place.

Pour espérer y parvenir, faut-il coller à l’air du temps ou avancer des idées nouvelles, quitte à se montrer trop avant-gardiste ?

La complexité des enjeux s’accroît. Désormais, la question sociale et l’écologie s’imbriquent totalement. S’inscrire dans l’air du temps, d’accord, mais pas au prix d’une baisse des ambitions ou des moyens à mettre en œuvre pour modifier la donne. La complexité et la diversité ne doivent jamais être perdues de vue. La pauvreté, par exemple, ne se résume pas à un chiffre, qui serait le taux national de personnes vivant sous le seuil minimal admis pour vivre. Nous pouvons ressentir l’impression d’avoir raison tout seuls dans notre coin. Malgré tout, nous devons établir des rapports de force pour que les choses évoluent. Afin que s’opère la conscientisation de la société, nous n’avons d’autre choix que de rendre visible ce qui ne l’est pas. Par exemple, lorsque Nicolas Sarkozy a parlé de construire une France de propriétaires, il ouvrait un discours sur le logement, ce qui nous a donné l’opportunité d’obliger les candidats à se positionner sur la lutte contre les inégalités en la matière.

Mais quelle crédibilité accorder à des promesses que prononceraient les candidats en pareilles circonstances ?

Certes, un engagement pris pendant une campagne ne garantit pas que les objectifs seront atteints. Mais le sujet est cranté. Le candidat ne pourra pas ne rien faire. A l’inverse, Emmanuel Macron n’avait donné, par exemple, aucun objectif en termes de construction de logements neufs. Résultat ? Il est difficile de trouver un curseur sur lequel débattre avec la société civile et les équipes ministérielles. Donc les engagements pris dans les campagnes ne sont pas anodins, ils suscitent et structurent un débat. En revanche, je crois que nous devons être attentifs à ne pas faire signer de documents aux candidats pendant la campagne : cela crée un effet déceptif dans la population.

Le temps de l’élection présidentielle vous semble-t-il toujours le plus approprié pour changer les choses ?

Oui et non. Oui, car cela reste un moment fort du débat public, où l’on réfléchit à la société, aux changements possibles. On se projette. En dépit du considérable discrédit de la classe politique, nos concitoyens demeurent friands de ce type de débats. Non, car, en matière d’efficacité de l’action elle-même, cette élection n’est sans doute pas plus déterminante que les autres. Il nous faudrait réussir à provoquer la prise de conscience que nos enjeux concernent la nation dans son ensemble. On aimerait que nos concitoyens comprennent par exemple l’importance et la signification d’une lutte contre les inégalités au travers de la fiscalité du patrimoine. De vrais choix peuvent s’opérer, et un travail de pédagogie s’impose pour le faire sentir. L’exercice est complexe, mais il est déterminant.

Les acteurs du secteur social et médico-social s’inscrivent de plus en plus dans des mouvements collectifs comme le Pacte du pouvoir de vivre ou le Collectif Associations unies (CAU). Comment articuler ces deux modalités d’intervention dans le débat public ?

En réfléchissant au pourquoi de chacun de ces espaces. L’intérêt du CAU vient de ce qu’il porte des propositions communes à l’ensemble des acteurs du logement et de l’hébergement d’insertion. Les points de vue défendus sont donc partagés et dépassent les intérêts individuels de chaque association. Lorsque nous disons tous la même chose, nous montrons à nos concitoyens que nous nous préoccupons du sujet plus que de notre intérêt propre. Quant au Pacte, il offre un registre plus large : la société civile organisée sur les questions sociales, écologiques et démocratiques. Il témoigne que tous ces enjeux sont liés. Nous portons un autre projet de société qui signifie que, au-delà de mesures techniques à prendre, des valeurs nous rassemblent. A commencer par la volonté affirmée par cette société civile qu’elle veut avoir son mot à dire.

Auteur

  • Sophie Massieu

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