Tout au long de sa présence au sein du gouvernement Bayrou en tant que ministre des Solidarités et des Familles, Catherine Vautrin n’a eu de cesse de l’afficher comme une priorité : la protection de l’enfance doit se « familialiser ». Autrement dit, pour les enfants confiés à l’aide sociale à l’enfance (ASE), les accueils de type familial sont à privilégier. Au premier rang desquels les assistants familiaux, proclamés par l’exécutif comme acteurs essentiels de la future loi de refonte de la protection de l’enfance.
Repris par la ministre actuelle Stéphanie Rist, le texte prévoit ainsi de développer ce mode d’accueil « en élargissant le vivier des assistantes familiales, en levant les freins qui entravent aujourd’hui leur engagement ». Parmi les mesures phares annoncées, la possibilité du cumul avec une autre activité professionnelle, un droit au répit véritable et la simplification des normes.
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Il n’en faudrait pas moins pour améliorer l’attractivité d’un métier en déliquescence : entre 2017 et 2022, les effectifs vieillissants de cette profession (un quart ont plus de 60 ans) ont fondu de 7,2 % en moyenne (jusqu’à 30 % dans certains territoires). Une crise profonde qui pourrait s’aggraver, puisque selon les prévisions de l’Ufnafaam (Union fédérative nationale des associations de familles d’accueil et assistants maternels), sur les 40 000 assistants familiaux recensés aujourd’hui, il n’en restera plus que 15 000 d’ici 2030.
Sauf qu’à l’origine prévu pour l’automne dernier, le projet de loi n’est toujours pas fixé à l’agenda parlementaire.
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Après un précédent rapport Des enfants à protéger, 70 propositions pour agir vite, Thierry Herrant, de l’Ufnafaam, et Thomas Larrieu, du Gepso, ont donc à nouveau uni leurs forces pour élaborer de nouvelles préconisations. L’objectif : comprendre « les ressorts de la crise d’attractivité » pour apporter des solutions concrètes à « ces travailleuses essentielles » de l’ASE. Guidés par trois caps principaux : rompre l’isolement des assistantes familiales ; améliorer leurs conditions d’exercice ; leur ouvrir de nouveaux droits.
À partir de travaux menés auprès de leurs adhérents, sous l’égide de la Fondation Jean-Jaurès, les deux auteurs ont cette fois-ci dégagé 18 propositions de réforme et d’amélioration du métier d’assistante familiale, rendues publiques le 31 mars 2026 :
- Lancer un plan stratégique État/Département autour de l’avenir du métier d’assistant familial, pour déployer des mesures dédiées à cette profession sur trois à cinq ans.
- S’assurer que l’État pourvoit aux besoins financiers des départements concernant la politique régalienne de l’ASE, par le biais d’un contrat pluriannuel d’objectifs et de moyens (CPOM) entre l’État et les départements au sujet du financement de la protection de l’enfance.
- Instaurer un taux d’encadrement maximum de 20 enfants confiés pour chaque éducateur référent ASE, dans le cadre d’un plan pluriannuel d’amélioration de la prise en charge en protection de l’enfance.
- Intégrer à la formation des assistantes familiales les questions de gestion des émotions et du désamorçage des conflits.
- Rendre obligatoire, dans chaque département, la mise en place d’une astreinte éducative et d’une plateforme technique de support pour venir en aide aux assistantes familiales en continu.
- Favoriser le rattachement des assistantes familiales à un établissement et service de protection de l’enfance.
- Rendre obligatoire la participation des assistantes familiales aux réunions de synthèse.
- Valoriser financièrement les assistantes familiales selon la complexité de l’accueil concerné, grâce à la création d’une échelle départementale multifactorielle de la complexité de l’accueil.
- Définir à l’échelle nationale et réévaluer annuellement l’indemnité minimale que doivent les départements aux assistantes familiales pour subvenir aux besoins des enfants sous leurs responsabilités, en prenant en considération le coût de la vie propre à chaque territoire, les différences d’âge et de situation des enfants confiés.
- Instaurer une convention nationale pour les assistantes familiales du secteur privé, et un cadre statutaire unifié pour celles du secteur public, afin d’unifier et harmoniser leur statut et leurs droits sur l’ensemble du territoire.
- Rendre obligatoire le droit à la suppléance professionnelle pour les assistantes familiales en l’inscrivant directement dans leur contrat de travail et en la spécifiant dans le projet pour l’enfant du mineur concerné afin que les droits et besoins de ce dernier restent premiers.
- Favoriser le cumul d’emplois spécifiquement en direction des familles d’accueil relais, sous des conditions strictes et adaptées à la réalité du métier, pour permettre le développement du relais lors des vacances scolaires et des week-ends.
- Renforcer les contrôles en créant un corps indépendant d’inspection et de contrôle des assistantes familiales rattaché aux préfectures.
- Créer une prime d’installation pour les nouvelles assistantes familiales visant à couvrir l’ensemble des frais d’aménagement de leur logement à l’accueil d’enfants confiés.
- Généraliser, au sein de chaque département, le déploiement de dispositifs d’accompagnement renforcé des assistantes familiales au cours de leur première année d’exercice.
- Renforcer la collaboration entre ASE, établissements de protection de l’enfance et instituts régionaux du travail social (IRTS) pour développer des formations spécifiquement pensées pour les besoins des assistantes familiales.
- Assurer l’accès et la prise de connaissance des assistantes familiales à l’ensemble des offres de formation continue proposées aux autres professionnels de la protection de l’enfance afin de favoriser leur formation continue tout au long de leurs carrières.
- Lancer une grande campagne nationale pluriannuelle de communication et de recrutement sur le métier d’assistante familiale.
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Autant de recommandations destinées à nourrir le débat pour éviter « les solutions toutes faites ou n’engageant aucun moyen supplémentaire », qui apparaissent comme « inadaptées ». « Voire comme des sources de difficultés supplémentaires. » « À l’heure où l’attractivité de ce métier est au plus bas (…), écrit le binôme. rajouter de l’exaspération et de la tension au sein de cette profession doit à tout prix être évité. »