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Sagesse africaine

Eric Le Braz, rédacteur en chef des ASH

Crédit photo Stéphanie TROUVE Téma agence
[EDITO] Pour finir une négociation, il faut parfois accepter de ne pas avoir d'autre choix que celui de conclure. Tout devient possible quand on sait se parler... et quand on sait s'écouter. Les partenaires sociaux qui ont échoué à s'entendre pour mener une nouvelle convention collective étendue (CCUE) seraient bien inspirés de s'inspirer des sages coutumes d'Afrique centrale. 

Et si, au lieu d’exporter nos valeurs vers des contrées qui n’en veulent pas toujours, nous importions quelques-unes de leurs pratiques les plus inspirantes ? Allons faire un tour autour du lac Tchad, chez les Kotoko, une des plus vieilles civilisations d’Afrique centrale. Dans cette ethnie, une coutume veut que tous les problèmes se règlent au boukoh, une case à palabres située au centre des villages. Quand il y a un conflit, qu’il soit interpersonnel ou matériel, les deux parties s’y retrouvent et discutent jusqu’à trouver un accord. Et on ne laisse personne sortir du boukoh avant la fin des négos ! Même si ça dure plusieurs jours…

Cette coutume d’un pays pourtant toujours au bord de la guerre civile, miné par les vendettas, les tensions interethniques, les conflits entre éleveurs et agriculteurs, submergé par un afflux de réfugiés soudanais à l’est et harcelé par Boko Haram au sud, devrait nous inspirer. Car ce même pays vient de voir l’irréductible opposant du pouvoir devenir Premier ministre d’un président autrefois honni. Tout est possible quand on sait se parler.

Oui, on aurait bien envie d’adapter cette technique tchadienne sous nos latitudes, par exemple, auprès de quelques partenaires sociaux dans la branche associative sanitaire, sociale et médico-sociale (Bass). Cela fait en effet maintenant près de deux ans qu’une nouvelle convention collective étendue (CCUE) a été programmée à l’issue de la conférence des métiers réunie par le Premier ministre de l’époque, Jean Castex. Et ça fait maintenant plus de six mois que les négos sont au point mort. Avec un dernier acte le mercredi 24 janvier puisque tous les syndicats de salariés ont rejeté les ultimes propositions du syndicat employeur Axess contenues dans un avenant.

Depuis septembre, les deux parties, sûres de leur bon droit, s’étaient enfermées dans des postures psychorigides. Le blocage de ces négociations pourrait d’ailleurs devenir un cas d’école où les arguments les plus pertinents sont parfois dévalorisés par la mauvaise foi de ceux qui les profèrent.

Pourtant, ni les représentants patronaux ni ceux des salariés ne peuvent atteindre le niveau de cynisme du gouvernement représenté lors de la remise du livre blanc du travail social par le ministre du travail Olivier Dussopt et la ministre des solidarités Aurore Bergé le 5 décembre 2023. Ce jour-là, ils appelaient à l’unisson les organisations syndicales à reprendre les négociations autour de la convention collective unique étendue (CCUE). « J’espère qu’elles reviendront vite autour de la table pour signer cet accord de méthode, parce que nous l’attendons pour revaloriser les rémunérations. », précisait Aurore Bergé. Quant au ministre du travail Olivier Dussopt, il embrayait en affirmant que « La balle est dans leur camp (des partenaires sociaux) puisque l’Etat s’est engagé à financer les revalorisations d’un certain nombre de métiers. » Bref, non seulement les deux équipes se renvoyaient la balle, mais, en plus, l’arbitre dégageait en touche… avant de quitter le terrain puisque ni Aurore Bergé, ministre des solidarités, ni Olivier Dussopt n’ont été reconduits dans leurs fonctions.

L’augmentation des salaires est la priorité number one des recos du Livre blanc du travail social. C’est le préalable indispensable pour relancer la machine de l’attractivité. Sans ce minimum vital, les autres recommandations du livre – dont nous imaginons dans un « docu-fiction » qu’elles seront appliquées d’ici dix ans – n’auront guère d’impact. Hélas, tandis que des surdiplômés au Smic craignent de connaître le destin des personnes qu’elles accompagnent, les trois acteurs du secteur (le patronat, les syndicats de salariés et l’Etat) se sont enfermés dans un jeu de rôle désastreux.

On aimerait donc les enfermer dans une case jusqu’à ce qu’ils trouvent une solution. Ou, à défaut de boukoh, nommer un médiateur qui, de petits pas en petits pas, les amènera jusqu’à l’accord. Car le pire, c’est qu’à écouter les arguments des uns et des autres, on peut aisément comprendre leurs positions respectives…

Retournons donc en Afrique centrale méditer ce proverbe peul popularisé par le conteur camerounais Saïdou Abatcha :
« Si tu parles à quelqu’un et qu’il ne t’écoute pas, tais-toi.
Ecoute-le !
Peut-être, en l’écoutant, tu sauras pourquoi, lui, il ne t’écoutait pas
. »

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