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Rencontres nationales du logement des jeunes : "Permettre à des acteurs qui n’en ont pas souvent l’occasion de dialoguer"

Marianne Auffret est directrice de l’Union nationale pour l’habitat des jeunes depuis 2021.

Crédit photo DR
[INTERVIEW] Premier rendez-vous du genre, le 2 juin 2026 à Châteauroux (Indre), ces rencontres sont destinées à mettre en place des leviers d’action pour répondre au manque d’offres accessibles à la jeunesse. Marianne Auffret, directrice de l'Union nationale pour l'habitat des jeunes (Unhaj), détaille les enjeux forts qui traversent le secteur en ce moment.

L’Unhaj (Union nationale pour l’habitat des jeunes) compte 287 adhérents, porteurs du projet Habitat Jeunes, avec un objectif majeur : accompagner les jeunes dans leur socialisation par l’habitat. Il s’agit de les accueillir, de les informer et de les orienter vers un logement autonome, qu'il soit en résidence, en logement diffus ou grâce à la médiation locative. À un an de l'élection présidentielle, la directrice de l'organisation, Marianne Auffret, place le logement des jeunes comme une « urgence sociale ».

ASH : Comment est née cette initiative ?

Marianne Auffret : Ces premières Rencontres nationales s’inscrivent dans le cadre de la Semaine du logement des jeunes, organisée depuis plusieurs années par nos collègues de l’Uncllaj (Union nationale des comités locaux pour le logement autonome des jeunes). Cette semaine nationale répertorie les mobilisations locales qui ont lieu un peu partout en France. L’Unhaj est cette année partenaire, et l’idée est désormais aussi de consacrer un temps pour s’interroger sur cette thématique.

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Ces rencontres seront articulées autour du titre du rapport du Conseil d’orientation des politiques de jeunesse (COJ), qui appelle à faire du logement des jeunes une « urgence sociale ». Pendant un an, tous les acteurs du logement et de la jeunesse ont travaillé à ce rapport. Nous n’allons pas renouveler ça chaque année, mais nous voulons continuer à faire vivre ces travaux.

Comment la coopération associative entre vos différentes unions se passe-t-elle ?

Nous avons mis en place un comité de pilotage avec l’Uncllaj et l’UNML (Union nationale des missions locales), qui est également partenaire. Il s’agit d’un écosystème qui a tout intérêt à se réunir et à se fédérer, dans un temps de difficultés associatives.

À l'image de notre rapport, nous voulions permettre à des acteurs qui n’en ont pas souvent l’occasion de dialoguer. Lors de ces rencontres, des représentants de la Dihal (Délégation interministérielle à l’hébergement et à l’accès au logement) et de la DJEPVA (Direction de la jeunesse, de l'éducation populaire et de la vie associative) seront présents et pourront par exemple échanger avec une chercheuse de l’Injep (Institut national de la jeunesse et de l'éducation populaire). Nous pourrions croire que ces interlocuteurs discutent souvent, mais ce n’est pas le cas.

Toutes ces personnes seront interrogées par nos gouvernances associatives, tandis qu’une seconde partie sera consacrée à la présentation de projets locaux qui sortent de l’ordinaire. L'idée est de travailler avec nos complémentarités, ce qui n’est pas toujours simple. Cela n'a l'air de rien, mais décréter la coopération n’est pas forcément évident.

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Les associations ont souvent envie de parler de ce qu'elles mettent déjà en œuvre. Cela paraît logique, surtout dans nos milieux engagés, mais il arrive souvent que ces projets existent déjà juste à côté. Il ne s’agit pas d’une démarche de prédation, simplement, il est important de s’entendre sur la manière la plus efficace d’être complémentaires, puisque de toute façon nous ne sommes pas des structures à but lucratif.

Quels sont les points importants que vous aborderez lors de ces Rencontres nationales ?

Un des points, qui peut paraître d’une grande banalité mais est pourtant essentiel, consiste à produire du logement adapté aux ressources des jeunes. Je ne parle pas des jeunes que nous avons dans notre tête, mais des jeunes réels, avec leurs véritables ressources. Cela implique d’être précis sur ce que nous entendons par « logement abordable ». Personne ne se réfère aux mêmes critères sur ce sujet. Tout le monde projette sa propre jeunesse, ses enfants… Mais les faits sont là : les jeunes ne peuvent pas toucher le RSA (revenu de solidarité active) s’ils n'ont pas travaillé suffisamment, ils n'ont pas le droit au chômage.

Il n’y a rien d’idéologique, c’est mécanique. Ils sont dans une plus grande précarité monétaire et sociale que l'ensemble de la population, alors qu’ils sont à un moment déterminant de leur trajectoire. La confiance et l'élan donnés à cet âge ont des effets concrets sur le reste de la vie, les études, les premiers emplois…

J'en profite pour signaler que le Plan d’accélération pour l'emploi des jeunes sorti début mai, qui est un projet interministériel, ne contient absolument rien sur le logement. Or, nous le savons, il s’agit du déterminant qui écrase tous les autres en matière de statistiques et qui va permettre ou non d'avoir accès à un emploi. C’est une occasion ratée.

Le financement des ressources humaines dans le logement est aussi un élément central….

Il n'y a pas nécessairement besoin de beaucoup de ressources humaines pour accompagner les jeunes, mais cela peut produire des effets sociaux importants. Certes, il existe un coup d’entrée lorsque des professionnels sont présents, mais ensuite les trajectoires sont nettement plus favorables. Nous aurons un plaidoyer très fort là-dessus. Pardon de dire des banalités, mais les jeunes ne le sont pas pour longtemps. Ce segment de vie prend fin rapidement et le besoin de logements temporaires est une des caractéristiques de ce public. La rotation qui en découle nécessite un accompagnement.

Cela ne peut pas fonctionner si le bailleur, qu’il soit privé ou public, n'a pas quelqu'un pour s’occuper de l’accueil et du retour. De la même manière qu’un camping ne fonctionne pas seul, il faut des gens. Nous travaillons avec l’ensemble des acteurs du logement d’insertion à défendre et à analyser nos modèles économiques. Nous prenons cela très au sérieux.

Qu’attendez-vous de la loi en préparation pour relancer le logement ?

Nous sommes dans l’expectative, et un peu inquiets. Nous aimerions que la question des logements abordables soit présente dans les débats. Pour travailler sur l’abordabilité, il est possible de jouer à la fois sur les ressources et le niveau de loyer. C’est pourquoi nous sommes aussi vigilants concernant le projet d'allocation sociale unique, ou ASU. Il va falloir statuer sur ce qu'on met dans cette allocation unique et ce que cela produit comme effets sociaux. Ces allocations vont-elles notamment absorber les APL (aides personnelles au logement) ? Nous avons mis en lumière les effets défavorables d’une telle absorption. Il s’agit d’une actualité brûlante et nous restons mobilisés.

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