Recevoir la newsletter

Précarité : plus d'un travailleur pauvre sur deux ne mange pas à sa faim

PAUVRETE-BANQUE ALIMENTAIRE

Le non-recours aux aides alimentaires chez les travailleurs précaires a augmenté entre 2025 et 2026 pour cause de méconnaissance des dispositifs, de difficultés administratives... ou du sentiment de honte d'être considérés comme "assistés".

Crédit photo AFP
Les travailleurs précaires rognent de plus en plus sur leurs budgets alimentation, hygiène et santé pour faire face aux fins de mois difficiles. Et presque sept sur dix prévoient une détérioration de leurs conditions de vie dans les mois à venir.

Malgré une légère amélioration du niveau de vie consécutive au recul de l'inflation, la condition des travailleurs pauvres continue à se dégrader. C'est le bilan que dressent Ipsos-BVA pour l'Association nationale des épiceries solidaires (Andes) dans leur édition 2026 du baromètre annuel de la vie quotidienne et de l'alimentation de ces travailleurs précaires qui, tout en exerçant un emploi, ne parviennent pas à passer au-dessus du niveau du seuil de pauvreté.

>>> Sur le même thème : Un rapport documente "le cumul de discriminations" chez les plus précaires

Temps partiel subi

Salariés à temps partiel ou à bas salaires, intérimaires, titulaires d'un CDD ou apprentis, ces travailleurs représentent 17 % des personnes en emploi en France, alors que leurs revenus n'atteignent pas 60 % du revenu mensuel médian (soit environ 1 280 € pour une personne seule ou 2 700 € pour un couple avec deux enfants en bas âge).

Ils sont généralement abonnés au temps partiel subi (59 % d'entre eux indiquent être dans ce cas) ou aux emplois en horaires atypiques (50 %). Certains (33 %) doivent même cumuler deux emplois pour réussir à surnager. Et même si leur situation s'améliore légèrement par rapport à 2025, ils restent 

  • 46 % à craindre une prochaine perte de revenus – contre 49 % l'an dernier.
  • 31 % à redouter une perte d'emploi (37 % en 2025).
  • 18 % à craindre de perdre leur logement (22 % en 2025).
  • 43 % à voir leur état de santé se dégrader (47 % l'an passé). 

>>> A lire aussi : Louis Maurin : "Concernant la pauvreté, le clivage est avant tout social"

Dépenses d'alimentation en baisse

En conséquence, près de 72 % des travailleurs pauvres se projettent dans une situation de précarité accrue ces prochains mois. Et puisque les dépenses liées à la santé, à l'hygiène ou à l'alimentation sont les seules qu'ils peuvent envisager de réduire pour ne pas aggraver leur découvert bancaire (contrairement à celles liées au logement ou à la mobilité, souvent incompressibles), 52 % des familles avec enfants envisagent de se serrer la ceinture sur le budget alimentaire, tout comme 67 % des foyers monoparentaux.

L'alimentation saine a beau rester une priorité pour une majorité de ces travailleurs précaires, ils sont tout de même 49 % à se retrouver contraints de restreindre leurs achats de nourriture. Cette proportion n'était « que » de 45 % l'an passé. D'ailleurs, au cours de l'année écoulée, 54 % ont avoué ne pas manger à leur faim, 40 % s'obliger à sauter plusieurs repas par semaine, 70 % constituer une alimentation essentiellement composée de féculents (pâtes, riz, pommes de terre...), 68 % se priver de fruits et légumes.

Les enfants pas épargnés

La situation est encore plus pressante chez les familles avec enfants :

  • 50 % avouent ne pas être en mesure de leur donner accès à des repas équilibrés (47 % en 2025), tandis que 37 % restreignent leurs portions.
  • 28 % jugent ne pas les nourrir à leur faim.
  • 24 % leur font même sauter des repas.

Dans les foyers monoparentaux, c'est le plus souvent l'adulte qui se prive (66 %) au bénéfice des enfants et 54 % vont jusqu'à sauter des repas pour que leurs enfants puissent manger. D'autres dépenses essentielles sont aussi réduites pour faciliter les fins de mois : énergie, hygiène ou santé. Malgré cela, 65 % des parents précaires ne parviennent pas à procurer des fruits et légumes en quantité suffisante à leurs enfants pour leur garantir une alimentation équilibrée.

Un non-recours aux aides en augmentation

De façon paradoxale, alors que leur situation s'aggrave, le recours des travailleurs pauvres aux aides alimentaires est en recul (32 % en 2026 contre 36 % l'année précédente), qu'il s'agisse des épiceries solidaires, des banques alimentaires ou des distributions gratuites de colis. Au lieu de cela, ils préfèrent la privation... ou le recours aux promotions des grandes enseignes de hard-discount.

Les raisons sont plurielles : effets de seuil, difficultés d'accès administratives ou, de manière plus intime, méconnaissance des dispositifs – de loin (64 %) la raison la plus avancée pour expliquer le non-recours –, voire sentiment de honte à l'idée d'être reconnu comme « assisté » (42 % confessent rencontrer de la gêne à les faire valoir).

>>> Sur le même sujet : Les seniors représentent 20 % des bénéficiaires des banques alimentaires, et leur nombre ne cesse de croître

Le problème, c'est qu'avec le projet de budget 2027 au cordeau qui s'annonce – le Medef allant même jusqu'à réclamer au gouvernement une « année blanche » sans revalorisation du salaire minimum ou des prestations sociales –, la situation de ces travailleurs pauvres risque de ne pas s'améliorer à court terme, dans un contexte où le taux de pauvreté atteignait déjà le seuil « record » de 15,4 % en 2024. Les trente-sept associations et fédérations membres du groupe Alerte tirent d'ailleurs la sonnette d'alarme depuis la publication de ce chiffre, en dénonçant « une crise sociale qui s'enracine » et appellent à des réformes urgentes en termes de lutte contre la pauvreté, d'accession au logement ou de réduction du non-recours aux droits.

 

 

Insertion

S'abonner
Div qui contient le message d'alerte
Se connecter

Identifiez-vous

Champ obligatoire Mot de passe obligatoire
Mot de passe oublié

Vous êtes abonné, mais vous n'avez pas vos identifiants pour le site ?

Contactez le service client abonnements@info6tm.com - 01.40.05.23.15