Le baromètre de suivi qualitatif de la pauvreté et l’exclusion sociale du Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale (CNLE) existe depuis 2021. Il a pour objectif de rassembler les problématiques issues du terrain, venant d’une pluralité d’acteurs prenant en charge des personnes vulnérables. Les dernières données recueillies ont été publiées le 26 février 2026.
Problématiques économiques. Ce baromètre fait d'abord état de difficultés financières persistantes depuis plusieurs années. Après une aggravation des problèmes économiques entre 2021 et 2023, les prix se sont stabilisés, mais à un niveau qui reste trop élevé. Une situation durable qui s’explique par le poids des dépenses, à l’image du loyer ou de l’alimentation, mais également par l’absence de revalorisation des aides à hauteur de l’inflation. En sont principalement victimes les salariés payés au salaire minimum, les auto-entrepreneurs et agriculteurs aux très faibles revenus, les familles monoparentales ou encore les bénéficiaires de minima sociaux.
Les conséquences observées par les acteurs sont diverses :
- Une hausse des impayés de loyers.
- Une augmentation du nombre de ménages inscrits au fichier national des incidents de remboursement des crédits aux particuliers.
- Une difficulté plus importante à faire face aux incidents de la vie et aux charges imprévues.
- De plus en plus de restrictions (soins de santé, vie sociale, alimentation...).
- Un arrêt des études supérieures pour les étudiants.
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Crise du logement. Sous l’impact du manque de logement ou du tourisme, le baromètre met en avant une révision à la hausse des loyers, aggravant ainsi la crise qui touche le secteur de l’habitat. Aucune amélioration n’est constatée, pire, il est même relevé :
- Une constance ou une croissance des difficultés d’accès au logement.
- Une hausse des expulsions locatives.
- L’existence de publics particulièrement en difficulté pour l’accès ou le maintien dans le logement.
- La dégradation des habitations.
- L’augmentation des publics sans solution et la diminution des possibilités d’hébergement par des proches.
- Une progression de la présence de jeunes mineurs.
Une aggravation de la crise du logement qui entraîne des complications en termes de santé, de difficultés d’accès aux droits et d’insertion professionnelle.
Inquiétudes pour le marché de l’emploi. Ces préoccupations sont similaires à celles exprimées par les répondants lors des deux premières vagues d’interrogations (raccourcissement des missions d’intérim, diminution du nombre de missions proposées). Toutefois, à l’été 2025, ils pointent du doigt des problématiques particulières :
- Une progression du nombre de demandeurs d’emploi âgés de 55 ou 60 ans ou de licenciements pour inaptitudes.
- L’apparition de vagues de licenciements de personnes qui n’avaient jamais connu de périodes de chômage.
- Des difficultés en augmentation pour les auto-entrepreneurs, notamment en termes de trésorerie.
- De plus en plus de jeunes déscolarisés.
Dégradation de l’accès aux droits et des relations avec les administrations. Réponses lentes, retards de traitement, telles peuvent être les conséquences des difficultés d’accès aux droits pour les usagers. Alors que, lors des interrogations précédentes, les acteurs notaient une légère amélioration, ils constatent pour 2025 une stabilité ou une hausse des obstacles :
- Les démarches pour obtenir un titre de séjour se complexifient.
- Les personnes en situation régulière et insérées professionnellement voient leur contrat de travail et leurs droits sociaux suspendus en raison de retards administratifs.
- Les difficultés s’accroissent pour les publics n’entrant pas dans les critères d’octroi, mais dont la situation financière est dégradée, ce qui concerne principalement les personnes demandant l’accès à des prestations sous conditions de ressources (complémentaire santé solidaire) ou des aides plus spécifiques.
- De plus en plus de mal à obtenir des interlocuteurs.
- L’incompréhension des critères d’octroi des aides et l’incompréhension pour certains bénéficiaires du revenu de solidarité active (RSA) ne cherchant pas d’emploi et devant s’inscrire à France travail en application de la loi « Plein emploi ».
La santé psychologique en jeu. Les acteurs notent particulièrement une hausse des problématiques en matière de santé mentale qu’ils expliquent soit :
- Par le contexte général d’anxiété face à l’avenir, aux risques, aux tensions familiales, à l’isolement des plus âgés, à la pression scolaire.
- Par un meilleur repérage des situations.
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Plusieurs hausses sont également à constater du côté du nombre d’enfants avec des troubles du comportement, du langage ou des apprentissages, ou encore des difficultés rencontrées par les salariés. Le baromètre signale également le phénomène de dépression chez certains seniors, en raison de leur incapacité à être autonomes, que ce soit dans l’utilisation du numérique ou dans la dépendance vis-à-vis de leurs enfants.
En outre, les acteurs pointent le manque de places ou de dispositifs permettant de répondre aux besoins. Est notamment souligné le manque d’accompagnants d’enfants en situation de handicap (AESH), entraînant des complications dans le maintien de la scolarisation.
Fortes inquiétudes pour l’avenir. Celles-ci se constatent vis-à-vis de l’endettement en hausse des ménages, mais également des conséquences de ces problèmes financiers. Plus particulièrement, les préoccupations se tournent vers :
- La hausse du manque de logements.
- Les transformations du marché de l’emploi et de l’augmentation des emplois précaires.
- La montée des violences intrafamiliales et de la prostitution.
- Les difficultés cumulées pour les jeunes (santé mentale, avenir, ruptures scolaires et familiales…).
- L’évolution de la situation des demandeurs d’asile (allongement des délais d’obtention ou de renouvellement de titres de séjour…).
Le CNLE s'alarme également du danger grandissant d’une précarisation durable, en raison d’un déficit de réponses et de possibilités d’accompagnement.
Décalages. Les intervenants sociaux font face à des publics aux difficultés multidimensionnelles, que certaines structures ne peuvent pas traiter en raison, notamment, d’un manque de professionnels formés pour y répondre.
Signaux inquiétants pour l’avenir. Certaines réponses, peu mentionnées, peuvent néanmoins représenter des éléments alarmants :
- L’apparition de personnes déstabilisées par le décès d’un proche qu’elles accompagnaient.
- L’inadéquation entre la structuration de certains services hospitaliers et l’évolution des pratiques de remboursement des mutuelles.
- L’impact des évolutions et des contraintes administratives sur les entrepreneurs et auto-entrepreneurs, qui se sentent démunis face à des démarches numériques obligatoires et le développement d’une offre privée, payante pour pallier les difficultés à joindre les administrations.
- Les conséquences du changement climatique (hausse des dépenses de prise en charge des catastrophes naturelles, forte exposition des personnes précaires ou mal logées aux vagues de chaleur).
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Montée des tensions et de l’anxiété. Un constat lié à une absence de perspectives ressentie par les personnes précaires, et l’éloignement entre les usagers et l’administration. Les conséquences de ces phénomènes sont multiples, allant de la démobilisation, à l’abandon des démarches, un repli sur soi ou encore une dépression.
Cela s’accompagne également d’une agressivité croissante, que ce soit entre les usagers ou envers les salariés (violences sur le lieu de travail, harcèlement en ligne, menaces…).
Des acteurs en difficulté. D’après les résultats du baromètre, ce problème est constant depuis 2021, et a tendance à s’aggraver. Sont notamment déplorés :
- La baisse de crédits budgétaires ou de subventions.
- Le manque de moyens.
- L’absence de solutions à proposer aux personnes rencontrées.
- De plus en plus de difficultés à recruter des bénévoles.
- L’instabilité des politiques sociales, avec, entre autres, un manque de visibilité sur les financements à venir.
Une situation qui amène les acteurs à demander non seulement plus de clarté et de stabilité, mais également « plus de souplesse pour permettre l’innovation sociale ».
>>> Retrouvez ici : le baromètre du CNLE <<<