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Crise sanitaire : l’isolement des personnes âgées aggravé (Exclusif)

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Selon un rapport des Petits Frères des pauvres, la crise sanitaire a aggravé la situation d'isolement des personnes âgées

Crédit photo Julie Limont / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
« Isolement des personnes âgées : les impacts de la crise sanitaire ». C’est le titre du dernier rapport des Petits Frères des pauvres, à paraître le 30 mars et dont les ASH révèlent en exclusivité les principaux enseignements. Cette étude met en évidence que l'isolement des personnes âgées de plus de 60 ans est corrélé au niveau de revenus et au type de résidence. 

En France, les 300 000 personnes âgées se trouvant en situation de « mort sociale » – elles ne rencontrent quasiment jamais personne (réseau familial, amical, voisins, réseau associatif) – ont été fortement pénalisées par l'épidémie de Covid 19. C’est le constat dressé par Les Petits Frères des pauvres dans un rapport publié le 30 mars et que les Actualités sociales hebdomadaires ont lu en avant-première. Sans surprise, cette étude démontre que la situation sanitaire liée au coronavirus a amplifié le phénomène, comme l’association l’avait déjà mis en lumière en juin dernier.

Pour Alain Villez, président des Petits Frères des pauvres, cette enquête, réalisée en collaboration avec le Cercle Vulnérabilités et Société, établit que « les personnes âgées ne vivent pas la crise de la même manière en fonction de leurs ressources et de leur habitat ». Ainsi, 45 % de celles percevant des revenus mensuels inférieurs à 1 000 € ont mal vécu le confinement, contre 18 % de celles touchant plus de 2 000 € mensuels. Autre constat : le confinement a globalement été mieux vécu en résidence qu’à domicile ou en Ehpad (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes). Enfin, 47 % des personnes habitant en résidence autonomie ou services seniors l’ont plutôt bien vécu, contre 25 % à domicile et 27 % demeurant en Ehpad.

Appétence nouvelle pour le numérique

« Si les projecteurs ont été braqués sur la souffrance des personnes âgées en Ehpad, notre étude montre bien que, à domicile aussi, la situation a été vécue très douloureusement », affirme Alain Villez. L’association recommande donc d’améliorer l’offre en développant l’habitat alternatif et en priorisant l’approche domiciliaire dans les Ehpad. « Car ces habitats offrent une voie médiane entre l’isolement absolu et total du domicile, et l’environnement contraignant des Ehpad », détaille le président des Petits Frères des pauvres. 

« Ce que je retiens de ce rapport, c’est l’utilisation massive du numérique par les personnes âgées, souligne Sabrina Albayrak, docteure en santé publique et sociologue du vieillissement. Avant la crise, ces outils leur faisaient peur. Or, si l’accompagnement est bon, si c’est un prétexte pour créer du lien social, nos aînés y sont favorables. La preuve, un an après, l’appétence est encore forte dans les Ehpad. Les résidents demandent régulièrement d’organiser des visioconférences avec leur famille. C’est désormais au cœur de leur projet de vie au sein de l’établissement. » Cependant, la communication dématérialisée « ne peut remplacer le lien social dans la vie réelle ». Il est ainsi préconisé « d’intégrer les solutions “à distance” comme un instrument et non comme une fin, dans une logique de réponse globale au maintien du lien social ».

« Prise de conscience »

« Ce rapport montre aussi que la crise a aggravé la fracture générationnelle, souligne Gérard Ribes, psychiatre et gérontologue. La personne âgée est stigmatisée, perçue comme quelqu’un de fragile. » Une fragilité imposant des mesures sanitaires contraignantes à l’ensemble de la population. Mais la pandémie a permis l’émergence de nombreuses actions solidaires (service civique solidarité seniors, livraison des courses à domicile, appels téléphoniques…). Les Petits Frères des pauvres invitent donc à « soutenir et valoriser l’engagement citoyen et les initiatives intergénérationnelles ». « Le risque de guerre des âges existe bien mais nous avons tellement d’exemples de solidarité que je pense qu’on peut être optimiste pour le monde d’après », veut croire Alain Villez.

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Reste que « si les solidarités citoyennes ont été manifestes pendant le premier confinement, leur pérennité n’est pas acquise et doit être soutenue ». Pour Alain Villez, la balle est dans le camp des politiques. 

A ce titre, le 15 février dernier, Brigitte Bourguignon, ministre déléguée chargée de l’autonomie, a annoncé la création d’un comité stratégique de lutte contre l’isolement des personnes âgées. Si Les Petits Frères des pauvres sont partie prenante de ces réflexions, le président de l’association prévient « Certes, ce comité a été installé mais il doit désormais être opérationnel. D’autant qu’il a malheureusement été créé au détriment de la loi “grand âge et autonomie” »

Auteur

  • Maxime Ricard

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