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Question de perception

EDITO-PLANISPHERE-HANDICAP

L'Europe, dont la France, a adopté la résolution de l’ONU, vendredi 4 septembre, pour promouvoir une représentation cartographique mondiale plus fidèle à la taille réelle des continents, portée par le Togo et plusieurs pays africains. 

Crédit photo Ika P - stock.adobe.com

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Un continent africain représenté de la même taille que le Groenland et 14 fois plus petit que dans la réalité, des puissances situées dans les hautes latitudes surdimensionnées… Nous sommes habitués depuis des siècles à nous représenter le monde grâce à la carte dite « de Mercator » : une projection erronée, censée à l’origine favoriser les routes de navigation, mais qui a surtout permis d’assoir l’impérialisme occidental.

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Vendredi dernier, la France a officiellement accepté de changer de point de vue. Les prochains planisphères respecteront davantage l’échelle réelle des pays. A commencer par la France, qui y apparaîtra plus modeste. D’aucuns pourraient penser qu’il n’y a pas de quoi se relever la nuit et que seuls les élèves de primaire verront (peut-être) la différence. Et ils auraient tort.

Il s’agit ici d’une petite révolution qui, même si elle ne risque pas tout de suite d’être suivie d’effets, marque une certaine humilité. A tout le moins, une forme de décentrage, actant que le nombrilisme gaulois est un leurre, y compris dans les livres scolaires et les encyclopédies.

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Ces réflexions cartographiques sont éminemment politiques mais aussi très sensibles. En modifiant les tracés et les aplats de couleurs des nations, c’est toute notre perception de l’humanité qui s’en retrouve bouleversée, relativisant les géants d’hier et les rapports de force d’aujourd’hui.

Abandonner Mercator revient à se questionner : de quel endroit parlons-nous ? Abandonner Mercator – je sais, je m’enflamme – revient à accepter de se mettre à la place de l’autre, d'épouser son regard. C’est vrai pour les enjeux stratégiques comme pour les personnes dites « vulnérables ». La regrettée Charlotte Puiseux critiquait avec force le prisme validiste de notre société. Là encore, elle demandait aux tenants de la norme de faire un pas de côté, de ne pas se prendre pour le nombril du monde.

C’est la quintessence même du travail social.


Bonne semaine à tous.

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Société

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