Combien de films ne font qu’effleurer l’écorce épaisse du réel que les plus présomptueux entendent saisir à pleines mains ! Leur flux paraît intarissable, aspiré par un tourbillon toujours plus rapide. Et là, un événement qui tient du miracle, la logorrhée cinématographique s’interrompt.
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Oubliés les histoires plus ou moins palpitantes, les héros admirables, les dialogues bien sentis alternant rires et émotions, les éclats de voix et les grimaces passant pour de la sincérité. Juste les regards d’une petite fille, la réalisatrice enfant, qui ne demandent rien, ne disent rien, n’expliquent rien, ne jugent pas, qui observent.
Le frère aîné, un adolescent, entre dans la vie avec des pincettes. Il a la taille et l’élégance d’un héron posant ses longues pattes sur les fonds vaseux, silencieux, distrait, étrange. Il pourrait être dangereux quand une incompréhensible colère le submerge. Ou il pourrait tomber du toit sur lequel il marche sans raison. Ou il rendrait exaspérés tous autour de lui par ses indifférences aux gênes que ces comportements entraînent.
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Les parents, aimants, ne savent plus que faire. La douceur et la fermeté sont sans effets. À tâtons il faut avancer sans savoir où le chemin conduit. Peu de mots dans Blue Heron. Pas de bavardage. Aucune explication. Une multitude de petites touches relatant le quotidien d’une famille ayant tout pour être heureuse. Et qui est confrontée à un incompréhensible qui dérange toutes les cartes. Le perturbateur va devoir être expulsé. Quelle autre solution ? Impossible de vivre ensemble en dehors du respect au moindre code.
Qui est le héron ? Sasha, cette petite fille devenue cinéaste, patiente observatrice qui ne confond pas le réel avec ses représentations ? Jérémy, cet énigmatique adolescent, faisant de sa vie une miette jetée avec négligence ? Le premier film de Sophy Romvari laisse libre de répondre à la question. Vivement le prochain.
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