En France, on estime entre 7 000 et 10 000 le nombre de mineurs exploités sexuellement. Des jeunes filles, dans la grande majorité des cas (90%), ayant souvent pour point commun, non pas des origines sociales, mais le fait d’avoir vécu des ruptures ou des traumatismes.
Si le phénomène est observé depuis de nombreuses années par les professionnels de la protection de l’enfance, il connaît ces dernières années une croissance exponentielle (+140% entre 2016 et 2024), touchant des ados de plus en plus jeunes. Une exploitation sexuelle de telle ampleur que le Cnaemo, mouvement qui s’adresse à plus de 4500 professionnels mettant en œuvre des mesures de protection de l’enfance en milieu ouvert, a choisi d’y consacrer ses 46e Assises.
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La thématique est complexe.
D’une part, souligne le mouvement, la prostitution n’est généralement pas perçue comme telle par ces adolescents. Dans une dynamique de survie, ils cherchent à être dissociés afin de ne pas être connectés et en confrontation directe avec leurs traumatismes antérieurs. Pour certains, les pratiques prostitutionnelles leur attribuent un statut et viennent combler des carences affectives.
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D’autre part, la problématique interroge un modèle sociétal complexe, dans lequel s’entrechoquent exposition précoce à la pornographie, mésusage du numérique et des réseaux sociaux, banalisation du rapport au corps et à la sexualité, dans un contexte où l’état de santé mentale des adolescentes et adolescents tend à se dégrader.
Ces pratiques questionnent les pratiques des professionnels, qui peinent parfois à les repérer : la protection de ces enfants doit-elle impérativement passer par le placement en institution systématique ? La mobilité des jeunes n’amène-t-elle pas à repenser les dimensions de territorialisation autour des prises en charge ? Comment constituer un espace ressource pour un jeune exploité sexuellement ?
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Pendant ces trois jours, le Cnaemo, que préside Céline Mons, accueillera, juristes, sociologues, philosophe, anthropologue, médecins, institutionnels et professionnels de terrain pour apporter des clés de lecture, identifier les pratiques existantes et ouvrir des espaces d’intervention possibles.
Des approches sociologique, juridique, psychologique mais aussi éducative seront abordées. Au programme également : la présentation de deux dispositifs montréalais innovants et du Rétablissement autonome de l’enfance (RAE), processus d’empowerment pour permettre la participation du mineur à sa propre protection.
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