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Une colocation solidaire pour créer un lien intergénérationnel

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Crédit photo Margaux Baltus
En partenariat avec l'Unafo, ASH publie le reportage de Margaux Baltus, étudiante en journalisme, qui est arrivée à la cinquième place du Prix Média sur le thème du logement accompagné.   Dans la colocation solidaire de la résidence Béthanie, l'intergénérationnel se travaille grâce à des activités pour aider les résidents de deux Ehpad. En échange de deux heures de bénévolat, les étudiants payent un loyer très modéré.

Samedi après-midi, c'est lessive. Ibrahim est accroupi devant la machine à laver. Baskets blanches à la main, il cherche le meilleur programme pour ne pas décoller ses semelles. La dernière fois qu'il a lavé ses chaussures à la résidence Béthanie, il a dû utiliser de la colle pour les réparer. Ibrahim est arrivé à Metz (Moselle) depuis deux mois. Originaire du Mali, il fait partie de ces étudiants qui n'ont pas à se plaindre de leurs conditions de logement. Il vit dans une résidence de deux étages, au sein d'un parc de 5 hectares. Quinze minutes de bus lui suffisent pour rejoindre son université. Pour cette résidence, il débourse 250 € par mois. En contrepartie de ce loyer modeste, Ibrahim donne de son temps. Deux heures par semaine.

Colocation participative pour étudiants à revenus modestes

Ibrahim et ses trois colocataires ont découvert cette structure grâce à Soraya. Elle en est la cofondatrice et aussi l’animatrice. Assise à la table de la cuisine de la colocation, elle explique comment le projet est né en 2019 : « Avec deux amies, nous étions en master “Entreprise sociale et solidaire”, et l'une d'entre nous a eu le projet de créer une colocation participative pour des étudiants aux revenus modestes. Les étudiants étrangers avaient du mal à se loger, et les loyers sont très élevés à Metz (il est de 424 € en moyenne, selon l’UNEF). On a donc recherché des alternatives. Notre objectif : créer du lien social en baissant le prix du loyer des étudiants », souligne-t-elle, le poing sous le menton.

Pour Soraya, qui est également archéologue, les étudiants doivent pouvoir étudier sans se préoccuper de leur logement. Pourtant, 29 % des jeunes de 18 à 29 ans vivent dans des logements trop petits, d'après la Fondation Abbé-Pierre. La jeune femme est alors recrutée par Etap'Habitat, une entreprise de résidences étudiantes de Metz.

Avec Etap'Habitat, elle crée une colocation solidaire. Elle se tourne vers l'association Monsieur Vincent, qui regroupe plusieurs Ehpad (Etablissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes) en France. L'association possède du patrimoine immobilier. À côté des deux Ehpad Saint-Vincent-de-Paul (45 résidents) et Saint Maurice (64 résidents), la résidence Béthanie n'est plus occupée. L'association prête gratuitement le bâtiment, en échange de la participation bénévole des étudiants et de la rénovation des locaux. Le projet devait débuter fin 2020, mais la crise sanitaire a retardé l'installation. Les premiers colocataires ont posé leurs valises en novembre 2021.

Monsieur Vincent propose de prêter la résidence Béthanie, qui hébergeait des religieuses lors de retraites spirituelles. La maison de 180 mètres carrés est réaménagée pour accueillir huit étudiants. Quatre places sont encore disponibles.

Au rez-de-chaussée, une salle de travail et un salon permettent aux étudiants de se retrouver. La cuisine accueille les trois colocataires présents pour le moment. Djania, équipée de ses écouteurs, se prépare des pâtes avant l'activité du samedi. Sur le frigo trône la répartition des tâches. « Djania, tu veux faire quoi cette semaine ? La cuisine ? Sortir les poubelles ? », interroge Soraya. Les négociations débutent, toujours sous l'égide de l’animatrice. Elle vient régulièrement, un jour sur deux. « Je fais le lien entre Etap'Habitat et eux. Le maître mot, c'est qu'ils soient bien ensemble », affirme-t-elle. Cette semaine, Djania s'occupera de la salle de bain.

« Ils ont signé un contrat, il faut qu’il le respecte »

Djania et Ibrahim s'emmitouflent dans leurs manteaux noirs. Les colocataires sont attendus à l'Ehpad Saint Maurice. Dans ce bâtiment centenaire, ils ont rendez-vous avec Michelle Baccala. Elle est l'art-thérapeute de ces lieux. C'est elle qui organise les activités du samedi (peinture, dessin...) avec les résidents. En les voyant arriver, elle râle un peu : « On démarre tout doucement. Wafa (la troisième coloc) n’est pas là, comme la semaine dernière. En plus, ils étaient tous en retard samedi dernier ! ça fait deux fois de suite... J'ai l'impression qu'ils n’ont pas compris qu'ils ont signé un contrat pour être là ». Soraya recadre rapidement : « Si, ils le savent bien. A 14 heures, ils doivent être là. Mais si ce n’est pas clair, on va en rediscuter ensemble. Ils ont signé un contrat, il faut qu’il le respecte », garantit-elle.

A l’intérieur de l’Ehpad, les résidentes sont déjà attablées. Elles sont une dizaine aujourd'hui à participer aux activités de Michelle. Des feuilles blanches et des crayons de couleur sont déjà étalés devant elles. Thème de cette séance : l’arbre de vie. Un tour de table pour donner les consignes, et Michelle lance le début des opérations. Ibrahim et Djania sont interpellés par toutes les participantes. Mais la consigne est claire : un bénévole par résident. Il n’y a pas assez d’étudiants pour toutes les résidentes, elles devront donc partager.

Appartement parisien et baobab

Ibrahim se lance avec l’une des résidentes. Courbé sur sa feuille, il prépare son dessin. « Vous savez qu’Ibrahim étudie les arbres ? J’ai toujours été attirée par les arbres », s’exclame Madame Louise, qui a grandi à côté d’un verger. Mais en voyant l’état du crayon, elle fait la moue. Ibrahim garde cependant le sourire : il va faire avec les moyens du bord. « Avec Madame Louise, on va dessiner une maison avec des arbres dessus. Mais vous voulez quel type de maison ? Parisienne ou africaine ? Et vous avez déjà entendu parler des baobabs ? »

La discussion est lancée entre les résidents et les étudiants. On évoque les repas de l’Ehpad, le froid mosellan ou encore des histoires d’enfance. Quelques gammes sont même jouées sur le vieux piano. Seuls Ibrahim et Madame Louise se concentrent toujours sur leur dessin. Ou plutôt, Ibrahim dessine pendant que Madame Louise regarde. « Moi je suis béate, je regarde. Ibrahim a dessiné un village africain, avec les huttes, le petit âne et le baobab », admire-t-elle. A 16 heures, le dessin n’est pourtant pas terminé. Madame Louise se propose pour fixer le prochain rendez-vous : « On se reverra samedi prochain. C’est quelle heure déjà ? Quatorze heures pile ? J’y serai ! Je peux faire les couleurs en attendant ? Oui ! », s'exclame-t-elle.

Les adieux sont difficiles pour Madame Louise. « Pour nous, c’est une récréation. Vous voyez, je redeviens une gamine. Ça me fait du bien de fréquenter des jeunes. C’est un moment de vie où on se sent ... plus plus, vous voyez ? Et c’est vraiment sincère de leur part, ils prennent de leur temps pour venir nous voir. »

Jeunes et retraités pour donner du sens à la vie

Pour Muriel Malassé, directrice départementale des Ehpad de l'Association Monsieur Vincent, cette réaction prouve que le projet fonctionne. Selon elle, « accueillir des jeunes à revenus modestes, c’est pour nous très opportun. Nous avons du patrimoine et l’envie de créer de l’intergénérationnalité. Ça fait partie pour nous de l’ouverture de l’Ehpad sur son environnement. » Ces étudiants permettent surtout d'apporter une nouvelle dynamique. « On a de plus en plus de difficultés à trouver des bénévoles. Entre le Covid et l’engagement chronophage que ça demande... Ce sont souvent des personnes qui sont à la retraite, souvent depuis un moment », soupire-t-elle. C’est pour cette raison que Muriel Malassé continue de croire au projet noué avec Etap’Habitat : « On essaye de montrer une autre facette des Ehpad. Malgré les pathologies et les difficultés des résidents, je veux en faire un lieu le plus ouvert possible. »

En sortant par les portes battantes de l’Ehpad, les étudiants passent devant les grands arbres fruitiers du parc. Djania fait le bilan de l’activité : « On a pu faire plus ample connaissance, et s’amuser un peu. On parle de tout et de rien, c’est vraiment trop bien. » Une large étendue en friche s’étend devant eux. C’est à cet endroit que va se tenir le potager, qui complète le projet d’habitat solidaire. Jardinage, ateliers soupes ou confitures, dégustation... Pour Soraya, ce jardin serait l’endroit idéal pour faciliter les relations entre résidents et bénévoles. Elle conclut : « Les jeunes sont acteurs de ce projet, c’est à eux d’agir pour que ça marche. C’est eux qui construisent leur logement. 250 de loyer, c'est un prétexte. Le vrai sens, c'est le projet avec les personnes âgées. »

Auteur

  • Margaux Baltus

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