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Dépendance - Handicap

Florence Arnaiz-Maumé : « c'est trop facile de chercher un bouc émissaire » (Synerpa)


Publié le : 03.05.2020 I Dernière Mise à jour : 03.05.2020
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Florence Arnaiz-Maumé est déléguée générale du Synerpa I Crédit photo RMC/NextradioTV

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  • Propos recueillis par Maxime Ricard

Alors que la gestion de la crise pandémique par le groupe Korian est au cœur de plusieurs polémiques, Florence Arnaiz-Maumé, déléguée générale du Synerpa, le Syndicat national des établissements et résidences privés pour personnes âgées, affirme que les Ehpad ont bien géré la crise du Covid-19 et dit ne pas accepter les critiques à leur encontre. Elle en profite pour distribuer quelques critiques.   

Si l'heure n'est pas encore au bilan de cette crise, estimez-vous que les Ehpad ont malgré tout bien géré la situation ?

Pour avoir été sur le pont depuis le départ, je considère que la situation a été vraiment bien gérée. Et ce malgré un retard à l’allumage. Si Olivier Véran n’avait pas pris des mesures concernant les gestes barrière, les masques et les filières gériatriques, nous aurions eu encore plus de décès. Mais on peut quand même se demander si nous n’en aurions pas eu moins si toutes ces mesures avaient été mises en place dès le 15 février. Si l'on avait mis en place la suspension des visites le 15 février, si on avait mis en place le confinement au 1er mars, si on avait eu des masques en quantité suffisante sur tout le territoire, si on avait eu des équipements de protection individuelle dans tous les établissements dès le début de la crise, si on avait eu des protocoles clairs à respecter, cela aurait certainement changé beaucoup de choses. On s’en serait certainement mieux sortis encore. On aurait certainement eu moins de décès. Mais depuis le départ nous le disons : nous avons pris du retard.

Maintenant, quand j'entends les Agences Régionales de Santé (ARS) dire qu'elles sont sur le pont depuis le mois de janvier. Sûrement… Mais sur les protocoles Ehpad, nous n'avons rien eu. Nous intervenions dans les médias, dès le 24 février, en disant qu'une crise couvait et que nous n'avions aucune directive des pouvoirs publics. Alors même que les Ehpad hébergent plus de 700 000 personnes de plus de 85 ans, qui sont les premières victimes du Covid-19. Il a fallu s'agiter pour être entendu car il ne se passait rien. Le 3 mars, enfin, Olivier Véran prend la mesure de l'enjeu, se rend compte qu'il y a une impréparation assez claire sur ce dossier. C'est donc à partir du 3 mars que l'on commence à dérouler les protocoles. Nous l'avons donc fait en un temps record, comme tout ce qui se fait depuis, mais malheureusement c'est arrivé avec un mois et demi de retard.

Au-delà de ce retard, comprenez-vous les critiques à l'encontre des établissements ?

Non, on ne les comprend pas. Nous ne les acceptons pas. Nous en sommes extrêmement blessés. Nous nous battrons jusqu'au bout pour soutenir nos adhérents, pour que soit reconnu le travail extraordinaire mené par les équipes soignantes et dirigeantes. C'est trop facile de chercher la victime expiatoire, le bouc émissaire. Parce qu'au fond, si on avait dit que l'on fermait les portes le 15 février, tout le monde aurait estimé que l'on était fou. Il faut donc que tout le monde prenne ses responsabilités. Il n'est pas question que l'on paye l'addition pour tout le monde. 

Cela veut dire qu'il aurait fallu fermer les Ehpad plus tôt ?

Oui. C'est en tout cas ce que nous demandions. Dès le 4 février, quand nous écrivons à madame Buzyn, nous lui demandions quelles étaient les mesures à prendre. Nous savons qu'en Chine, à ce moment-là, ils sont déjà tous confinés. Nous sommes d'ailleurs les seuls à nous en rendre compte. Nous avons des adhérents qui nous transmettent les informations du terrain et nous font savoir que les résidents sont confinés en chambre, qu'il y a des zones Covid et non-Covid. L'histoire, nous l'écrivons à l’avance puisqu'on la connait déjà. Quand le virus est détecté le 22 février en Italie, nous savions qu'il allait arriver en France. C'est pour cela que le premier communiqué de presse du Synerpa date du 26 février. C'est donc nous qui tirons la sonnette d'alarme en demandant ce qui doit être fait. Nous émettons même des propositions en indiquant, entre autres, qu'il faut fermer les établissements, confiner les résidents et distribuer des masques aux structures.

Lors des premières réunions que nous avons lors de la semaine du 25 février, je me souviens que je n'embrassais déjà plus personne. On me regardait comme si j'étais folle. A ce moment-là, l'importance de la crise n'est pas comprise. Le coronavirus n'est pas encore entré dans la tête des gens.

C'est surtout le système privé des Ehpad qui est aujourd'hui remis en cause. Est-ce que l'on peut continuer avec un tel modèle ?

Il y a deux ans déjà, ion criait haro sur les Ehpad. C'est un marronnier qui revient à chaque crise. Que l'on remette en cause l'idéologie selon laquelle le secteur privé dans le champ du grand âge n'est pas une bonne chose, dont acte. Qu'on le dise, qu'on l'affirme alors. Que l’on fasse comme dans le secteur du handicap où le commercial est toujours persona non grata. Combien d'enfants et d'adultes en situation de handicap sont obligés de quitter le territoire pour aller en Belgique ? Plus de 5 000 ! Donc pas de problème, décidons que le secteur commercial n'a pas vocation à travailler dans le grand âge parce que certains considèrent que ça ne va pas.

Aujourd'hui, 50% de l'offre d'Ehpad est publique. Et nous la payons tous. Je pense que l'État et les Français font tout ce qu'il faut pour offrir des places au meilleur coût, c'est-à-dire en-dessous du coût de revient. Parce que c'est ce qu'il se passe actuellement. Ce n'est pas le secteur commercial qui est cher de façon indécente. Dans le parcours public, les tarifs à 60 euros sont en réalité subventionnés. Le fait est que l'on fait croire que la place coûte 60 euros mais ce n'est pas vrai. Elle coûte plus cher et est subventionnée par l'État. Ce sont les impôts des Français qui payent la différence.

Alors effectivement, il y a trois groupes cotés en Bourse. J'étais salariée de l'un d'eux au moment où il entrait en Bourse il y a plus de 15 ans. Cette cotation a permis de reconstruire des établissements flambants neufs. Sans les cotations en Bourse, la rénovation du parc, la mise en place de chambres individuelles sur tout le territoire n'auraient jamais eu lieu. D'ailleurs dans le parc public, les rénovations n'ont toujours pas eu lieu à 100%. On attend 15 milliards d'euros pour rénover le parc public. Il faut choisir. 

On peut idéologiquement ne pas accepter le privé lucratif dans ce secteur mais financièrement le tarif demandé à nos résidents n'impacte pas les finances publiques. Effectivement, le prix d'hébergement dans le secteur privé est plus élevé, et peut-être que ce n'est pas acceptable. Mais dans ces cas-là, il faut fermer les écoles privées, les cliniques privées, les Ehpad privés. On pourra ensuite envoyer nos parents en Allemagne ou en Belgique pour leur mieux-vivre. C'est une solution. Mais c'est aux Français de décider. 

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