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Création d'un Observatoire du grand âge : « Il devrait y avoir un organisme indépendant de contrôle des Ehpad »

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Laurent Garcia est cadre de santé en Ehpad et cofondateur de l'Observatoire du grand âge.

Crédit photo Twitter
Mi-septembre, Laurent Garcia, cadre de santé de l’Ehpad Les 4 Saisons, à Bagnolet, annoncera le lancement de l’Observatoire du grand âge. Sur le modèle de l'Observatoire internationale des prisons (OIP), il entend publier chaque année un état des lieux des Ehpad en France.

Actualités sociales hebdomadaires : Pourquoi lancer un Observatoire du grand âge (OGRA) ?

Laurent Garcia : L’idée germe depuis des années. Je travaille en Ehpad depuis quinze ans et je trouve aberrant qu’il n’existe aucun organisme indépendant de contrôle. En dehors des agences régionales de santé, qui, selon moi, ne sont pas indépendantes, il n’y a rien. Ce n’est pas normal. Comme il existe un contrôleur général des lieux de privation de liberté, il devrait y avoir une autorité administrative de ce genre pour les Ehpad.

Il y a un peu plus d’un an, j’en ai parlé à Florence Aubenas (grand reporter au Monde) et à Rémi Lainé (réalisateur) (1). Ils ont décidé de me suivre dans cette démarche. L’association sera donc officiellement lancée mi-septembre pour œuvrer dans ce sens.

ASH : Quelles en seront sont les missions principales ?

L. G. : Il s’agit d'abord d’appréhender les conditions de vie des résidents et salariés par un travail d’enquête approfondi. Comme l’Observatoire international des prisons, nous avons pour objectif de publier un état des lieux annuel des Ehpad en France. Le deuxième objectif est d’informer les résidents et leurs proches de leurs droits et, surtout, des démarches à effectuer en cas de non-respect. L’association se donne aussi pour mission de pouvoir mener des actions en justice et d'effectuer un travail de plaidoyer auprès des pouvoirs publics.

L’idée n’est pas d’être dans l’« Ehpad bashing », bien au contraire. J’aimerais que l’on puisse mettre en contact les Ehpad et trouver « les pépites » qu’il y a dans chaque structure afin que les autres s’en inspirent. Concrètement, un directeur, un salarié doit pouvoir appeler l’association et demander des conseils. La volonté est de créer du lien entre les établissements. Mais aussi signaler des abus quand il y en a.

ASH : La crise sanitaire vous a-t-elle conforté dans l'urgence de créer ce dispositif ?

L. G. : Les Ehpad ont été régulièrement dans l’actualité au début de la crise sanitaire, et tant mieux ! Mais je trouve que nous n’en parlons pas assez. La maltraitance institutionnelle existe en raison d’un manque de salariés. Ce n’est pas forcément la faute du directeur, du cadre de santé, des infirmières ou des aides-soignantes. Quand on a deux soignantes pour 26 ou 28 résidents, cela ne peut pas fonctionner.

Je reproche souvent aux familles de se plaindre sans connaître nécessairement le quotidien des professionnels. Mais c’est aussi parce que personne ne dit rien. L’Observatoire doit aussi servir à cela. Les familles doivent se rendre compte que, parfois, nous ne pouvons pas répondre à certaines attentes. Quand des familles viennent me voir en se plaignant que personne n’a lavé les dents de leurs proches, je leur explique pourquoi. Je leur dit qu’effectivement c’est matériellement impossible d’y arriver avec seulement trois soignants la nuit pour 65 résidents.

Je veux que l’on parle des réels problèmes rencontrés, de pourquoi on peut parfois être maltraitant sans le vouloir. L’ambition de l’association est d’être dans la transparence et d’expliquer que certains actes ne peuvent être effectués faute de moyens. D'autres professionnels le dénoncent déjà, mais en rajoutant notre pierre à l’édifice, nous espérons interpeller aussi les pouvoirs publics.

 


(1) En plus de Laurent Garcia, de Florence Aubenas et de Rémi Lainé, l’association sera composée de Victor Castanet (journaliste), de Marie Duclos (rhumatologue), d’Odile Boucher (médiatrice en santé), d’un représentant des familles et de professionnels en Ehpad.

 

Auteur

  • Propos recueillis par Maxime Ricard

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