Recevoir la newsletter

Les professionnels déboussolés (IP 2/5)

Article réservé aux abonnés

Un schéma simple pour comprendre les circuits de l'information préocupante et du signalement

Manque de formation, peur de se tromper, crainte des représailles : les professionnels - et d'abord au sein de l''Éducation nationale - qui côtoient les enfants au quotidien se sentent démunis face aux informations préoccupantes. Entre signalements abusifs et situations critiques ignorées, le système de détection des IP peine à trouver son équilibre.

Face aux informations préoccupantes, les professionnels au contact des enfants manquent de repères. Au premier rang desquels les enseignants, principaux pourvoyeurs d’IP. « Même pour des travailleurs sociaux formés, détecter les signaux et rédiger un écrit parfaitement adapté n’est pas toujours aisé. Les enseignants, eux, ont été formés pour s’occuper d’un élève idéal. Malgré les sensibilisations, ils n’ont bénéficié d’aucun apprentissage en matière de protection de l’enfance », assure Nathalie Andrieux, assistante sociale à l’Education nationale. Créées par la loi du 5 mars 2007 en même temps que les Crip chargées de les centraliser et de décider de leur orientation, les informations préoccupantes résultent d’une volonté de ne manquer aucun cas d’enfant en danger. Résultat, la définition de ce dispositif s’est étendue au point d’en faire une notion difficile à appréhender.

Preuve en est sa caractérisation à rallonge selon laquelle une IP est une alerte à activer pour tout mineur si « sa santé, sa sécurité ou sa moralité sont en danger ou en risque de l’être, ou que les conditions de son éducation ou de son développement physique, affectif, intellectuel et social sont gravement compromises ou en risque de l’être ». « En intégrant de nouvelles typologies, précise Pascal Vigneron, comme les violences éducatives ordinaires, on a élargi le champ des maltraitances. » Et plongé les équipes dans un désarroi accru. « Ce n’est pas aux enseignants de faire ça. Lorsque nous n’étions pas affectés sur plusieurs établissements scolaires, comme aujourd’hui par manque de personnel, ils pouvaient venir nous voir de façon informelle pour nous demander un conseil. Aujourd’hui, ils sont livrés à eux-mêmes », observe Nathalie Andrieux.

>>> Lire aussi : Assistantes sociales scolaires : les raisons de la colère

Alors, suivant les cas, les professeurs et autres directeurs déclenchent trop souvent des IP. Ou pas assez, par peur de se tromper, ou de briser le lien patiemment tissé avec les familles par une IP pas toujours rapidement suivie d’effet. « Ils ont peur des représailles, souvent à raison, juge Pascal Vigneron. Lorsque j’étais sur le terrain, j’ai pu observer que la famille met toute son énergie pour savoir qui l’a “dénoncée”. Pour beaucoup de professionnels, le passage à l’écrit peut aussi être un frein. » D’autant que le monde éducatif ne se limite pas aux enseignants et directeurs d’établissements. « Toute personne qui dans le cadre de ces activités a une mission auprès de l’enfant est censée prévenir. Mais la dame de la cantine, l’Atsem qui aide l’institutrice ou, à plus forte raison, les professionnels de l’animation, qui ne sont parfois que des gamins de 17 ans, ont-ils les clés pour le faire ? »

Evaluer le danger

Selon Chloé Leray, « il faut sensibiliser pour que les signalants prennent conscience qu’une IP n’est rien d’autre qu’un outil qui nous permet d’évaluer de manière globale s’il y a un danger ou un risque de danger. Et donc quelle aide on pourra apporter, et dans quel cadre. » Mais malgré la distinction établie entre le signalement, réservé aux dangers avérés, et l’information préoccupante, simple alerte en cas de doute sur le bien-être d’un enfant, le fantasme d’une aide sociale à l’enfance systématiquement synonyme de placement a la peau dure.

>>> Lire aussi : Comprendre la frontière entre une information préoccupante et un signalement

A l’inverse, par peur de rater une maltraitance, les professionnels font parfois preuve de trop de zèle quand ils informent les Crip dès que les absences d’un élève s’accumulent, ou que ses vêtements ne sont pas adaptés à la température. Au point de sortir le parapluie ? « Il est probable que certains professionnels se couvrent. Même si ce n’est pas massif, à chaque décès d’enfant maltraité, certains nous remontent des situations dès qu’ils voient un bleu », constate Catherine Gilardeau. Educateur spécialisé dans un foyer d’urgence, Christian Haag estime qu’environ une IP sur quatre n’aurait pas lieu d’être. « Nous voyons arriver des enfants avec de très gros troubles du comportement, envoyés par l’Education nationale débordée par des profils pour lesquels elle n’a pas les outils adéquats, mais qui ne sont pas forcément dans des situations familiales nocives, explique le professionnel. Les signalants veulent bien faire, certains pensent qu’il s’agit d’une solution miracle, mais n’ont pas toujours conscience de la portée d’une IP. »


Comment faire face à l'explosion des IP : toute notre enquête

1. Informations préocupantes : Pourquoi ça explose et comment les compter (en accès gratuit)
2. Les professionnels déboussolés
3. Comment faire face au tsunami
4. Comment la Crip de Seine-Saint-Denis s'organise
5. « On a plutôt tendance à sous-évaluer le danger » (Michèle Créoff)

Protection de l'enfance

Métiers et formations

S'abonner
Div qui contient le message d'alerte
Se connecter

Identifiez-vous

Champ obligatoire Mot de passe obligatoire
Mot de passe oublié

Vous êtes abonné, mais vous n'avez pas vos identifiants pour le site ?

Contactez le service client 01.40.05.23.15

par mail

Recruteurs

Rendez-vous sur votre espace recruteur.

Espace recruteur