Sans cesse décalée, la stratégie française de l'économie sociale et solidaire finira-t-elle par voir le jour ? Oui... mais avec encore un peu de retard par rapport au calendrier prévu, a-t-on appris le 31 mars 2026, à Bercy, de la bouche même de Serge Papin, ministre des Petites et moyennes entreprises, du Commerce, de l'Artisanat, du Tourisme et du Pouvoir d'achat, en charge du dossier. Selon le nouvel agenda, c'est finalement au début du mois de juin 2026 que le gouvernement devrait dévoiler sa feuille de route fixant des objectifs à dix ans pour le secteur associatif, mutualiste et coopératif.
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Il y a pourtant urgence à boucler ce chantier lancé initialement en mars 2025 par Véronique Louwagie, ministre déléguée à l'ESS du gouvernement Bayrou, dont les conclusions devaient au départ être présentées en novembre dernier, lors du sommet mondial de l'économie sociale et solidaire organisé à Bordeaux.
Pour préparer ce plan de portée nationale, l'exécutif avait engagé une concertation de neuf mois impliquant l'ensemble des acteurs concernés : représentants des associations, des organisations mutualistes, des fondations et des sociétés coopératives ; employeurs et syndicats de salariés du secteur, conseils régionaux de l'ESS et organismes financeurs.
Un plan en danger?
Las, la valse des gouvernements et la trajectoire chaotique de l'élaboration de la loi de finances 2026 ont repoussé les échéances. D'abord au mois de mars 2026 et désormais pour début juin. Pire : le plan aurait même pu se voir sabré lors du débat budgétaire, sacrifié sur l'autel de la recherche d'économies tous azimuts de l'exécutif. « Mais on a maintenu les financements de l'ESS et aujourd'hui nous portons toujours cette stratégie », rétorque Serge Papin.
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Pour rappel, le ministre avait déjà dressé les grandes lignes de son ambition pour l'ESS en novembre 2025 :
- renforcement de l'interministérialité dans le pilotage des politiques d'économie sociale et solidaire ;
- sécurisation des financements publics à travers des mécanismes solidaires ;
- transition vers une économie responsable en soutenant les reprises d'entreprises par les employés au travers de l'actionnariat salarié ;
- édition, chaque année, d'un document budgétaire spécifique à l'ESS (« orange budgétaire ») pour mesurer le poids économique du secteur et renforcement de la France en Europe et à l'international dans les champs de l'économie sociale et solidaire.
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En attendant, pour les professionnels de l'ESS, ce nouveau report est perçu comme une preuve supplémentaire de la défiance que l'exécutif entretient vis à vis d'un secteur de plus en plus challengé sur ses propres plates-bandes par le privé lucratif. Forcément, à l'heure des budgets en baisse, la situation agace. « L'économie sociale et solidaire représente 14% de l'emploi privé, mais 7,8% des aides publiques seulement selon la Cour des Comptes. L'économie assistée, ce n'est pas nous ! », grince Benoît Hamon, président d'ESS France, la chambre des professionnels de l'économie associative, coopérative et mutualiste. Aussi, en parallèle de la stratégie gouvernementale, ESS France a prévu de monter son propre événement autour du lancement de la « marque ESS », un label proposé à ceux qui se revendiquent des valeurs portées par le secteur afin d'y sensibiliser le public.