Recevoir la newsletter

Magazine

Reportage : A Savigny-le-Temple, "si c'est urgent, je vais toquer au bureau"

{ element.images.0.titre }}

Yessica, qui ne souhaite pas montrer son visage, pose devant une phrase qui résonne particulièrement en elle.

Crédit photo Marine Cardot
En partenariat avec l'Unafo, ASH publie le reportage de Marine Cardot, étudiante en journalisme, qui a remporté la troisième place du Prix Média sur le thème du logement accompagné. A Savigny-le-Temple, en Seine-et-Marne, une résidence de logement accompagné accueille des jeunes de 18 à 30 ans en difficulté. L’équipe aide les résidents en proposant un accompagnement personnalisé et des actions collectives.

Un jeune homme attend patiemment dans le hall, devant une porte fushia. Lorsqu’elle s'entrouvre, il passe une tête : “Elle est là Madame Babet ?”. Carine Babet, la médiatrice sociale, est une figure centrale ici. Besoin d’aide pour une démarche en ligne, problème d’impayés, ou souci personnel…derrière la porte rose, il y a toujours quelqu’un à qui s’adresser en cas de pépins. Et les jeunes y défilent toute la journée.

“Ici, l’équipe est trop gentille, s’exclame Souad, résidente de 27 ans. Si besoin je prends rendez-vous, mais si c’est urgent je vais directement toquer au bureau.” La jeune femme aux longs cheveux bruns sollicite souvent l’aide de la médiatrice “pour la paperasse”. “Ils me connaissent, ils m’identifient, explique Carine Babet. C’est important qu’ils sachent qu’il y a toujours quelqu’un pour les aider."

Des tremplins

La présence d’une médiatrice sociale sur place fait partie de l’accompagnement proposé par l’Adef. L’association gère 47 résidences de logement temporaire dans toute l’Île-de-France. “Le logement accompagné est une transition entre l’hébergement d’urgence, et le logement pérenne en HLM par exemple, explique Cynthia Deveaux, directrice de secteur Seine-et- Marne, Yvelines et Essonne à l’Adef. Nos structures amènent les résidents vers l’autonomie, ce sont des tremplins pour les aider à rebondir.”

Avant d’arriver à la résidence pour jeunes de Savigny-le-Temple, la plupart étaient à la rue, dans un centre d'accueil de demandeurs d'asile, ou hébergés chez un proche. Souad, elle, a dû quitter le domicile conjugal après son divorce. Aujourd’hui elle dispose d’un logement à elle.

"Prêt-à-vivre"

Elle a collé quelques stickers au mur, et placé un grand tapis noir et blanc entre le lit et la table, pour personnaliser l’appartement. Pour 438€ par mois, son logement, d’une vingtaine de mètres carrés, est “prêt-à-vivre”, avec cuisine, salle de bain et meubles. Toutes les charges sont comprises dans le loyer, et il y a même un service de blanchisserie.

Sur les 172 logements, 25 sont réservés aux dossiers présentés par la mairie, qui voit d’un bon œil la présence de la résidence sur son territoire. “A Savigny-le-Temple, on a beaucoup de personnes en difficulté, surtout depuis le Covid, explique l’adjointe au logement, Patricia Fladin. Quand on envoie des personnes à l’Adef, on sait qu’aucun ne sera lâché dans la nature.”

Le sommeil des tout-petits

Yessica entre à la résidence en 2020 avec sa fille de 2 ans. A son arrivée, la jeune femme de 23 ans participe à plusieurs ateliers avec d’autres mamans. L’accompagnement autour de la parentalité est particulièrement important à la résidence de Savigny, qui compte une vingtaine de familles monoparentales.

Pendant deux heures, c’est Carine Babet, la médiatrice, qui va garder les enfants. Dans la pièce d’à côté, un psychologue intervient auprès des mamans sur le thème du sommeil des tout-petits. Elles peuvent poser des questions et discuter entre elles.

L’accès à l’informatique est un autre problème chez les résidents. Pour les aider, la médiatrice sollicite l’association Rebondir, qui organise des formations aux outils informatiques. “Souvent, les résidents savent se servir d’un smartphone, explique la directrice de l’association, Fatiha Kheroua.

Identifier des repères

Mais ils n’ont pas forcément d’ordinateur ou ne savent pas accéder au site de la CAF par exemple” A l'heure où la plupart des démarches administratives se font exclusivement en ligne, les publics les plus fragiles sont souvent mis de côté.

Afin d’autonomiser les résidents, l’équipe de l’Adef tente aussi de les orienter vers tous les dispositifs qui pourraient leur être utiles. “On les aide à identifier des repères en dehors de la structure, pour qu’après, ils puissent continuer leur vie sans nous” explique Cynthia Deveaux.

Travailler pour oublier

La médiatrice sociale accompagne aussi les résidents individuellement dans leurs démarches. “Monsieur Tarakhil, c’est mon petit rendez-vous quotidien” sourit-elle. D’origine afghane, il ne parle pas couramment français et a besoin d’aide pour chaque démarche administrative. Et elles sont nombreuses pour les travailleurs précaires.

Les 28 de chaque mois, Carine Babet l’aide à déclarer ses revenus. En mars ça sera 0€. Après avoir enchaîné les contrats d’intérim dans la logistique, il n’a pas pu travailler ce mois- ci, à cause de la période de carence. Son patron est content de lui, mais sa demande de CDI est pour le moment restée sans réponse.

“Quand je ne travaille pas, c’est pas bon car je réfléchis beaucoup tout seul dans l’appartement” explique Tarakhil. Son regard se brouille. Cet été, sa femme, sa fille et sa mère sont décédées dans un accident de voiture en Afghanistan.

Comme lui, Yessica, la jeune maman, a un passé difficile. Adoptée à l’âge de 7 ans, elle entre rapidement en conflit avec ses parents. “Vers 15 ou 16 ans, ils m’ont mis en hôpital psychiatrique, puis en foyer“ raconte-t-elle. Enceinte, elle entre dans un centre maternel. "Là-bas je devais remplir un papier pour sortir, se souvient-elle, je me sentais en prison”. Elle y restera jusqu'aux 2 ans de sa fille.

Ici, je parle avec Madame Babet de mes projets mais il n’y a pas d’obligation” se réjouit-elle. Après de nombreuses années passées dans des structures surveillées, elle a envie de souffler. Alors Carine Babet privilégie les échanges informels en la croisant dans le hall par exemple. “C’est aussi dans ma personnalité, parfois les choses se font simplement, je me sens à l’aise avec ces jeunes” raconte celle qui, à 47 ans, avoue volontiers les materner un peu trop. “Il y a cette grande proximité, ils le savent, après ils viennent ou ne viennent pas.”

Souplesse

Depuis son arrivée à la résidence de Savigny, Yessica enchaîne les contrats courts : aide à domicile, factrice, maraîchère…Mais elle n’arrive pas à garder un emploi plus de quelques semaines. “J’ai beaucoup de blocages, j’ai eu des périodes de dépression et puis c’est difficile de travailler en élevant un enfant seule.”

L’Adef accompagne les résidents dans l’insertion professionnelle, mais il n’est pas nécessaire d’être en emploi pour obtenir un logement accompagné. Certains résidents sont au chômage, d’autres au RSA, “l’important c’est que la personne s’engage à être dans une démarche de recherche d’emploi, en poste ou en formation” détaille Cynthia Deveaux.

De même, les résidents en retard de paiement ne sont pas mis à la porte. “On peut lui proposer de rembourser 20€ par mois, suggère Cynthia Deveaux, au téléphone avec un collaborateur. Ici, dès le moindre retard de paiement, l’équipe appelle le résident, lui demande comment il va, et lui propose un échéancier de remboursement en fonction de ce qui lui reste pour vivre. “L’idée ce n’est pas que la personne ne mange plus pour nous rembourser tout d’un coup” explique Cynthia Deveaux.

“Quand tu n'as personne, tu n'as pas le choix”

Seuls son visage rond et ses deux tresses trahissent l’âge de Maria. A seulement 20 ans, la jeune fille est autonome financièrement. “Quand tu n'as personne, tu sais que personne ne fera à ta place, tu n'as pas le choix.” Elle travaille comme aide-soignante, fait ses démarches administratives seule. “Elle vient me voir ponctuellement pour avoir confirmation que les choses sont bien faites” confirme Carine Babet.

Le jour de ses 18 ans, elle a dû quitter le foyer pour mineurs. Elle a ensuite été hébergée chez une dame, avant d’arriver à la résidence jeunes de Savigny. “Je ne me sentais pas à l’aise de vivre chez quelqu’un, se souvient-elle, j'étais contente d’avoir mon propre logement ici.”

Aujourd’hui, la jeune fille a pu s’acheter une voiture grâce à ses économies. Elle voudrait aussi obtenir un logement social et poursuivre ses études. Elle rêvait d’être infirmière, mais “trois ans de formation c’est trop long.” Alors elle se dirige vers un BTS sanitaire et social. Si elle va jusqu’au bout, elle pourrait bien, un jour, travailler dans une structure comme la résidence pour jeunes de Savigny-le-Temple.

Auteur

  • Marine Cardot

Div qui contient le message d'alerte

Se connecter

Abonné

Identifiez-vous

Champ obligatoire Mot de passe obligatoire
Mot de passe oublié

Pas d'identifiants ?

Vous êtes abonné, mais vous n'avez pas vos identifiants pour le site ?
Contactez le service client : par mail Par téléphone : 01.40.05.23.15