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Carnet de liaison - Cruel Noël

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Crédit photo Kristina - stock.adobe.com
Une nouvelle chronique dans les ASH ! Ceux qui nous prêtent leur plume sont travailleurs sociaux. Comme Flo avant eux, mais dans d’autres domaines, ils livrent des instants de leur quotidien. Merci à eux.
 

La permanence va bientôt se terminer. Dehors, il fait froid. Les enfants m’ont enfin envoyé leurs listes de Noël : « Attention, c’est une liste de vœux, pas de courses, hein les mômes ! » Il faudra bien que je m’y mette. On va encore faire des folies, bien qu’on essaie de se raisonner chaque année. J’aime tellement voir des étoiles dans leurs yeux, leurs joues rouges et leurs cris de joie.

En attendant, je reçois la dernière personne qui soit encore présente dans la salle d’attente. Laurène est une maman seule, élevant trois enfants, dont deux ados avec une forte personnalité. Régulièrement débordée, Laurène est adepte des aides éducatives à domicile. Cela lui permet d’être soutenue lorsque le poids de la responsabilité est trop lourd, de souffler aussi un peu parce qu’elle n’a pas de famille, et puis d’être cautionnée et rassurée sur ses capacités à être maman.

Aujourd’hui, elle baisse un peu les yeux. Ce n’est pas vraiment son habitude. Elle a plutôt le verbe haut, des convictions bien affirmées. Elle ne se laisse pas faire, ni impressionner.

Mais aujourd’hui, je sens un malaise :

« J’ai besoin d’une aide financière, je vais être coupée d’EDF… Je crois que j’ai fait une grosse bêtise. Mais si c’était à refaire, je le referais. Vous comprenez, y’en a marre de se restreindre toute l’année ! Moi, j’en peux plus de dire tout le temps “non” à mes enfants et de leur faire manger des saucisses orange et du jambon rose. Toute l’année, je suis raisonnable. Je n’en peux plus. J’ai craqué et, pour Noël, je leur ai acheté des jeux vidéo. »

Je sens bien qu’elle attend ma réponse, toute prête qu’elle est à entendre mon éventuel jugement. Mais non. Je n’ai pas de jugement. Juste, je la comprends. Se serrer la ceinture toute l’année, c’est déjà dur. Mais se projeter dans les rayons brillants et dégoulinants des fêtes de fin d’année sans jamais pouvoir rien s’offrir, c’est carrément cruel. Je me dis que, pour beaucoup de personnes précaires, le mois de décembre pourrait bien être le pire mois de l’année. Le père Noël serait-il vraiment une ordure ? Laurène a décidé que non, que cette année il serait bienveillant avec toute sa petite famille. Il y aura même l’électricité pour brancher la guirlande dans le sapin, au risque d’entendre les bien-pensants lui faire la morale.

Auteur

  • Pinki Blenders, l'assistante sociale

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