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Suspension des visites au domicile des enfants : un risque de drames accru

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Crédit photo Nattanon - stock.adobe.com
En l’absence de présentiel au domicile des familles en difficulté, les risques de drames sont en forte augmentation. Les professionnels des interventions en milieu ouvert et les techniciennes de l’intervention sociale et familiale tirent la sonnette d’alarme. Les contacts téléphoniques ou par visioconférence ne peuvent pas être durables. Il en va de la sécurité des enfants.

Lorsqu’on parle protection de l’enfance, beaucoup pensent enfants placés dans des foyers. Pourtant, ils sont encore plus nombreux a bénéficié d’une mesure éducative en milieu ouvert. Et c’est là que le bât blesse et fait craindre le pire. Si le confinement lié à la pandémie de coronavirus peut être explosif dans les maisons d’enfants à caractère social, il peut l’être tout autant, voire davantage, dans les familles suivies en action éducative en milieu ouvert (AEMO) ou en aide éducative à domicile (AED). Depuis le début de la crise du Covid-19, ces interventions – judiciaires ou administratives – ne se font plus en présentiel pour une grande partie d’entre elles.

Face à cette menace sanitaire, inédite, la société comme les services de la protection de l’enfance doivent s’adapter. Les professionnels et les organisations du secteur en sont conscients et doivent composer avec une triple équation : travailler à l’intérêt de l’enfant, considérer l’impératif sanitaire avec le confinement pour ne pas propager le virus et maintenir les droits des parents.

Effet « cocotte-minute »

Depuis le début du confinement, l’accompagnement des enfants et des familles se fait ainsi par téléphone dans la grande majorité des cas. Une solution qui a néanmoins des limites à court terme, comme nous l’explique Salvator Stella, président du Carrefour national de l’action éducative en milieu ouvert (Cnaemo) : « Dans la durée, ce dispositif ne peut pas tenir car le risque est qu’il y ait des situations de maltraitance, de violence, de conflit. Nous avons beaucoup de familles qui sont dans des petits appartements, cela risque d’être explosif si nous ne trouvons pas rapidement des solutions pour retourner à domicile. »

Un effet « cocotte-minute », selon l’expression adoptée par les professionnels, qui se vérifie au niveau des contacts au « 119, enfance en danger ». Si le nombre d’appels est en baisse, du fait notamment de la fermeture des établissements scolaires, l’Education nationale étant le premier pourvoyeur de signalements à ce service, les ouvertures d’informations préoccupantes (IP) sont plus nombreuses depuis le début du confinement.

En temps normal, la moitié des appels donne lieu à une IP, elles ont progressé de 7 % depuis le 17 mars. « Nous avons très vite mesuré le fait que les enfants ne soient pas pris en charge par l’école ou des structures en journée : cela a conduit à l’explosion de certaines situations, qui étaient déjà compliquées avant le confinement », commente Pascal Vigneron, le directeur du 119. Et d’ajouter : « Très souvent, nous sommes sur “du vivre ensemble” assez complexe avec des jeunes qui ont tendance à quitter le domicile car ils ne supportent plus l’ambiance qui y règne, souvent liée à de la maltraitance. » Des appels en baisse qui peuvent également s’expliquer par le fait qu’en période de confinement la communication avec l’extérieur est rendue difficile, la promiscuité entre les parents et les enfants n’aidant pas à s’isoler pour témoigner d’une situation de violence. Une tendance qui se vérifie également avec le 3919 (Violences femmes infos) qui a vu le nombre des appels divisé par quatre en début de confinement. Un élément d’inquiétude qui n’échappe pas non plus aux professionnels de l’intervention en milieu ouvert, conscients que l’entretien téléphonique n’est pas optimal. « Nous ne remplissons plus totalement notre mission de protection, et nous risquons de ne plus la remplir du tout si on continue cet accompagnement en mode dégradé. Nous n’avons pas la même appréciation des situations qu’en présentiel. Il va falloir reprendre les interventions à domicile rapidement car le risque est qu’il y ait des drames ou des situations très difficiles », rappelle Salvator Stella.

Fermeture des Saad famille

Si les AEMO et les AED ne peuvent plus se faire en présentiel, les professionnels n’ont plus la possibilité de s’appuyer sur l’étayage des techniciennes de l’intervention sociale et familiale (TISF). Et pour cause, 90 % des services d’aide et d’accompagnement à domicile (Saad) famille qui les emploient sont fermés. Le confinement ayant également eu raison de leurs interventions, la majorité des départements leur ont demandé de cesser leurs activités.

Pourtant, les TISF ont un rôle important en protection de l’enfance. Elles interviennent pour permettre les visites en présence d’un tiers dans le cadre d’un droit de visite d’un enfant sur décision du juge. Ces droits sont donc suspendus pour les familles. Elles exercent également sur le volet de la prévention pour éviter les placements. Elles se rendent au domicile des familles une à trois fois par semaine durant en moyenne deux heures par jour pour les aider dans les gestes du quotidien, ou encore sur le positionnement des parents envers les enfants. « Le travail de la TISF se fait avec la famille sur plusieurs mois et souvent plusieurs années. Retirer cette “béquille” du jour au lendemain peut avoir des conséquences catastrophiques, beaucoup plus préjudiciables que ce qu’on peut imaginer, avec une aggravation des situations des familles. Les TISF sont les seules intervenantes à domicile qui viennent deux à trois fois par semaine dans le cadre de la protection de l’enfance. Quand vous retirez cette professionnelle à la famille, c’est son équilibre qui est bouleversé », commente Jérôme Perrin, directeur du développement et de la qualité à l’Union nationale ADMR. Il est très inquiet, comme tous les professionnels de l’intervention à domicile en protection de l’enfance, car les situations de ces familles, qui sont en grande précarité, peuvent vite basculer. Aujourd’hui, tous demandent à pouvoir bénéficier de masques pour retourner exercer leur métier, car il en va de la sécurité des enfants.

Aucune solution n’est aujourd’hui évoquée sur ce point. Reste que ce sont des familles en souffrance qui sont délaissées. Le 20 mars dernier, ces services d’intervention en milieu ouvert ont reçu des consignes émanant du secrétariat d’Etat chargé de la protection de l’enfance. Il leur a été demandé d’établir une liste des enfants devant faire l’objet d’un suivi prioritaire et nécessitant un contact présentiel, liste qui doit être validée par le juge des enfants. Mais les choses ne sont pas si simples car les situations familiales sont complexes et mouvantes. « Des conditions qui pouvaient être maîtrisées et non urgentes il y a une dizaine de jours peuvent malheureusement vite basculer et le placement des enfants devenir inévitable », témoigne Salvator Stella.

 


COURRIER AUX DÉPARTEMENTS

Adrien Taquet, secrétaire d’Etat chargé de la protection de l’enfance, a dressé le 21 mars un courrier à tous les départements. Dans cette missive, il liste les priorités à intégrer dans leur plan de continuité d’activité telles que les cellules de recueil des informations préoccupantes et d’évaluation des situations de danger des enfants ou encore les interventions à domicile. La priorité doit être accordée aux situations nécessitant absolument le déplacement d’un professionnel, et au maintien d’un contact au moins téléphonique avec l’ensemble des familles accompagnées. Sur le plan financier, Adrien Taquet invite les départements à apporter aux associations gestionnaires et aux établissements publics toutes les garanties pour limiter les conséquences administratives et financières de l’épidémie de Covid-19 et des mesures prises pour l’endiguer. Un point délicat pour les services d’intervention à domicile, et en premier lieu les Saad famille qui ont été dans l’obligation, pour 90 % d’entre eux, de cesser leur activité. 

Auteur

  • Nathalie Auphant

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