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Protocole sanitaire en Ehpad : l’hétérogénéité des situations crispe

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Alors que le protocole d’assouplissement des visites en Ehpad a été publié le 12 mars, sur le terrain, il n’est pas appliqué partout de la même manière. Quand il est appliqué. 

Crédit photo LOIC VENANCE / AFP
Malgré les dernières préconisations ministérielles, l’assouplissement des visites en Ehpad peine parfois à être appliqué sur le terrain. Une situation d’autant plus difficile à vivre pour les familles et les résidents que les conseils de la vie sociale ne sont que rarement consultés.

« Rien ne change dans l’Ehpad où vivent mes proches. Les visites se font à raison d’une fois par semaine, pendant vingt minutes, dans un hall d’accueil autour de deux tables de rencontre, sans aucune intimité et sous le regard de la sécurité civile. Aucune mesure d’assouplissement n’est en vigueur et aucune information n’a été diffusée par quelque moyen que ce soit depuis les nouvelles mesures gouvernementales. » Le collectif Ehpad familles Bretagne, créé en mars dernier pour protester contre la non-application des assouplissements du protocole, a reçu des dizaines de témoignages de ce type ces derniers jours.

L’incompréhension s’avère d’autant plus forte que la Bretagne n’est pas la région la plus touchée par la Covid et que la majorité des résidents ont reçu leur deuxième dose de vaccin. « C'est complètement aberrant, proteste une des membres du collectif, sous couvert d’anonymat. Cela revient à dire que le vaccin ne sert à rien. » Membre cofondateur du Cercle des proches aidants en Ehpad, Olivier Rigaud nuance : « Il y a eu des assouplissements. Mais nous sommes quand même très loin du compte. De nombreuses remontées de terrain indiquent que la situation n’évolue pas. C’est extrêmement insatisfaisant. »

Crainte de poursuites judiciaires

La faute aux cadres dirigeants ? Ces mesures de restriction se voient parfois maintenues contre leur volonté. « Mon Ehpad est dirigé par la municipalité. Elle a refusé dans une directive écrite d’ouvrir les structures. Aujourd’hui je ne peux donc pas autoriser les visites en chambre. Il n’y a aucun changement », déplore ce directeur d’Ehpad de la région lyonnaise, qui préfère garder l’anonymat. Il voit deux motivations à cette situation : une raison sanitaire évidente et la crainte d’éventuelles poursuites judiciaires. « Le ministère, comme les ARS [agences régionales de santé], prend bien soin de dire que toute décision prise engage la responsabilité de la direction. Or ce terme de “responsabilité” fait tellement peur qu’il paralyse tout le monde. Du coup, rien ne bouge », argumente-t-il.

Et personne n’est sollicité. Alors que le protocole indique qu’il est obligatoire de consulter les conseils de la vie sociale (CVS), sur le terrain, ils le sont trop peu. « Malheureusement, nous avons beaucoup d’exemples d’Ehpad dans lesquels la consultation n’existe pas », confirme Jacques Rastoul, responsable de l’interCVS 91, réseau d’élus de conseils de la vie sociale en Essonne. S’il admet que les échanges ont été plus fréquents au moment de la vaccination, il déplore que « dès lors que des décisions doivent être prises dans l’urgence, les directions arbitrent seules. »

Enorme différence

« Nous avons informé le CVS mais nous ne l’avons pas consulté », appuie le directeur en région lyonnaise. Plus généralement, il regrette « Officiellement, les pouvoirs publics disent que la parole des usagers et des familles doit être plus et mieux entendue. Dans les faits, ce n’est pas le cas. On choisit encore à leur place. » 

« Il y a une énorme différence entre ce que dit la ministre et le terrain, fustige la représentante du collectif breton. On n’a pas l’impression d’être sur la même planète. Depuis le début de la crise, les directeurs d’établissement font ce qu’ils veulent puisque les familles ne sont pas là pour voir ce qui se passe. » C’est pourquoi le collectif Ehpad familles Bretagne estime que, à terme, « les représentants des résidents et des familles doivent être membres du conseil d’administration de l’Ehpad. Cela leur permettra d’avoir un droit de parole et de veto. »

Pour l’association TouchePasMesVieux, les CVS sont entravés parce que les protocoles ne sont pas assez contraignants. « A partir du moment où il n’y a pas d’obligation, de sanction ou de gendarme, de nombreuses directions ne prennent même pas le temps de s’expliquer, regrette Patrick Collardot, son président. C’est pourquoi nous demandons la transformation de ces recommandations en obligations, par le biais d’un décret ministériel détaillant les règles à suivre, les moyens alloués pour y parvenir, ceux de contrôle et les éventuelles sanctions si rien n’est mis en place. Les familles seraient en mesure de demander pourquoi les recommandations ne s’appliquent pas. Et, à ce moment-là, de les contester. » Avec d’autres acteurs du secteur, l’association a lancé l’opération « Ecrivez à votre député », que Patrick Collardot explique : « Chaque proche d’un résident en Ehpad a une voix que nous lui proposons d’utiliser pour demander à son député d’enregistrer une question au gouvernement, de s’investir pour une noble cause et de voir s’il s’engage. C’est un acte citoyen. »

Pour l’heure 150 lettres ont déjà été envoyées et l’association en espère 500 dans les semaines à venir.

 

Auteur

  • Maxime Ricard

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