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Luc Broussy : « Ma mission : rendre possible le maintien à domicile »

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Luc Broussy, président de la filière nationale de la Silver économie

Crédit photo DR
Luc Broussy, président de la filière nationale de la « silver économie », vient de se voir confier par Brigitte Bourguignon, ministre déléguée chargée de l’autonomie, Emmanuelle Wargon, ministre déléguée au logement, et Jacqueline Gourault, ministre de la Cohésion des territoires, une feuille de route sur « l’adaptation de l’habitat au vieillissement ». Cette mission « flash » intervient dans le cadre de l’élaboration du projet de loi « grand âge et autonomie ». Il doit rendre ses conclusions à la fin janvier.

Actualités sociales hebdomadaires : En quoi va consister la mission que le gouvernement vous a confiée sur l’adaptation de l’habitat au vieillissement ?

Luc Broussy : L’objectif est clair. Ce que l’on m’a demandé, c’est de réactualiser le rapport que j’avais fait en 2013 (1). Concrètement, je vais travailler sur quatre thématiques : l'adaptation du logement, l'adaptation de la ville et de l'urbanisme, l'adaptation des mobilités et la question des territoires. Comment adapter les logements ? Comment les équiper ? Quels financements pour cela ? Il ne s’agit pas seulement de réfléchir à l'adaptation des murs mais bien de penser le domicile dans sa globalité. On nous explique depuis belle lurette pourquoi le maintien à domicile est « souhaitable » : le but de ma mission est de le rendre « possible ». Car pour pouvoir habiter chez soi le plus longtemps possible, le domicile et son environnement doivent être compatibles. Je proposerai donc de nouveau l’idée d’un « diagnostic habitat-mobilités » pour que, entre 70 et 75 ans, chaque citoyen puisse bénéficier d’une forme d’audit lui permettant de savoir s’il pourra vieillir en toute sécurité là où il habite aujourd’hui et si le logement occupé est adaptable ou non. S’il ne l’est pas, le but est de réfléchir à l’après, donc à un éventuel déménagement. Je veux que les Français comprennent que rester à domicile ne consiste pas forcément à rester dans la maison dans laquelle on vit depuis quarante ans. Si le logement n’est pas adaptable, déménager à 75 ans peut parfois permettre, par cette seule décision, d’augmenter son espérance de vie de cinq ou dix ans.

Rendez-vous compte que 9 000 personnes âgées de plus de 65 ans meurent chaque année à la suite d’un accident domestique. Je veux mettre fin à ce scandale de santé publique. Nous sommes parvenus en quelques décennies à baisser la mortalité routière de 20 000 à 3 500 décès par an. En prenant les bonnes mesures, il doit être possible d’économiser des milliers de vies.

Quelles sont les autres grandes lignes de votre feuille de route ?

L. B. : Si logement adapté il y a, encore faut-il que, lorsqu’on franchit la porte de son « chez soi », on ne tombe pas dans un univers hostile. Nous devons donc penser la ville et l’urbanisme pour les plus fragiles. Cela passe, par exemple, par plus de toilettes publiques. Il y a de plus en plus de personnes incontinentes. Nous devons pouvoir répondre à leurs besoins. C'est un impensé total que ce ne soit pas le cas. Je veux que ma mission, aussi « flash » soit-elle, réponde aux vrais sujets de la vie quotidienne. Comment adapter le mobilier urbain ? Comment faciliter les conditions de mobilités des seniors ? Vieillir chez soi sera possible à la condition de bénéficier d’un environnement bienveillant. Ce qui suppose aussi de pouvoir se déplacer en parfaite autonomie.

Enfin, la dimension territoriale est essentielle car on ne vieillira pas de la même façon d’une région à l’autre, d’un département à l’autre, d’une ville à l’autre. Que vous soyez en métropole, en milieu périurbain ou rural, ce sont des stratégies différentes. Cela nécessite une approche quasi microscopique, territoire par territoire.

Dans votre lettre de mission, il n’est question que de vieillissement, et non pas de handicap. Pourtant, la loi doit porter sur le « grand âge et l’autonomie »

L. B. : J’ai pris la mauvaise habitude de ne parler que des sujets que je connais. Mon sujet, c’est d’alimenter le projet de loi « grand âge ». D’ailleurs, ma lettre de mission est signée par Mmes Jacqueline Gourault, Brigitte Bourguignon et Emmanuelle Wargon. Pas par Sophie Cluzel.

Les 14 millions de personnes âgées qui vivent chez elles, qui sont mobiles dans leur environnement urbain, leur territoire, n’étaient pas au cœur des rapports précédents (« Libault », « El Khomri »…). Or elles doivent absolument être dans le viseur de la loi pour que celle-ci ne soit pas seulement une « petite » loi sanitaire et médico-sociale mais bien une grande loi sur la transition démographique. Et je ne vais pas pondre un rapport supplémentaire puisque je livrerai non pas un rapport mais une série d’orientations très opérationnelles.

Comment allez-vous travailler ? Comment vont s’organiser les semaines à venir ?

L. B. : Je dois rendre mes conclusions fin janvier. Le temps est donc compté. Sur les quatre thèmes, je vais tenter de répondre de manière très concrète à une vingtaine de questions précises. Ce ne sera donc pas un rapport de 200 pages mais un document avec 20 questions et 20 réponses. Pour cela, je bénéficie d'un apport : mon propre rapport de 2013. Cela tombe bien, les constats sont à peu près les mêmes et mes solutions aussi. En revanche, j’ai l’impression que les décideurs, et notamment les élus locaux, sont beaucoup plus sensibilisés à ces sujets qu’il y a sept ans. Ce qui va nous permettre de ne pas auditionner la terre entière et d’aller avec les acteurs droit au but.

Pourquoi avoir accepté cette mission ?

L. B. : C’est un secret de polichinelle que, politiquement, je ne suis pas un supporter de ce gouvernement. Je suis président du conseil national du Parti socialiste. Le gouvernement sait très bien qui je suis. Entre nous, il n’y aura donc pas de faux-semblant. Je suis là parce que cela fait vingt-cinq ans que je travaille dans ce secteur, que je suis un militant et que tout ce qui me permet de faire avancer cette cause est bon à prendre. C’est pour cela que j’ai accepté cette mission.

Avec dès le début une première victoire à laquelle je tenais. Et pour laquelle s’est battue aussi, je dois le dire, Brigitte Bourguignon. Cette mission sera vraiment interministérielle, puisque ma feuille de route précise que pourront m’apporter leur concours la DGCS [direction générale de la cohésion sociale], la DHUP [direction de l’habitat, de l’urbanisme et des paysages], la CNSA [Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie], l’Anah [Agence nationale de l’habitat], l’ANCT [Agence nationale de la cohésion des territoires), Action logement, le Cerema [Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement] et la DGCL [direction générale des collectivités locales].

De plus, c’est un atout formidable que d’avoir trois ministres aux commandes. C’est une occasion inespérée de sortir du microcosme habituel du secteur médico-social. Evidemment, je pourrais être le premier à ironiser en disant : « Encore un rapport sur un rapport ! » Mais si j’ai accepté cette mission, c’est que je crois qu’il en sera autrement. On prend les paris ?


(1) « Adaptation de la société française au vieillissement de sa population : France, année zéro ! » (2013), rapport qui avait inspiré une partie du projet de loi d’adaptation de la société au vieillissement de 2015.

Auteur

  • Maxime Ricard

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