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Education à la sexualité : une enquête pointe le manque de sensibilisation des jeunes déficients visuels

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Photo d’illustration.

Crédit photo Xose Bouzas / Studio Hans Lucas via AFP
Une étude réalisée en 2021 souligne le manque d’éducation à la sexualité et à la vie affective des jeunes présentant une déficience visuelle. En cause, l’absence de formation des professionnels, de matériels adaptés et de prise en compte globale de la sexualité.

Si l’accès à l’éducation à la sexualité est une obligation légale, la réalité du terrain est tout autre. C’est ce que révèle la double enquête sur l’accompagnement à la vie affective et sexuelle menée dans le cadre du projet baptisé « Eduquer pour protéger ! L’éducation à la sexualité pour les jeunes présentant une déficience visuelle ». Coordonnée par l’association Mes Mains en or, qui œuvre depuis dix ans dans le champ de l’édition de livres et d’outils pour les jeunes présentant une déficience visuelle, et dirigée par Laetitia Castillan, docteure en psychologie, cette recherche appliquée met en lumière le manque d’accès à l’éducation sexuelle et affective pour ces publics.

L’enquête se compose de deux volets. Un premier réalisé à partir d’un questionnaire adressé à des professionnels d’établissements sociaux et médico-sociaux (ESMS). Et un second fondé sur des entretiens avec des usagers pris en charge dans des établissements médico-sociaux.

Pas de projet d’établissement

Premier constat : l’absence de cadre institutionnel. En effet, si 70 % des professionnels interrogés estiment que « l’institution doit intervenir dans l’éducation à la sexualité » des usagers, 63 % déplorent l’absence de projet d’établissement dans la structure où ils évoluent. Pourtant, cet axe d’accompagnement fait partie intégrante de leur quotidien : 63 % de ceux interrogés indiquent avoir « déjà eu à intervenir » auprès des jeunes qu’ils accompagnent sur « des problématiques en lien avec la sexualité ».

Par ailleurs, si beaucoup de professionnels interviennent sur des problématiques en lien avec la sexualité, l’enquête révèle que seulement 7 % d’entre eux se sentent « tout à fait compétents ». Pour 38 %, le manque de formation et de matériel adapté fait partie des axes d’amélioration. Ainsi que le recours à des personnes ressources spécialistes du sujet. En effet, la sexualité et les relations affectives des personnes aveugles ou malvoyantes possèdent leurs spécificités et ajoutent de la complexité. L’enquête note, par exemple, des différences dans « la compréhension des codes sociaux », « des questionnements relatifs à la séduction » et également une « méconnaissance de son propre corps et du corps de l’autre ».

La sexualité n’est pas seulement biologique

L’étude laisse également apparaître le manque de concordance entre les attentes des personnes accompagnées et les thématiques abordées. Ainsi, 39 % des adultes interrogés déclarent avoir reçu des éclairages sur « l’aspect biologique de la sexualité » et 32 % sur la prévention des maladies sexuellement transmissibles (MST). Mais si cette approche est bien évidemment essentielle, elle ne correspond pas aux besoins : 39 % des usagers souhaitent que soient davantage abordées les questions « de rencontre et de séduction » et 24 % relèvent l’absence de la notion de « consentement ».

Presque rien non plus sur le genre : seules 3 % des personnes interrogées déclarent avoir été sensibilisées à cette thématique alors que 11 % souhaitent que le sujet soit davantage abordé.

Les chercheurs évoquent « le manque de temps et de moyens alloués à l’éducation à la sexualité » comme la principale raison contraignant les intervenants à aborder « les sujets jugés les plus sensibles, à savoir les grossesses non désirées » et les MST.

Recommandations à l’attention des établissements

L’étude préconise d’inscrire « dans chaque projet d’établissement » les orientations de la structure et ses « matérialisations concrètes sur le terrain ». Elle encourage également la mise en place de formations spécifiques pour les professionnels. Dans un second temps, elle met l’accent sur la création d’outils adaptés, en expliquant que « l’omniprésence des contenus imagés semble gêner, voire empêcher leurs adaptations » aux personnes aveugles et malvoyantes.

Est ainsi évoquée la création d’une bibliothèque d’ouvrages dédiés, d’outils pédagogiques tactiles en trois dimensions et de contenus audio. L’étude invite également les structures à désigner une personne référente de l’éducation sexuelle et affective au sein des équipes éducatives.

Les conclusions illustrent que, « malgré un contexte législatif favorable », l’équité en matière d’accès à l’éducation à la sexualité et à la vie affective pour ces jeunes reste illusoire.

 

Auteur

  • Rémi Barbet

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