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Charlotte Parmentier-Lecocq : "Plus nous attendons, plus nous prenons le risque que d’autres priorités prennent le dessus"

“Le plan grand âge va apporter une cohérence aux politiques déjà engagées”

“Le plan grand âge va apporter une cohérence aux politiques déjà engagées”, selon Charlotte Parmentier-Lecocq.

Crédit photo SIPA press
[INTERVIEW] Le plan « grand âge » ne sera pas dévoilé tout de suite en raison de la période de réserve du gouvernement à l’approche des élections municipales. Charlotte Parmentier-Lecocq, ancienne ministre déléguée chargée de l’autonomie et des personnes handicapées, revient sur la construction de ce plan, son bilan au gouvernement et les enjeux à venir pour le secteur et les pouvoirs publics.

Avant de reprendre son siège de députée de la 6e circonscription du Nord, Charlotte Parmentier-Lecocq dresse l'inventaire de son action en tant que membre du gouvernement, fonction qu'elle vient de quitter à la faveur du remaniement ministériel

ASH : Où en était le plan « grand âge » au moment de la remise de votre démission du gouvernement, officialisée le 9 février 2026 ?

Charlotte Parmentier-Lecocq : Il était bien avancé, voire finalisé dans les grandes lignes. Il s’articule sur deux dimensions de temporalité. Une première, de 2026 à 2030, trace les actions à mettre en œuvre dans les prochaines années et liste ce qui a été engagé au gré des différentes réformes depuis 2017.

Une deuxième partie, de 2030 à 2050, porte sur le lancement de plusieurs démarches de prospectives pour définir les besoins par département et pour enclencher des travaux sur le fond : comment allons-nous répondre aux besoins du grand âge et comment allons-nous financer la protection sociale, sur laquelle le vieillissement a un impact ?

Avez-vous une idée du calendrier lié à sa présentation officielle ?

Le gouvernement, en raison des élections municipales, est en période de réserve jusqu’au 22 mars. Je ne sais pas ce qui sera décidé. Je tenais à ce que nous puissions sortir ce plan dès février et je regrette que nous n’ayons pas pu le faire.

Cela est notamment dû au fait que certains acteurs du secteur ont souhaité mener des travaux complémentaires plus élargis. Je pense que c’était une erreur de procéder de la sorte. Plus nous attendons, plus nous prenons le risque que d’autres priorités prennent le dessus. J’espère que ces travaux ont bien lieu et que le plan sera rapidement présenté.

Je crois en outre qu’il faut faire la saisine du Haut-Commissariat à la stratégie et au plan pour lancer les travaux de réflexion sur le financement. Ce qui est important, enfin, c’est que les travaux de prospectives menés par les agences régionales de santé (ARS) et les départements sont bien lancés.

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Êtes-vous satisfaite du contenu de ce plan « grand âge » ?

Le plan est très complet, il comporte trois volets : vieillir en citoyen car les personnes âgées doivent garder une place dans la société, vieillir en bonne santé avec la question de la prévention et enfin les modalités d’accompagnement selon le type d’hébergement.

Comment s’articule-t-il avec l’ensemble des politiques annoncées et mises en place ces dernières années ?

Beaucoup de choses ont été engagées grâce à la loi dite « bien vieillir » du 8 avril 2024 et aux lois de financement de la sécurité sociale : fonds sur la sinistralité et création de 50 000 postes en Ehpad, fonds de mobilité pour les aides à domicile, réforme des services autonomie à domicile, investissement dans l’habitat partagé…

Il manque une boussole commune pour apporter de la cohérence, se projeter sur ce qu’il faut faire, comment le faire et le financer. Le plan doit répondre à ce besoin. Il nous faut un portage politique et une mobilisation impliquant à la fois l’État, les départements, les régions, les communes, les acteurs des secteurs social, médico-social, sanitaire.

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Quelles places doivent prendre les collectivités territoriales sur les questions du grand âge ?

Les départements jouent un rôle majeur et les travaux de réflexion sur le projet de loi décentralisation doivent permettre d’y répondre. Nous avons beaucoup échangé avec Départements de France et les discussions ont porté sur une solution qui nous semble pouvoir faire consensus : la partie Ehpad dans sa dimension médicalisée aurait vocation à rester dans le giron de l’État, tandis que les plus petits établissements, dont nous pouvons imaginer une transformation en résidence autonomie, auraient des liens étroits avec les Ehpad et les hôpitaux pour bénéficier de ressources humaines compétentes.

Il reste à clarifier ce qui porte sur l’habitat partagé et le domicile qui a plutôt vocation à rester dans les mains des départements. Les communes vont avoir un rôle majeur à jouer pour intégrer dans les projets municipaux la réponse au vieillissement des populations que ce soit en lien avec la mobilité, la citoyenneté, les services, le logement.

Le contenu du plan « grand âge » est-il associé à des financements ?

Sur la partie 2026-2030, nous avons à minima les financements fléchés dans le cadre du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) 2026. L’objectif est de commencer à mettre sur les rails les orientations pour le PLFSS 2027 et donner à voir ce que pourraient être les suivants.

Si des chiffrages existent sur le coût du vieillissement de la population, il serait intéressant d’en réaliser de plus fins. C’est pour cela que j’ai demandé que les départements et les ARS définissent les besoins et l’offre. Ce qui est certain, c’est que nous avons des besoins en matière de ressources humaines, un manque de projection sur les effectifs, la formation et les perspectives de carrière, et des enjeux de conditions de travail et de pénibilité. Des travaux sont engagés à ce sujet par les ministères du Travail et de la Santé.

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Pensez-vous que le pays soit prêt à relever le défi démographique ?

Oui, dans les années à venir, même si c’est un secteur qui souffre en matière de valorisation des métiers, d’une part, et des personnes concernées, d’autre part.

Par ailleurs, j’estime qu’il y a un pan qui n’est pas assez développé, celui de la « silver économie ». Nous n’utilisons pas suffisamment les innovations existantes alors qu’elles sont nombreuses en France. Nous devons créer une filière de la tech et de l’intelligence artificielle (IA) pour répondre aux enjeux liés au handicap et au vieillissement.

Ces sujets font-ils partie des dossiers prioritaires que vous avez transmis à votre successeure, Camille Galliard-Minier ?

Cela fait effectivement partie des dossiers qui sont sur le haut de la pile, ainsi que la poursuite des travaux sur le plan. Pour moi, l’enjeu central actuel c’est de qualifier les besoins et les volumes. Le sujet de l’habitat partagé est également majeur car il recouvre la question de l’emploi, du pouvoir d’achat, de l’isolement mais aussi de l’optimisation du service aux personnes âgées. Nous devons permettre aux aides à domicile d’intervenir de manière optimisée. La question du recrutement et des conditions de travail est importante également.

Y a-t-il des projets que vous avez portés durant votre mandat dont vous êtes particulièrement satisfaite ?

Je suis très contente d’avoir rendu concrète la réforme des fauteuils roulants et d’avoir travaillé sur la simplification des démarches administratives pour les personnes handicapées. Il y aussi la feuille de route sur la vie intime, affective et sexuelle des personnes handicapées, et la lutte contre les violences avec le dispositif d’attestation d’honorabilité dans le secteur de l’enfance.

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Nous avons ensuite renoué le dialogue sur la réforme Serafin-PH. Sur les 50 000 solutions, enfin, nous en avions 17 500 en 2025. En 2026, l’enjeu est d’en créer 6 500 supplémentaires. Elles seront plus complexes, plus coûteuses et pour des publics comme les enfants à double vulnérabilité.

Comment comptez-vous continuer de porter ces sujets à l’avenir ?

Mon objectif est d’apporter un soutien à Camille Galliard-Minier du côté du Parlement. Je vais continuer de porter le message de ces enjeux à travers les débats du prochain PLFSS. Je souhaite m’investir sur plusieurs sujets comme la simplification des démarches administratives pour les personnes handicapées ainsi que la protection de l’enfance avec une prise en charge des enfants plus rapide, le recours favorisé au tiers digne de confiance et à l’accueil familial, le soutien à la parentalité. Je veux enfin porter ces sujets sociaux, de santé, du vieillissement dans le cadre du projet présidentiel d’Édouard Philippe (Horizons).

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