En 2012, la Haute Autorité de santé (HAS) avait choisi la diplomatie, en jugeant « non consensuelles » les prises en charge de l’autisme fondées sur la psychanalyse. Une position qui n’avait pas manqué de raviver les querelles idéologiques.
Quatorze ans plus tard, prenant en compte « les avancées scientifiques et l’évolution des pratiques professionnelles », elle tranche. Dans ses dernières recommandations de bonnes pratiques, intitulées « Troubles du spectre de l’autisme : interventions et parcours de vie du nourrisson, de l’enfant et de l’adolescent », publiées le 12 février, l’approche par la psychanalyse est désormais rangée dans la catégorie des interventions « non recommandées ».
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Dans son sillage, une série de méthodes jugées « inefficaces », « sans preuves », ou insuffisamment prouvées, sont, elles aussi, désavouées. Parmi les plus connues : le packing, qui consiste à envelopper de linges humides froids, ou snoezelen, pratique de stimulation sensorielle dans des espaces sécurisés. Mais on peut aussi citer les méthodes 3i, Padovan, Doman-Delacato, Son-Rise, Tomatis et le neurofeedback.
A contrario, l'instance recommande de privilégier des interventions développementales et comportementales dans plusieurs domaines :
- La communication
- Les habiletés sociales
- La motricité
- La sensorialité
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Pour favoriser la généralisation des apprentissages des enfants et adolescents autistes dans la vie quotidienne, la HAS recommande d’intervenir dès l’apparition des premiers signes d’alerte, y compris lorsqu’il s’agit d’un nourrisson.
Elle rappelle également combien il est important d’impliquer la famille au plus tôt dans « un projet personnalisé centré sur les souhaits et besoins de l’enfant ».
Au-delà des interventions développementales et comportementales, la Haute Autorité de santé souligne la nécessité de penser la globalité du parcours de vie de l’enfant, en adaptant la scolarité, la culture mais aussi les loisirs.
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Enfin, l’autorité indépendante recommande de renforcer la formation de la communauté éducative aux troubles du neurodéveloppement et de sensibiliser les élèves au handicap pour favoriser une meilleure inclusion.
Plusieurs acteurs se sont félicités de la publication de ces recommandations. En particulier la députée socialiste Isabelle Santiago, qui publiera en mai un rapport sur la prise en charge des enfants autistes dans le cadre de la Délégation aux droits de l’enfant.
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« La France s’engage clairement dans une trajectoire comparable à celle des pays européens les plus avancés en matière d’autisme, en s’appuyant sur les données scientifiques, l’intervention précoce, la coordination des parcours et la reconnaissance pleine et entière des familles comme partenaires », a souligné la députée.
La HAS organisera le 31 mars un webinaire sur le sujet dans le cadre des « Rendez-vous des bonnes pratiques », animé par une dizaine de ses experts et dédié aux professionnels du secteur sanitaire, social et médico-social.
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