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Tempête à Calais : les personnes exilées au chaud pour quelques jours

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Le hangar de la rue des Huttes où les personnes exilées ont été mises à l'abri le temps des intempéries. 

Crédit photo Louis Witter
Dudley, Eunice et Franklin. Ces trois tempêtes ont balayé à la mi-février de nombreux départements français, dont le Pas-de-Calais. Pour mettre à l’abri les centaines de personnes exilées présentes sur le littoral, la préfecture a activé pour la première fois de l’hiver le plan « grand froid ».

Ce mercredi 16 février, le vent commence à souffler sur toute la Côte d’Opale. Dans la zone industrielle des Dunes, les fortes rafales font plier les quelques arbres qui surplombent les usines de produits chimiques. Dans une rue adjacente, plusieurs autobus se garent les uns derrière les autres, surveillés de près par une camionnette de CRS. La directrice départementale du travail, de l’emploi et des solidarités (DDETS), Nathalie Chomette, guide les opérations : « Ce matin, une trentaine de personnes a bénéficié d’une mise à l’abri classique, en centre d’accueil et d’examen des situations, hors de Calais. Mais face aux conditions climatiques, nous avons décidé d’ouvrir des hangars et d’activer le plan “grand froid”. Pour les mineurs, nous avons ouvert une soixantaine de places et pour les majeurs, nous en avons entre deux et trois cents. » Autour d’elle, les salariés de France terre d’asile, de l’Audasse et de La Vie active informent les exilés de la suite des événements.

Un itinéraire balisé

Ils ont entre 16h30 et 18h30 pour bénéficier de cette mise à l’abri et le courrier de la préfecture est très clair : personne ne pourra être pris en charge en arrivant directement au sas d’hébergement. Le passage par le bus est obligatoire. Alors quand l’e-mail de la préfecture est arrivé aux associations, il a fallu faire vite. « On a commencé les maraudes tout à l’heure sur les campements, pour prévenir les exilés qu’ils avaient droit à un toit pour quelques jours », explique Angèle, bénévole d’Utopia 56. « Le courrier est arrivé tard, ça ne laisse pas beaucoup de temps pour tout organiser », renchérit sa collègue.

A deux rues de là, les cars emmènent les premiers dans un hangar de la rue des Huttes. A l’intérieur, des grandes tentes et des lits de camps. Si le plan « grand froid » a été activé cette semaine pour la première fois de l’année, les associations alertent pourtant régulièrement les autorités lorsque les conditions météorologiques sont défavorables. Par deux fois dans le courant de l’hiver, alors que les températures étaient sous zéro, Utopia 56 et le Secours catholique ont ainsi demandé à la préfecture d’ouvrir des places d’hébergement. Par deux fois, leur requête a été refusée, la préfecture arguant du retour à un temps plus doux.

Pour la seule journée du mercredi, « nous avons amené 69 personnes depuis les lieux de vie jusqu’aux bus du plan grand froid », explique Pauline coordinatrice d’Utopia 56 à Calais. La préfecture elle-même a organisé des prises en charge directement sur les campements car « même en bus, le lieu d’accueil est difficile d’accès et éloigné des endroits où les gens vivent », pointe la bénévole.


Crédit photo :

 

Une « gestion au thermomètre »

Initialement ouvert pour les seules nuits du mercredi et du jeudi, la prise en charge a été étendue jusqu’au week-end, même en journée. Car successivement, les tempêtes Dudley, Eunice et Franklin ont balayé Calais avec des vents mesurés à 170 km/h au cap Gris-Nez, à quelques kilomètres de la ville. Des toitures sont tombées un peu partout au centre et plusieurs milliers de foyers sont encore privés d’électricité dans les campagnes environnantes. Sur les campements, les tentes si frêles où survivent les exilés n’auraient pas tenu face à ce déchaînement des éléments.

Pour Juliette Delaplace, chargée de mission du Secours catholique à Calais, si cette mise à l’abri d’urgence est à saluer, elle ne suffit pas : « On ne peut pas se satisfaire de l’ouverture de tels dispositifs uniquement quand la vie des gens est en danger. On demande le respect du droit à l’hébergement, complètement bafoué à Calais, pas seulement l’activation d’un plan grand froid pour quelques jours, car les besoins dépassent la seule période hivernale. »

En octobre 2019, une personne exilée est décédée dans sa tente par intoxication, après avoir allumé un feu. « La gestion des hébergements au thermomètre ou à la force du vent ne constitue pas une réponse pérenne et n’est pas digne des personnes que l’on est censé protéger », dénonce Juliette Delaplace.

Après six jours d’ouverture, le mardi 22 février, l’hébergement provisoire a pris fin. Devant le hangar, un agent de sécurité l’assure : « Tout s’est très bien passé. Avec ce vent, c’était quand même important de ne pas laisser les gens dehors. » Après une courte semaine au chaud, les exilés sont de nouveau confrontés à l’errance et à la vie sur les campements. Et l’hiver, lui, n’est pas encore terminé.

Auteur

  • Louis Witter

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