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« Ils sont vivants » : un film inspiré d’une histoire d’amour née dans la jungle de Calais

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Crédit photo Nicolas Lee
Le premier long métrage de Jérémie Elkaïm, sorti en salles le 23 février, met en scène le roman autobiographique de Béatrice Huret Calais mon amour. Une bénévole de la « Jungle » de Calais qui raconte son histoire d’amour avec un réfugié iranien.

Des paysages élancés du nord, des bâches bleues sur des cabanes en palette, une maison chaleureuse qui contraste avec le bidonville. Voici le décor du film de Jérémie Elkaïm adapté du roman autobiographique Calais mon amour de Béatrice Huret, une militante engagée à la « Jungle » de Calais. Le film débute sur l’enterrement de son mari, un gendarme alcoolique et violent. Celle qui a inspiré le film explique que c’est par défaut qu’elle s’est encartée au Front national, « pour faire comme les autres », souffle-t-elle.


Crédit photo : Nicolas Lee

Une rencontre qui change le rapport au monde

L’aide-soignante de profession fait la rencontre d’un migrant qui souhaite se rendre à la « Jungle » sur le parking de son lieu de travail. Après hésitation, Béatrice Huret se retrouve confrontée aux conditions de vie des personnes exilées en arrivant sur place. Séquence qui dans le film retranscrit en demi-teinte ce qu’elle décrit comme l’élément déclencheur de sa mobilisation : « Je me suis dit, que nous n'étions pas en France. Comment était-ce possible d’avoir des personnes dans la boue, dans une telle misère ? ».

À l’intérieur du bidonville, elle déconstruit les clichés qu’elle a sur ses habitants. Calaisiens et exilés se croisent au quotidien dans la ville portuaire, à la sortie d’un train en provenance de Lille par exemple. La fatigue se lit sur les visages des personnes en route pour l’Angleterre débarquer sur les quais pour former des grappes. À côté, des jeunes vont au lycée, sac sur le dos. Une frontière symbolique difficile à faire tomber selon la militante : « Les gens ont peur. Ils pensent que ce sont des criminels. Il suffit de les rencontrer pour se rendre compte que c’est faux. »

Chronique d’une bénévole à la Jungle

Difficile de se représenter l’ampleur et la taille de cette petite ville habitée par 10 000 habitants avant son évacuation par les autorités fin 2016. On retrouve néanmoins les constructions caractéristiques : des abris de fortune, bricolés en bois de récupération glané çà et là. Le tout, posé sur un sol boueux qui aspire les chaussures. Ceux qui ont pu se rendre sur place se souviennent des émanations âcres d’une usine chimique située à proximité. Des éléments sur les conditions de vie qui manquent un peu pour comprendre la situation sur place.

D’abord intimidé par la densité humaine qui règne dans le village, le personnage de Béatrice Huret — finement interprété — gagne peu à peu en assurance. À coup de « Tu peux aider ? », elle se laisse embarquer dans un bénévolat de plus en plus exigeant. En parrallèle, un écart se creuse entre sa vision du monde et celle de ses amis ouvertement racistes. Alors que dans le film, Béatrice Huret semble bon gré mal gré emportée dans l’aide aux personnes exilées, elle explique que « c’est devenu comme une drogue » (sic). Elle ne peut s’empêcher d’y retourner pour aider : « Ce n’était pas par pitié, mais plutôt pour la gentillesse des personnes qui s’y trouvaient que j’y retournais autant que possible », raconte la bénévole. Elle est notamment mise en scène dans une cabane où l’on prépare à manger, une référence à l’ONG Belgium Kitchen qui assure la distribution alimentaire dans laquelle elle était particulièrement investie.

Une crise humanitaire toujours d’actualité

C’est après une tentative de traversée infructueuse que Mokhtar, un professeur iranien en exil arrive chez Béatrice, sur le conseil d’un militant. Lèvres cousues lors d’une action coup de poing pour dénoncer les conditions de vie déplorables et la fermeture de la frontière britannique, il ne peut pas s’exprimer. Avec Béatrice Huret, ils dialoguent par le regard et, si nécessaire, via un logiciel de traduction. Une relation amoureuse se noue. Six ans après les événements racontés dans Ils sont vivants, la frontière est encore plus impitoyable. Caméras thermiques, détecteurs de CO2, présence policière accrue ont poussé près de 28 000 exilés à traverser la Manche sur des embarcations de fortune en 2021. En novembre dernier, 27 migrants ont péri en mer.


Crédit photo : Nicolas Lee

Auteur

  • Nicolas Lee

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