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Exil : à Calais, l’impossible médiation

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Didier Leschi, médiateur envoyé par le gouvernement à Calais.

Crédit photo Louis Witter
Un mois et demi après le début de la grève de la faim de trois associatifs qui avait provoqué l’arrivée du médiateur du gouvernement, Didier Leschi, les associations ne constatent sur place aucune amélioration. Pire, elles dénoncent une démarche en trompe l’œil qui n’a rien changé aux difficiles conditions d’existence des personnes exilées.

Il y a un mois, le 2 novembre, le médiateur envoyé par le gouvernement, Didier Leschi, patron de l’Office français de l’immigration (Ofii), sortait sous les huées de sa rencontre avec les associatifs de Calais. Ils avaient claqué la porte de la réunion après une heure de monologue. Les annonces du médiateur ce jour-là ? Avertir les personnes exilées dans les vingt-quatre heures qui précèdent les expulsions, l’ouverture d’un hangar leur permettant de passer la nuit et un délai de quarante-cinq minutes pour rassembler leurs affaires lors des démantèlements. Des engagements bien faibles au regard des demandes des associations, qui soutenaient les revendications des trois grévistes de la faim. Philippe Demeestere, Ludovic Holbein et Anaïs Vogel réclamaient également la fin des expulsions pendant la trêve hivernale, l’arrêt de la confiscation des affaires personnelles des personnes exilées et, surtout, l’ouverture d’un dialogue serein entre l’Etat et les associations non mandatées par la puissance publique.

Dans la rue, se dirigeant vers l’église Saint-Pierre où les grévistes de la faim attendaient Didier Leschi, le coordinateur de l’Auberge des migrants, Pierre Roques, était sorti en colère de cette réunion. Passablement dégoûté, il confiait : « Il n’a rien écouté. Il a répété la même chose que sur les plateaux de télévision. Ce qu’il propose ? Juste un peu de paillettes sur de la boue. »

Tranchée

Un mois après, de la boue, il y en a toujours sur le campement de Old Lidl. Et même davantage. Le 16 novembre, comme tous les deux jours, le campement était une nouvelle fois évacué par les gendarmes mobiles. Mais en plus des fourgons bleus et des camionnettes de l’entreprise de nettoyage, une grosse pelleteuse était de la partie. En quelques heures, une tranchée était creusée tout le long d’un chemin menant au camp, empêchant ainsi les véhicules de venir distribuer de l’eau et des denrées alimentaires. Sur ce chemin, un monticule de terre et d’énormes rochers sont également installés dans le même but. Le lendemain, l’arrêté préfectoral interdisant aux associations non mandatées de distribuer des victuailles est étendu aux deux rues de Normandie et Beau-Marais, les deux seules qui desservent ce lieu de vie où survivent plus de 600 personnes.

Calais Food Collective (CFC) était présent lors des négociations avec Didier Leschi. Depuis, « ça a empiré », témoigne Kenza entre deux distributions dans le hangar des associations. « On envoie des lettres à la mairie toutes les semaines, quand on a le temps, pour dire qu’on est les seuls à venir dans cet endroit donner de l’eau et de la nourriture. Les distributions agréées par l’Etat ne couvrent pas tous les besoins. » Le CFC dispose également d’un numéro d’astreinte et reçoit régulièrement des appels de personnes n’ayant rien à boire ou à manger. Ces derniers temps, ils distribuent quotidiennement 2 000 repas. Il y a encore trois semaines, les cuves d’eau ont été retrouvées percées au couteau. « Cette médiation n’a rien changé, insiste-t-elle. J’ai trouvé ça super frustrant de simuler un dialogue et de voir le lendemain, sur le terrain, un fossé creusé entre le campement et là où on intervient. Cela complique beaucoup notre travail. En ce moment, on prend quasiment une amende par jour pour parking gênant. »

Le mercredi 24 novembre, près d’un mois après cette « médiation », les expulsions continuaient à Calais et, au large, 27 personnes mouraient dans le naufrage de leur embarcation. Pour de nombreux associatifs, les conditions de vie sur les campements conduisent les exilés à prendre tous les risques pour traverser la Manche.

 

Auteur

  • Louis Witter

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