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Dépendance - Handicap

Confinement : quand le remède est parfois pire que le mal


Publié le : 27.04.2020 I Dernière Mise à jour : 28.04.2020
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Message à l'entrée d'un Ehpad du XVe arrondissement de Paris interdisant les visites jusqu'à nouvel ordre. I Crédit photo Antonin Amado

Auteur

  • Maxime Ricard

Voilà plus d’un mois que la France est confinée en raison de la pandémie de coronavirus. Un mois durant lequel bon nombre de personnes restent chez elles, parfois loin de leur famille et amis. Des restrictions sociales qui peuvent être mal supportées par les personnes âgées.

La France est entrée dans son second mois de confinement. Prise pour faire face à la pandémie de coronavirus, cette mesure est particulièrement exceptionnelle. Prolongée déjà deux fois, elle devrait cependant prendre fin le 11 mai prochain. Une bonne nouvelle pour de nombreux Français. Car ce dispositif n’est pas sans conséquences. Si l’impact du confinement sur l’économie est largement commenté et analysé, cette expérience a aussi des effets sur la santé mentale de la population. Ainsi, un certain nombre d’études ont montré qu’il existe une forte corrélation entre un enfermement durable et un état dépressif. Même si cela ne se manifeste pas de la même manière chez tous les individus. Selon un sondage Opinion Way, publié le 21 avril, sur les effets du confinement sur la santé mentale, 46 % des 18-30 ans estiment que celui-ci « présente des risques pour leur santé mentale ». De plus, 72 % affirment traverser des moments de déprime, 56 % avoir des troubles du sommeil et 24 % des crises d’angoisse.

Le confinement peut donc engendrer un impact psychologique délétère, avec des troubles de l’humeur, des confusions, voire un syndrome de stress post-traumatique. Le risque d’apparition de ces manifestations augmente avec la durée d’isolement, mais aussi avec d’autres facteurs comme les conditions de logement, la perte de revenus, l’absence d’information ou encore l’ennui. L’âge doit aussi être pris en considération. Par nature, une personne de plus de 75 ans est plus fragile  et, si elle réside en Ehpad (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes), elle vivra d’autant plus difficilement ce confinement. Or cette catégorie de population a été la première visée par des mesures de restrictions des déplacements ou des visites de proches. Dès lors, sur le terrain, « de plus en plus de directeurs nous font savoir que les personnes âgées vivent très mal le confinement », renseigne Pascal Champvert. Le président de l’AD-PA (Association des directeurs au service des personnes âgées) assure que « certaines disent même n’avoir que deux issues : attraper le coronavirus ou sauter par la fenêtre »

« Des effets secondaires sur la santé psychique des résidents »

Des propos corroborés par Emmanuel Sys, président de la Cndepah (Conférence nationale des directeurs d’établissements pour personnes âgées et personnes handicapées). « Indéniablement, le confinement a des conséquences sur la santé psychique, physique des personnes âgées. Cela s’observe par des déshydratations plus marquées, des alimentations plus complexes, des refus d’alimentation. Certains résidents deviennent aussi apathiques, n’ont plus d’envie, perdent d’une certaine manière le goût de la vie. » De plus, les kinésithérapeutes ne venant plus dans les établissements, les résidents ne se déplacent plus, ne font plus d’exercice. Ils perdent en autonomie. Et, avec les beaux jours, le confinement strict en chambre devient de plus en plus difficile à vivre.

« On se rend compte que ce qui était pensable et possible pour quelques semaines ne l’est plus dé­sormais, affirme encore Emmanuel Sys. Il était envisageable de s’inscrire dans un temps relativement court d’une crise maîtrisée, avec un début, une phase plateau et une fin. Or ce n’est plus le cas. Il faut mettre en place une organisation différenciée, assouplie car, comme l’a dit le président de la République, nous allons devoir vivre avec le Covid-19 pendant quelques mois, voire, dans le pire des cas, jusqu’à l’apparition d’un vaccin. Il n’est donc pas envisageable de garder les organisations actuelles, qui étaient fondées sur une période de crise courte. » C’est pourquoi, au fil du temps, et selon les recommandations des différents acteurs du secteur comme du Comité consultatif national d’éthique, des mesures d’assouplissement ont été prises. La dernière en date permet un retour des familles dans les établissements (voir encadré), selon des conditions strictes de sécurité. Car l’important est désormais de pouvoir réussir un confinement prolongé des personnes âgées.

« Certains résidents commencent à être atteint du syndrome de glissement, à savoir une détérioration rapide et générale de l'état de santé d'un certain nombre de personnes âgées, souligne Guénaëlle Haumesser, directrice adjointe en charge de la Direction de l’offre de soins, de l’autonomie et des parcours à la Mutualité Française. Nous commençons à observer des effets secondaires sur la santé psychique des résidents dans nos établissements en raison de l'isolement, de la rupture des liens sociaux. Ce qui se traduit par l'apparition d'épisodes dépressifs majeurs, réactionnels, le refus d'alimentation, des altérations brutales de l'état général ... C’est pourquoi nous avons travaillé dès le début du confinement à une multitude de dispositifs dans nos établissements pour permettre à nos résidents de rester en contact avec leurs proches en toute sécurité» D’où la nécessité, selon l’ensemble des professionnels du grand âge, de réintroduire la possibilité d’organiser les visites des familles.

« Certains disent préférer mourir du Covid-19 que mourir d’ennui »

Si les conséquences du confinement varient en fonction du profil des personnes âgées et de sa durée, elles sont en revanche sensiblement analogues entre les personnes vivant en établissement et celles à domicile. En particulier pour celles qui, avant la crise sanitaire, étaient déjà très isolées. « Cette période renforce l’isolement des seniors, et les conséquences peuvent aller de la déprime passagère jusqu’à “se laisser partir” », confirme Stéphane Landreau, secrétaire général de la Fnaafp-CSF (l’une des quatre fédérations de la branche de l’aide, de l’accompagnement, des soins et des services à domicile). Et de poursuivre : « Souvent, pour ces personnes, l’aide à domicile est la seule personne qu’elles voient de la journée. Or, dans la mesure où nous avons été obligés d’adapter les interventions et d’en supprimer un certain nombre en présentiel, cela est vécu de manière extrêmement violente par les personnes âgées. A tel point que, sur le terrain, certains disent préférer mourir du Covid-19 que mourir d’ennui. »

« A l’heure actuelle, le confinement a des conséquences qui, parfois, pourraient être pires que le virus en tant que tel, estime pour sa part Thierry d’Aboville, secrétaire général de l’Union nationale ADMR. Certaines personnes âgées risquent de mourir de désespoir, de tristesse. Ce confinement impacte la santé physique et mentale des personnes. Cela s’observe clairement et on essaie d’y remédier en passant des appels téléphoniques, en maintenant au maximum du lien social. Mais si vous n’avez pas de perspective, d’objectif de fin, vous sombrez. » Avant d’observer : « Ce n’est pas tant le confinement qui est mal vécu que tout ce qu’il y a autour. Entendre sans cesse des informations négatives dans les médias, que les personnes âgées sont à risque… Tout cela crée de l’anxiété. Il y a de quoi perdre le moral. »

S’il a été un temps envisagé de sortir ces personnes du confinement plus tard que les autres, Emmanuel Macron a rapidement précisé que ce ne serait finalement pas le cas. Ce qui réjouit les représentants du secteur. « Il était impensable, selon nous, de maintenir un confinement aussi spécifique et obligatoire pour les personnes âgées, certifie Stéphane Landreau. Il fallait l’assouplir, au risque d’être mortifère. Il ne fallait pas faire de l’âge le seul critère de confinement. Une personne de 70 ans peut ne pas avoir de comorbidités, contrairement à quelqu’un de 45 ans. Si ce confinement selon l’âge avait été maintenu, on aurait fait mourir de chagrin toutes ces personnes âgées. »

Des mesures d’assouplissement ont donc été prises et le confinement a été quelque peu adapté pour demeurer acceptable par l’ensemble de la population, mais il importe de préciser que cela demeure le principe, la norme. « On parle de déconfinement ou d’aménagement du confinement, mais on ne dit pas que c’est “open bar”. Le confinement reste donc le principe. Et l’exception, c’est la visite, appuie Thierry d’Aboville. Ce qu’il faut retenir en priorité est la question de la sécurité des personnes, de leur santé. Que ce soit pour les personnes accompagnées comme pour nos salariés. » De ce point de vue, le confinement demeure la principale mesure à respecter et reste, à l’heure actuelle, le meilleur moyen de lutter contre la propagation du virus. Ce qui fait dire à Guénaëlle Haumesser : « Certes le confinement n’est pas sans conséquence sur la vie des personnes âgées en général et en particulier dans les établissements mais nous ne regrettons pas de l’avoir mis en place. Une telle mesure n’a pas été facile à prendre, loin de là. Et aujourd'hui elle n’est pas remise en question mais nous travaillons sans cesse à adapter nos organisations afin de permettre quand cela est possible d’organiser des visites et à rendre moins difficile cette situation »


LES VISITES DE NOUVEAU AUTORISÉES

Le 20 avril, le gouvernement a annoncé la publication d’un protocole actualisé relatif au confinement dans les établissements sociaux et médico-sociaux (ESMS). Ce document annule et remplace les préconisations antérieures sur le sujet spécifique du confinement en ESMS et vient préciser les conditions de ­sécurité dans lesquelles le confinement des résidents peut être assoupli. Il présente les recommandations précises relatives à ­l’organisation du confinement. Toutefois, il est précisé qu’il revient aux directrices et directeurs d’établissement de décider des mesures applicables localement, après concertation collégiale avec leurs équipes en fonction de la situation sanitaire de l’établissement et dans le respect des préconisations locales délivrées par les agences régionales de santé et les préfectures. Il est souligné que ce n’est qu’une fois précisées les conditions locales d’application que les familles pourront bénéficier des premières visites.

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