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Protection sociale - Santé

Covid-19 : l’outre-mer face à une possible « hécatombe »


Publié le : 27.03.2020 I Dernière Mise à jour : 27.03.2020
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L'île de Mayotte s'attend à vivre une situation sanitaire très compliquée à gérer face au Coronavirus I Crédit photo DR

Auteur

  • Maxime Ricard

L’épidémie de coronavirus n’en est qu’à ses débuts dans les territoires ultramarins. Mais le nombre de cas doit être analysé au regard de leurs capacités d’accueil en milieu hospitalier et de leurs conditions sanitaires. A ce jour, c’est à Mayotte et à La Réunion que la situation est la plus préoccupante.

Chaque jour, l’inquiétude grandit. Chaque jour, le nombre de cas augmente. La France n’est pas en reste. Avec, à ce jour (le 25 mars), plus de 25 000 cas, elle subit de plein fouet cette crise sanitaire mondiale. Mais toute la France n’est pas concernée. Il existe encore deux territoires qui résistent envers et contre tout à l’envahisseur. En effet, Wallis-et-Futuna et Saint-Pierre-et-Miquelon n’ont toujours pas déclarés de cas. De manière plus générale, l’outre-mer a longtemps été épargné par le coronavirus. Mais la situation s’aggrave d’heure en heure.

Ainsi, si le virus est entré pour la première fois en métropole le 16 janvier, il n’a fait son apparition dans les territoires ultramarins que plus d’un mois après. C’est à Saint-Martin et Saint-Barthélemy, deux îles des Antilles, que le coronavirus a d’abord été détecté, le 1er mars. Se succèdent ensuite, par ordre chronologique, la Guyane (le 4 mars), la Martinique (le 5 mars), La Réunion et la Polynésie française (le 11 mars), la Guadeloupe (le 12 mars), Mayotte (le 14 mars) et enfin la Nouvelle-Calédonie, seulement le 18 mars (soit après l’annonce des mesures de confinement par le président de la République).

L’apparition décalée du virus

Depuis, la situation a évolué, même si les chiffres peuvent paraître faibles au regard de ce qu’il se passe dans l’Hexagone. Ainsi, alors qu’elle est passée au stade 3 (et donc en confinement) le 21 mars, la Polynésie française compte, au 25 mars, 25 cas confirmés de Covid-19, dont 2 hospitalisés. De son côté, la Guyane a recensé, toujours à la même date, 30 contaminations au coronavirus, dont 10 guérisons. Sur place, les déplacements sont interdits de 21 heures à 5 heures jusqu’au 15 avril auminimum. En Martinique, elle aussi en stade 3 de l’épidémie, 57 personnes ont été contaminées par le coronavirus, dont 6 personnes sont hospitalisées en réanimation. Dans le détail, selon les données des agences régionales de santé (ARS), sur les 57 personnes, il y a 27 femmes et 30 hommes ; 12 personnes sont âgées de 15 à 44 ans ; 32 personnes ont entre 45 et 64 ans ; 9 personnes sont âgées de 65 à 74 ans et 4 personnes ont plus de 75 ans. A noter que c’est en Martinique qu’il y a eu le premier mort lié au Covid-19 dans un territoire ultramarin. Il s’agissait d’une femme âgée de 86 ans, décédée le 15 mars.

Coupures d’eau fréquentes, habitats insalubres et absence d’Ehpad

En Nouvelle-Calédonie, le 25 mars, quatre nouveaux cas ont été confirmés portant à 14 le nombre total de personnes porteuses du Covid-19. Ces personnes sont placées en isolement et sont dans un état stable. A noter que 1 758 personnes sont en autoconfinement (à domicile ou dans des hôtels). A ce jour, la Guadeloupe compte pour sa part 73 cas confirmés de coronavirus. Ce qui en fait le deuxième territoire ultramarin le plus touché, après La Réunion. Parmi ces cas, selon les données des ARS, 20 patients sont hospitalisés au CHU : 7 en réanimation et 13 au service des maladies infectieuses et tropicales. C’est en Guadeloupe que l’on déplore le second décès lié au Covid-19 en outre-mer. Le 20 mars, une femme de 71 ans est morte alors qu’elle présentait, selon l’ARS, des facteurs de comorbidité. Enfin, au 25 mars, l’île de La Réunion comptait 111 cas de Covid-19, soit 17 de plus que la veille, et à Mayotte (dont le niveau d’alerte a été relevé au stade 2), 30 personnes avaient contracté le coronavirus. Si les chiffres peuvent paraître faibles par rapport à ceux de l’Hexagone, ils doivent être analysés en regard de la population de ces territoires, de la capacité d'accueil des hôpitaux et des maisons de santé, ainsi que des conditions sanitaires : éloignement des grands centres de soins, coupures d’eau courante fréquentes et habitats insalubres. En ce sens, ce sont Mayotte et La Réunion qui inquiètent le plus. Notamment pour les personnes âgées, les plus à risques.

« A Mayotte, il n’y a pas d’Ehpad, aucun. Cela veut dire que la seule prise en charge possible pour une personne âgée très dépendante, c’est l'hôpital. Or, dans le cas de figure actuel, c’est absolument impossible, renseigne Chrystel de Bricourt, codirectrice de Dagoni-Services, structure d’aides à domicile sur l’île. Il faut donc à tout prix les maintenir à domicile. C'est notre métier. Nous avons 120 salariées (essentiellement des femmes) qui interviennent chez près de 250 personnes âgées quotidiennement. Mais nos salariées n’ont aucun équipement. En effet, à Mayotte, nous n’avons pas eu de masques, ni de gants ou de blouses. Rien. »

Car, comme en métropole, l’une des principales problématiques en outre-mer est le manque de masques. Ce qui engendre les mêmes conséquences : un possible refus d’accompagnement de la part de l’aide-soignante ou de la personne aidée. Ce que confirme Christine Deguigné, directrice adjointe des personnes âgées et des retraités au centre communal d’action sociale (CCAS) de Saint-Pierre, à La Réunion : « La population a peur. Les personnes âgées refusent de plus en plus les interventions des services à domicile. C’est en lien direct avec le manque de matériels médicaux. En effet, nous n’avons toujours pas de masques. L’ARS en promet depuis quinze jours mais ils ne sont toujours pas arrivés. Cela devrait être le cas en fin de semaine, en sachant qu’on nous a dit que les médecins généralistes, les infirmières et les hôpitaux seront prioritaires. Pas les aides à domicile. Nous sommes en bout de chaîne. Donc, pour l’instant, nous n’avons rien. » Entre-temps, le 25 mars, une première cargaison de 120 000 masques est arrivée sur l’île. Problème : selon certains professionnels sur place, ces protections présenteraient des tâches de moisissure. Pas de quoi apaiser la population.

L’ARS de Mayotte ne répond pas

Malgré ces conditions de travail plus que délicates, les professionnels continuent de travailler. En prenant donc le risque d’être contaminés. Et de contaminer. Car aucune solution transitoire n’a été trouvée. Pire, à Mayotte, Chrystel de Bricourt assure que sa structure n’est même pas prise en considération. « Nous sommes furieux. Nous n’arrivons même pas à entrer en contact avec l’ARS de Mayotte pour leur dire “Coucou, nous sommes là. Il y a des professionnels qui vont tous les matins s’occuper des personnes âgées, s’il vous plaît occupez-vous de nous”, enrage-t-elle. On ne sait pas à qui s’adresser. Dominique Voynet [directrice de l’ARS de Mayotte] donne des interviews tous les jours. Elle parle sans arrêt des personnels soignants de l’hôpital, des infirmiers libéraux, mais nous, c’est comme si nous n’existions pas ! Nous sommes hyper démunis alors même que nous sentons le danger arriver. »

A La Réunion, à la Kaz’aïeuls Tournesols, l’accompagnement des personnes âgées est quelque peu réduit depuis l’instauration du confinement. « Nous avons fermé toutes les salles d’activité et tous les programmes de vie collective ont été suspendus pour éviter les regroupements, explique Christine Deguigné. Les animatrices ne passent plus dans les logements pour dire bonjour le matin. Elles le font désormais par téléphone. Et elles ne se présentent à la porte des résidents qu’en cas d’urgence. » Et la responsable du CCAS de poursuivre : « Les personnes âgées sont confinées dans leur studio. Nous n’avons pas un droit sur leurs déplacements. Donc si elles veulent sortir, c’est leur droit. Mais les déjeuners communs ont été stoppés. Nous avons aussi suspendu toutes les activités qui pourraient encourager les résidents à se regrouper. Enfin, l’animatrice de la résidence fait les courses pour les résidents qui le souhaitent. »

Des professionnels pessimistes face à une catastrophe annoncée

Localement, les professionnels tentent tant bien que mal de poursuivre au mieux leur accompagnement. Face à ces difficultés, et alors que le virus se propage de plus en plus rapidement, l’Etat semble avoir compris l’urgence de la situation. Dans un premier temps, il a annoncé le 22 mars la suspension des vols, sauf exceptions médicales ou familiales, entre l’Hexagone et la Martinique, Mayotte, la Guadeloupe, la Guyane, La Réunion, Saint-Martin et Saint-Barthélemy. Et ce, jusqu’au 15 avril. Le président de la République, Emmanuel Macron, a aussi annoncé, le 25 mars, le début de l’opération « Résilience ». Il s’agit d’envoyer deux porte-hélicoptères de la Marine nationale pour aller apporter un renfort sanitaire aux Antilles-Guyane ainsi que dans l'océan Indien (Mayotte, La Réunion). Si, à la tête de l’Etat, on commence à s’agiter, malheureusement, sur place, les dégâts sont déjà faits. Et la situation s’annonce même catastrophique pour les jours à venir.

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