La campagne de communication sur la « sextorsion » est un jalon indispensable pour sensibiliser les adolescents et accompagner les professionnels de l'Education nationale. C'est l'occasion historique de remettre au gouvernement l'avis de la Ciivise sur la cyberpédocriminalité, pour que cette impulsion de communication se transforme en une politique publique pérenne et structurelle. Face à des technologies qui progressent toujours plus vite que nos lois, nous ne pouvons nous contenter de législations sectorielles qui courent après les innovations techniques.
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La loi SREN (visant à sécuriser et réguler l’espace numérique, ndlr) de mai 2024 a posé des jalons essentiels en sanctionnant l’usage des « deepfakes » et en imposant des contrôles d'âge sur les sites pornographiques. En juillet 2026, le Parlement français a étendu cette obligation aux réseaux sociaux pour les moins de 15 ans. À l'échelle européenne, l'entrée en vigueur imminente, le 2 décembre 2026, des interdictions de l’AI Act concernant l’IA générative criminelle ainsi que la prolongation de la dérogation temporaire (jusqu’en août 2027) à la directive ePrivacy maintiennent la capacité des plateformes à détecter les contenus pédocriminels (CSAM), en attendant un cadre permanent. Mais ces mesures resteront vaines sans un changement global de paradigme : la sécurité des mineurs ne doit plus être une option négociable avec l'industrie de la tech mais le standard de conception de tout outil numérique (Safety by Design).
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Cette doctrine, partagée par l'Unicef et matérialisée par les 11 recommandations de la Ciivise, s’articule autour de quatre piliers fondamentaux :
- Prévenir les violences et sanctuariser l’alerte. Lancer une campagne nationale annuelle pérenne de sensibilisation aux violences sexuelles numériques, déclinée pour chaque public (enfants, parents, professionnels), à l'image de celle lancée ce 23 septembre, et sanctuariser le rôle du numéro 3018 comme signaleur de confiance des plateformes.
- Généraliser la formation et le questionnement systématique. Rendre obligatoire une formation certifiante initiale et continue aux violences sexuelles numériques pour tous les professionnels au contact de mineurs (santé, sport, éducation). Face à un taux de signalement officiel de moins de 1 %, nous devons inverser la charge du dévoilement : c’est aux adultes de poser la question de manière bienveillante et régulière lors de rendez-vous de dépistage annuels obligatoires, au lieu de s’en remettre à une révélation spontanée de l’enfant.
- Protéger et sanctuariser la chaîne de signalement. Garantir une immunité disciplinaire et ordinale complète à tout médecin ou professionnel effectuant un signalement de bonne foi pour suspicion d’abus, afin de les soustraire aux procédures de harcèlement ou de représailles trop souvent orchestrées par les parents abuseurs.
- Renforcer les moyens répressifs et adapter le droit. Porter les effectifs de l'Ofmin à 85 ETP au niveau national ; créer des pôles judiciaires régionaux spécialisés de magistrats ; réprimer l'extorsion sexuelle entre pairs par un cadre éducatif et pénal adapté ; créer des infractions autonomes pour la production et la commercialisation d'outils d'IA criminels ; et consacrer l'imprescriptibilité de ces crimes pour que l'action publique ne se heurte plus au silence historique des victimes.
La sécurité de nos enfants dans l’espace virtuel n’est pas une option technique que l'on délègue aux géants de la tech ou que l'on résout par la confiscation punitive des écrans : elle est le miroir de notre souveraineté morale. Si nous capitulons face à l’industrialisation de la prédation en ligne, face au silence de 40 % de nos enfants que la peur de la sanction isole, c’est notre pacte social même que nous laissons s’effondrer. Protéger l'intérêt supérieur de l'enfant à l’ère numérique n’est plus un simple débat de techniciens ou de juristes : c’est le projet de civilisation sur lequel l’histoire jugera notre génération.
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