« Le gros sujet en ce moment, après les violences conjugales, c’est le “michetonnage”. Avant, on nous signalait peut-être une situation par trimestre. Aujourd’hui, les collèges, les centres de planification, les commissariats nous alertent au minimum une fois par semaine pour des personnes très jeunes, des relations pas forcément tarifées, dans des milieux variés », témoigne Sébastien Manero, responsable de la cellule de recueil d’informations préoccupantes (Crip) de l’Essonne.
Vigie, comme ses collègues des Crip, face aux problématiques émergentes de la protection de l’enfance, il constate le désarroi des travailleurs sociaux confrontés à un phénomène inédit : « On commence à se mettre en réseau avec d’autres départements, des préfectures, des associations locales pour comprendre et trouver des solutions, parce qu’il va falloir être innovant. Les méthodes traditionnelles ne fonctionnent pas. »
Phénomène qui bouscule les repères
C’est pour répondre à ces témoignages qui s’accumulent ces dix dernières années que l’Observatoire national de la protection de l’enfance (Onpe) a rassemblé les contributions de chercheurs et d’acteurs de terrain confrontés à une prostitution juvénile qui bouscule les repères des professionnels. Rendue mouvante et invisible par les pratiques numériques et des organisations souvent éphémères, elle échappe à la compréhension et nécessite de nouvelles techniques de repérage et de prise en charge.
Avec un enjeu majeur : « passer d’une cause à défendre à une action coordonnée de lutte contre la prostitution des mineurs intégrée à la politique publique de protection de l’enfance ».
Pour cela, il faut d’abord « comprendre » les spécificités de la prostitution adolescente pour ne plus rester « sidéré » par ses manifestations, puis parvenir à « voir », à repérer les enfants victimes, et enfin « développer des réponses institutionnelles et partenariales pour les ramener vers un parcours de vie moins chaotique ».
S'inspirer des initiatives de terrain innovantes
Parmi les 16 contributions de ce premier volet, le travail inspirant d’associations de terrain comme Itinéraire, qui a mis en place à Lille le service « Entr’Actes en mode mineur », et l’intéressante analyse des parcours de prostitution. Laquelle montre que ces jeunes ont souvent subi des traumatismes, qu’ils perçoivent leur environnement comme non aidant et qu’ils fuient des relations d’emprise familiale.
Autre élément qui bouscule nos représentations : certains jeunes peuvent associer la prostitution à l’exercice d’une « liberté ». C'est pourquoi « le désistement de la prostitution doit être abordé sous un angle plus large que la seule prise en compte de l’aspect comportemental (centré sur l’abandon définitif des activités de prostitution), mais comme un processus de rétablissement sur le plan psychologique, relationnel et identitaire », souligne le rapport.