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Insertion : l’accompagnement des jeunes en péril

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Young sad male searching job online using laptop, feeling bored,

Photo d'illustration.

Crédit photo motortion - stock.adobe.com
La hausse de la précarité chez les jeunes de moins de 25 ans contraint les professionnels qui les accompagnent à s’adapter à de nouvelles réalités. La construction d’un projet pérenne fait souvent place à la gestion de situations d’urgence.

 

« Les jeunes de 18 à 25 ans sont les premières victimes des effets de la crise. Beaucoup d’entre eux sont privés des petits boulots et doivent vivre sans ressources. Cette situation les fragilise et rend difficile leur accès à l’autonomie », constate Sadek Deghima, responsable du service de prévention spécialisée pour l’association Avenir des cités, implantée à Harnes (Pas-de-Calais). En effet, le blocage de l’économie lié à l’épidémie de Covid-19 qui perdure génère pour la jeunesse de multiples conséquences, tant professionnelles que sociales. Alors que de nombreux contrats à durée déterminée, signés par des jeunes adultes, n’ont pas été renouvelés et que les activités de certains secteurs comme ceux de l’hôtel­lerie ou du tourisme ont sensiblement baissé, l’augmentation de la précarité est significative. Pour illustration, la hausse des premières inscriptions auprès des structures d’aide à l’insertion. Ainsi, la mission locale de la Lyr, qui accompagne les habitants des villes de Pantin, du Pré-Saint-Gervais et des Lilas (Seine-Saint-Denis), a vu ses chiffres bondir de 30 % à la suite du déconfinement, alors qu’habituellement les mois de juillet et d’août sont assez calmes.

 

Des mesures insuffisantes

« A cette augmentation s’ajoutent des problèmes sociaux complexes, notamment en matière d’hébergement », explique Stéphanie Buschiasso, conseillère en insertion professionnelle pour la mission locale des villes du nord du bois (MLVNB), qui couvre les communes de Vincennes, de Fontenay-sous-Bois et de Saint-Mandé (Val-de-Marne). « Les jeunes sont plus en demande et plus en difficulté même quand ils sont hébergés car, dans de nombreuses familles, les parents connaissent le chômage partiel ou la perte d’emploi », précise Laure Pereira, coordinatrice « accueil, accompagnement et formation » pour la mission locale de la Lyr. Dans certains foyers, la tension monte et mène parfois vers la sortie de l’hébergement car le jeune ne peut plus participer financièrement et n’est pas, en dessous de 25 ans, éligible au revenu de solidarité active (RSA). « Pour les accompagner, nous composons donc régulièrement le 115 car nous disposons de quelques places d’hôtel, mais elles sont limitées », se désole Laure Pereira.

Dans le Pas-de-Calais, où les problématiques sont identiques, pour faire face aux fractures familiales, les éducateurs spécialisés de l’association Avenir des cités organisent une médiation avec le jeune et sa famille, car il est impossible d’accompagner vers un logement pérenne une personne qui ne travaille pas et ne bénéficie d’aucune ressource. « Pour eux, c’est vraiment la double peine. Non seulement la société les considère comme responsables des contaminations mais, en plus, ils deviennent un poids pour leur famille », explique Sadek Deghima.

Les sollicitations auprès des missions locales pour l’obtention d’aides financières abondent donc, au détriment des demandes d’accompagnement de projet professionnel. « Au regard de l’urgence, s’ils acceptent, on les sort de leur projet et on leur cherche à tout prix un emploi alimentaire. Mais cela aussi reste difficile », explique Laure Pereira. Garantie jeunes, dispositif « 1 jeune, 1 solution », recours au service civique, délais rallongés pour trouver une entreprise en alternance… les différents plans du gouvernement ne suffisent pas. « Il faut être imaginatif pour trouver des solutions. Les barrières sanitaires empêchent les rencontres avec les entreprises, et nous n’avons pas de recul pour voir les effets du plan de relance. Nous sentons par ailleurs que, pour l’apprentissage, beaucoup d’entreprises restent frileuses », indique Yamina Ouakouche, directrice adjointe de la MLVNB.

Pour rassurer les jeunes, des entretiens et des ateliers à distance s’organisent. Car le moral n’est pas au beau fixe. Coupés dans leur élan et sans projection possible, l’inquiétude s’installe peu à peu chez les 18-25 ans. « Je reçois des jeunes qui viennent d’eux-mêmes, et ce n’est pas courant. L’accroissement de la détresse sociale a de nombreuses conséquences psychologiques, comme le stress, l’anxiété, les sentiments de persécution ou d’isolement décuplés. Ils ne s’autorisent pas toujours à reconnaître leur mal-être », indique Thérèse Maatouk-Cord, psychologue à la mission locale de Cergy-Pontoise.

Il est donc important de les soutenir afin qu’ils ne se sentent pas responsables de la situation. Si Emmanuelle Azougagh, psychologue pour la MLVNB ainsi qu’à Aubervilliers et à Saint-Denis, les accompagne « avec la conscience des réalités et en valorisant leurs ressources sans leur mentir », d’autres professionnels se sentent démunis et ont du mal à faire face. La difficulté à trouver des solutions durables les fragilisent et les effets d’annonces gouvernementales, sans possibilité de mise en œuvre, les décontenancent. En cause, le manque d’informations concrètes données par l’Etat aux missions locales via les directions régionales des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (Direccte).

 

Un accompagnement difficile

« Il manque un maillon. Nous passons à côté d’aides et de formations. Des jeunes viennent parfois à la suite de communications télévisuelles, et nous n’avons pas les moyens de répondre à leur demande », s’insurge Stéphanie Buschiasso, qui précise que son rôle peut parfois s’apparenter à du « placement ». Colère, frustration, découragement et déficit de moyens viennent s’ajouter à la crise identitaire que traversent de nombreux travailleurs sociaux, qui acceptent mal de ne pas pouvoir accompagner correctement leur public.

Un phénomène bien connu d’Emmanuelle Azougagh. « Actuellement, je leur conseille d’essayer de ne pas trop s’impliquer. Il est certain que voir s’arrêter un projet qu’on a mis des mois, voire des années, à construire n’est pas simple. Il y a ce qui est faisable et ce qui ne l’est plus. Il faut remettre en perspective ce qui est possible et faire un pas de côté pour voir les choses autrement. Les jeunes sont au cœur de leurs projets, et je sais à quel point ils sont capables de réussir », conclut la psychologue.

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