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Ce que préconise le HCTS pour faire évoluer le travail social à l’horizon 2050

Selon le HCTS, l'une des évolutions implique "de reconfigurer les rôles : donner une place accrue aux personnes accompagnées, aidants et citoyens dans les services, les instances de décision locales et nationales".

Pour adapter l’écosystème du travail social aux réalités d’un futur marqué par le vieillissement de la population, les fractures numériques et les enjeux climatiques, le Haut Conseil du travail social (HCTS) appelle à une refonte de fond du fonctionnement des acteurs du travail social, mais aussi à la création d’une véritable discipline « travail social et intervention sociale » structurée… et financée à la hauteur des enjeux.

Les jours de février s’égrènent et les rapports sur l’avenir du travail social s’empilent. Après celui de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) consacré à l’attractivité des métiers du secteur sorti, après presque une année d’attente, le 9 février, c’était au tour du Haut Conseil du travail social (HCTS) de dévoiler, le lendemain, le fruit de ses propres travaux établissant un panorama prospectif des évolutions de la filière à l’horizon 2050.

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Vers un avenir « souhaitable »

A mi-chemin entre le scénario catastrophe présentant un travail social totalement ubérisé, absorbé par le sanitaire, entièrement confié au marché privé, et l’avenir radieux dans lequel les pouvoirs publics auraient pris la mesure des besoins d’accompagnement à venir de la société française, les auteurs du rapport, appuyés par les équipes d’experts prospectivistes du think tank Futuribles, ont choisi le scénario d’un avenir « souhaitable ». A savoir une projection allant justement dans le sens des préconisations du Livre blanc que le même HCTS avait remis fin 2023 au ministère des Solidarités.

Cette fois, les travaux du Haut Conseil imagine la société française dans un avenir à moins de trente ans. Soit bouleversée à la fois par les crises exogènes (fort vieillissement de la population, aggravation de la fracture numérique entre générations et classes sociales, changement climatique provoquant l’arrivée massive de nouvelles populations ou nécessitant d’adapter les structures existantes à des pics de chaleur en augmentation…), et par des changements endogènes à l’exercice du travail social marqués par la place grandissante du secteur privé (associatif ou lucratif) parmi les acteurs de l’écosystème. Mais aussi par de nouvelles formes de travail pour les professionnels eux-mêmes, déjà en partie observables (multiplication de l’intérim ou de l’exercice au statut libéral…), mais que le temps risque d’amplifier.

Offrir un rôle central aux personnes accompagnées

En partant de ces postulats, le HCTS a donc défini une série de chantiers « structurants » à engager rapidement afin d’adapter les structures du travail social à la future donne. Sans surprise, la formation des travailleurs sociaux constitue l’un des piliers principaux des réformes à mener afin de préparer la main-d’œuvre de demain aux nouvelles compétences qu’elle sera amenée à déployer.

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Une ambition qui devra cependant se traduire par la fin du fonctionnement en silo que connaît encore trop souvent l’écosystème du travail social. Petite révolution culturelle : le HCTS appelle au dépassement de la fragmentation des dispositifs pour adopter des modes de fonctionnement « participatifs », adaptés aux écosystèmes locaux où l’ensemble des acteurs, indépendamment de leur statut, devront trouver leur place.

Dans la même logique, les changements sociétaux à venir devront amener les acteurs à adapter leurs pratiques et prendre en compte un nouvel environnement où ils devront faire un peu de place aux bénévoles, aux proches-aidants et surtout… aux personnes accompagnées elles-mêmes pour « mieux faire face aux changements et atténuer les nouvelles vulnérabilités ». En clair, estime le Haut Conseil, « il s’agira de reconfigurer les rôles : donner une place accrue aux personnes accompagnées, aidants et citoyens dans les services, les instances de décision locales et nationales ».

En conséquence de quoi, il deviendra rapidement nécessaire de réfléchir à de nouveaux modes d’organisation pour les travailleurs sociaux, les appelant à travailler davantage en coopération avec d’autres acteurs de terrain et à opter pour des approches moins figées, moins hiérarchiques, construites autour d’objectifs partagés.

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Une discipline « travail social et intervention sociale »

Dans ce nouveau schéma, les pouvoirs publics seraient eux-mêmes amenés à changer de braquet. Cesser de se voir en donneurs d’ordre pour se transformer plutôt en ensembliers, capables non seulement de créer les synergies nécessaires, mais aussi d’établir des « plans d’action sociale unifiés » sur leurs territoires afin d’éviter la multiplication des dispositifs redondants. « Il faut rechercher la sobriété administrative, la congruence entre les objectifs et les moyens, et la durabilité des structures », résume le HCTS. Autrement dit : apprendre à repenser les modes de management et de pilotage de l’action sociale pour rendre celle-ci plus agile et « capable de s’adapter aux risques et opportunités à venir d’ici 2050 ».

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Rien de tout cela ne sera cependant possible, estime le rapport, sans accroissement des efforts en direction de la recherche sur le travail social. « Mieux comprendre les mutations en cours est indispensable pour proposer des réponses pertinentes et adapter la formation aux réalités de demain », poursuit le HCTS qui appelle à structurer une véritable discipline « travail social et intervention sociale », et à la doter des moyens financiers « à la hauteur des enjeux de cohésion sociale à venir ». Bref, à la considérer comme un investissement plutôt que comme une dépense…

Un chantier qui pourrait être l’un des premiers à l’agenda du nouvel Institut national du travail social (INTS) dont les travaux de préfiguration viennent de s’ouvrir ces dernières semaines. Cette création « est un pas dans cette direction, abondent les auteurs du rapport, mais il faut orienter ses programmes sur les grandes transitions identifiées (démographiques, climatiques, numériques) et encourager la recherche pluridisciplinaire et participative (impliquant praticiens, personnes concernées, etc.) ». 

 

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