Afin d’améliorer l’accompagnement, par les professionnels des établissements sociaux et médico-sociaux (ESMS), des personnes en situation de vulnérabilité dans l’accès à un logement, la Haute Autorité de santé (HAS) a dévoilé une nouvelle série de recommandations. Des suggestions destinées à offrir des repères pour la construction d’un projet d’habitat autonome.
Etablir un projet. La HAS souligne l’importance d’une élaboration en adéquation totale avec les besoins et les désirs de chacun. Il est tout d’abord proposé de questionner le pourquoi de la demande, du changement ou du maintien dans le logement. La deuxième étape présente le contexte socio-économique et les différents types d’habitat possibles, avant d’interroger l’intéressé sur sa situation et ses besoins. Enfin, le professionnel coconstruit avec le demandeur son projet, en prenant en compte l’ensemble des données recueillies. Concrètement, la HAS recommande :
- D’accompagner la personne dans l’expression et le recueil de ses besoins,
- De respecter son temps de réflexion et ses modalités d’expression,
- De favoriser une appréhension réaliste des possibilités qui lui sont offertes, et de faire attention aux envies idéalistes du demandeur,
- De définir les informations à transmettre,
- De faire appel à un tiers si l’intéressé en exprime le besoin,
- D’être vigilant vis-à-vis des personnes ne maîtrisant pas totalement le français ou qui ne savent pas lire,
- D’utiliser un support écrit pour retracer les échanges,
- De s’assurer de la compréhension des informations,
- De lister les contacts que la personne accompagnée veut associer au projet,
- D’informer sur les aspects susceptibles d’influencer le projet d’habitat,
- D’identifier les ressources facilitant sa mise en œuvre,
- De proposer le soutien par des pairs-aidants.
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Se mettre d’accord sur la faisabilité du projet. Le demandeur peut idéaliser son projet, d’autant plus que les délais pour accéder à un logement peuvent être longs. C’est à ce moment-là que les professionnels doivent être attentifs et aider la personne accompagnée à rester ancrée dans la réalité. Pour cela, la note conseille :
- De prioriser les actions et leur réalisation,
- D’anticiper les temps d’attente (variant d’un à deux ans en province, de six à huit ans à Paris),
- D’étudier la viabilité financière du projet et d’établir un budget prévisionnel,
- De rappeler aux aidants et aux futurs résidents les devoirs des locataires,
- D’identifier et de proposer un service ou une personne chargée de coordonner l’ensemble des acteurs.
Soutenir la personne dans son projet. Le travail d’écoute tout au long du processus est indispensable, souligne la HAS : « Il importe alors aux professionnels de proposer des temps d’information et/ou de sensibilisation, pouvant concerner des thématiques variées. » Pour mener à bien cette mission, il est notamment suggéré :
- D’organiser des temps d’information et de sensibilisation,
- De proposer des programmes d’apprentissage pour gérer son budget ou entretenir le logement,
- D’aider la personne dans sa collecte d’informations,
- De sensibiliser aux outils numériques,
- D’organiser des temps d’appropriation ou d’expérimentation dans des logements,
- De réaliser des moments d’échange pour suivre le déroulement du projet,
- D’avertir sur les situations domestiques d’urgence, telles que les dégâts des eaux, les chutes ou encore les intoxications.
Collaborer avec les proches. Il s'agit des membres de la famille, des amis et des aidants soutenant le demandeur. Ainsi, si ce dernier souhaite les impliquer dans son projet, le professionnel doit pouvoir travailler en coopération avec eux. Dans ce but, la HAS invite à :
- Déterminer dès le départ les rôles de chacun,
- Formaliser leur implication dans le projet personnalisé d’accompagnement (PPA),
- Être attentif aux craintes et attentes des proches,
- Communiquer les modalités de soutien aux aidants.
Ajuster le projet. La HAS appelle à une certaine flexibilité de la part des professionnels, l’accès au logement pouvant prendre un certain temps, il est notamment nécessaire d’adapter le projet. Les raisons peuvent être diverses : changement d’offres, d'opportunités, de tarifs, ou de la situation de l’intéressé. Pour faire face à ce type d’aléas, il peut être utile :
- D’utiliser le PPA comme outil de référence pour l’évolution de la personne et de son projet,
- De s’assurer que ce dernier s’articule avec les besoins et les attentes,
- D’étaler les démarches du projet,
- De s’appuyer sur des partenaires pour croiser les expertises (mandataires judiciaires à la protection des majeurs, associations de quartier, maisons des aînés et des aidants…).
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Prévoir les services et adaptations. Ces accommodations se réfèrent aux équipements et aides techniques ou matérielles nécessaires à la personne accompagnée, après prise en compte de ses habitudes de vie. Pour qu’elles puissent se faire, il est recommandé :
- De se renseigner sur les démarches possibles pour adapter le logement,
- De mobiliser des outils d’accompagnement ou des expertises supplémentaires,
- D’étudier la pertinence de l’installation d’outils connectés de communication ou de surveillance,
- De repérer et se mettre en relation avec les services d’aide, d’accompagnement et de soins, et organiser une rencontre, puis une intervention.
Préparer la transition. Parce que les démarches liées à l’emménagement peuvent se révéler lourdes et anxiogènes, les professionnels sont amenés à soutenir les personnes dans cette transition, en anticipant, par exemple, le jour du déménagement.
- Cela peut aussi se traduire par l’identification de proches pouvant intervenir, ou encore par l’invitation à signaler le changement d’adresse dans le cas où la personne accompagnée peut effectuer des démarches administratives.
- Les accompagnants sont également chargés des achats indispensables à l’aménagement, et de fixer le budget associé.
Penser à l’après. Afin de s’assurer que ce changement d’environnement ne soit pas trop déstabilisant, il pourra être nécessaire d’épauler la personne accompagnée dans sa future vie sociale, de s’assurer qu’elle a bien compris quels étaient ses droits et obligations, ou encore d’élaborer des outils lui permettant de gérer plus facilement sa vie quotidienne.