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Devant la mairie de Calais, la mobilisation continue

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Crédit photo Louis Witter
En octobre dernier, la grève de la faim entamée à Calais par trois bénévoles a conduit à la création du collectif Faim aux frontières. Aujourd’hui, celui-ci a lancé une action d’occupation pacifique devant la mairie de Calais pour dénoncer les conditions de vie des personnes exilées.

Au beau milieu de la fête foraine qui s’est installée sur la place de l’hôtel de ville de Calais, une silhouette se détache du beffroi en briques rouges qui tend sa flèche vers le ciel. Engoncé dans un épais manteau, Isacc fait le piquet depuis plus de deux heures, pancarte à la main. Sur celle-ci, les revendications des trois grévistes de la faim sont restées inchangées : arrêt des expulsions ; arrêt, lors de celles-ci, du vol des affaires personnelles des exilés ; enfin, ouverture d’un dialogue apaisé entre les associations non mandatées par l’Etat et la préfecture. Isacc est soudanais, il a 27 ans et, depuis un an, il est en demande d’asile en France : « Je vis à Boulogne et j’y apprends le français. Aujourd’hui, je suis là pour aider les autres réfugiés », témoigne le jeune homme en ajustant son bonnet. Il est là depuis 8 heures du matin. Pour se réchauffer, une petite bouillotte est posée sur ses genoux : « Cette action, elle est utile pour parler avec les gens, pour leur expliquer qu’on veut que la saisie des tentes le matin s'arrête. »

L’action a été lancée par le collectif Faim aux frontières, fondé par Ludovic Holbein, Anaïs Vogel et le père Philippe Demeestère, les trois grévistes de la faim. Dans son appel aux bonnes volontés, le collectif a rappelé le chiffre frappant des morts à la frontière franco-britannique en 2021 : 41. Quarante et une vies volées, sur terre ou en mer. Et d’ajouter : « Aujourd’hui, nous, citoyens et citoyennes, souhaitons réitérer notre désaccord avec cette politique inhumaine et mortifère. Non, nous ne partageons pas l’idée que le pouvoir et l’argent ont plus de valeur qu’une vie humaine. Non, nous ne croyons pas aux intérêts électoralistes des hommes et des femmes qui gouvernent la France. Non, nous ne les laisserons pas piétiner les termes "liberté", "égalité" et "fraternité". »

Quelques heures plus tard, c’est Manon, une Calaisienne, qui prend le relais d’Isacc. Elle s’assied sur la petite chaise de camping, sort un livre de sa poche, l’ouvre et ironise : « C’est marrant, je lis un bouquin qui s’appelle Les murs invisibles, alors qu’ici, les murs sont carrément visibles. » Avec les passants, la discussion s’engage souvent. Xavier, venu à Calais chercher du boulot, questionne la jeune femme sur le poids d’une telle action : « La grève de la faim avait déjà fait naître un super engouement dans le coin et en France. Là, ça continue à mobiliser des personnes. » Il est vrai que la question de l’accueil se pose depuis près de trente ans sur le littoral du Nord et du Pas-de-Calais. Alors, pour la jeune femme, la lassitude d’une grande partie de la population est compréhensible : « Ici, c’est ni tout blanc ni tout noir. Tout le monde n’aide pas, mais tout le monde n’est pas indifférent non plus, il y a beaucoup de Calaisiens et de Calaisiennes qui agissent, parfois discrètement, pour aider les personnes exilées. » L’homme lui sourit, hoche la tête et concède : « Vous faites honneur à Calais. » Au même moment, une Ford bleue passe sur le boulevard et, de l’intérieur de l’habitacle, Manon voit sortir un majeur brandi bien haut. Elle rit : « La dame vient de me faire un doigt d’honneur, mais jamais elle ne descendra pour discuter, malheureusement. » Avant de se replonger dans son livre, elle ajoute en souriant : « On fait ça car ça peut être le début d’un éveil des consciences sur ce qui se passe ici. Et je sais que les Calaisiens sont empathiques. »

Un intérêt au-delà de nos frontières

Ce mercredi 26 janvier, devant la mairie, Ophélie tient la pancarte. Alors qu’Anaïs et Ludovic, de Faim aux frontières et de l’association Shanti, arrivent sur la place, la discussion s’engage entre les personnes présentes et Anne-Sophie Pelletier, députée européenne de la délégation La France insoumise, qui vient à Calais pour la troisième fois. Accompagnée de son attachée parlementaire, elle a fait le déplacement depuis Bruxelles pour aller à la rencontre des associations qui œuvrent à la frontière franco-britannique. Lors de son dernier passage, elle avait été verbalisée pour avoir distribué des vivres aux exilés : « Aujourd’hui, il faut vraiment que l’on arrive à jeter des ponts entre les différents pays au Parlement européen. On parle beaucoup de la Grèce, de la Biélorussie, mais on a l’impression que Calais a une importance bien moindre que les autres frontières. » Si rien n’est encore fait, la députée souhaite pouvoir aborder au Parlement européen les problématiques de cette frontière et sensibiliser ses collègues à la situation sur le littoral calaisien.

Au douzième jour de ce sit-in permanent devant la mairie, les participants au piquet notent un regain d’intérêt. Comme Anaïs Vogel qui, durant 38 jours, avait mené sa grève de la faim : « Les gens ne croyaient pas à cette action. Mais petit à petit, plus ça dure, plus ils rejoignent le mouvement. » Pour preuve, le récit d’une bénévole qui, elle aussi, est restée plusieurs heures devant l’hôtel de ville : « Il y a même des gamins qui sont passés la dernière fois avec qui on a discuté, et qui s'interrogeaient : “Pourquoi on tape sans arrêt sur les réfugiés ?” » Une question qu’ils sont nombreux à se poser dans les associations. Anne-Sophie Pelletier ajoute : « On a l’impression qu’à Calais il n’y a pas d’Etat de droit. Depuis la nuit des temps, des personnes partent de chez elles, alors on a un vrai devoir d’humanité. »

 

Auteur

  • Louis Witter

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