Recevoir la newsletter

Magazine

A Calais, des journées d’échanges entre chercheurs, bénévoles et associatifs

{ element.images.0.titre }}

Crédit photo Louis Witter
Durant quatre jours, militants, bénévoles, associatifs et chercheurs se sont rencontrés autour de tables rondes, d’activités et de concerts afin d’échanger sur leurs pratiques et la manière de faire évoluer la situation aux frontières. Un recul nécessaire.

La Maison d’entraide et de ressources (MER), créée il y a quelques mois par les équipes du Secours catholique de Calais, a ouvert ses portes le 26 mai avec l’excitation des jours pas ordinaires. Dans la grande salle, une cinquantaine de personnes sont réunies pour le lancement des journées « Fabrique d’agirs », sous l’impulsion de plusieurs organisations locales. Objectif : partager leurs expériences.

Juliette Delaplace, chargée de mission au Secours catholique, présente brièvement la situation : « C’est pour beaucoup la première fois que l’on se rencontre pour discuter des modes d’action à la frontière franco-britannique. Une frontière qui se ferme chaque jour un peu plus. » Ces derniers mois, le nombre de personnes en transit à Calais est descendu à environ 800, contre 1 500 auparavant, selon les estimations. Et si plusieurs lieux de solidarité existent, les zones d’entrave sont nombreuses. Ainsi, les hautes grilles du port et ses barbelés, les rochers installés devant les campements pour empêcher les associations de distribuer de l’eau, les arrêtés préfectoraux interdisant la distribution de nourriture ou les verbalisations incessantes des ONG, etc. « En septembre, quand le jeune Yasser est mort en tentant la traversée, son oncle est venu du Royaume-Uni pour ses funérailles. Et il nous a dit que son neveu avait déjà une chambre chez lui, qu’il y était même attendu depuis des semaines. 25 % des personnes qui transitent par Calais ont des attaches en Angleterre », précise la chargée de mission.

Entre la recherche et le terrain

Le 27 mai, la salle de la MER est comble. Autour de la table, Alexandra Galitzine-Loumpet, anthropologue, professeure à l’université Paris-Cité et fondatrice de l’équipe de recherche Non-Lieux de l’exil ; Maël Galisson, du Groupe d’information et de soutien des immigrés (Gisti) ; Juliette Delaplace, chargée de mission au Secours catholique ; Didier Fassin, anthropologue, chercheur et médecin. Sont aussi présents de nombreux chercheurs, sociologues ou géographes ayant travaillé à un moment ou à un autre sur les frontières. La conférence d’ouverture, signée François Héran, sociologue et professeur à la chaire « Migrations et sociétés » du Collège de France, revient sur l’historique de ce lieu de passage, sa fermeture au fil des années et les décisions politiques qui ont amené à la situation actuelle. « Dans ces moments, il convient de citer Cicéron : “Il faut prédire l’avenir pour qu’il n’arrive pas.” »

Le premier atelier se penche alors sur la terminologie employée. Que raconte-t-elle de l’accueil ou du non-accueil ? « Mise à l’abri », « auto-expulsion », « humanité et fermeté », « jungle »… autant de mots qui définissent le point de vue d’où l’on parle. Pour Jade, de la Plateforme des soutiens aux migrants, « ces journées favorisent la prise de recul sur notre quotidien fait d’urgence. Elles permettent également de mettre des mots sur ce que l’on vit et ce que l’on ressent. Cela aide à réfléchir à nos modes d’action, nos manières d’agir. »

Le même constat à toutes les frontières

La manifestation a été pensée avec tous les acteurs locaux et de la recherche. « C’est une véritable co-construction pour que la recherche n’impose pas son point de vue. Et, pour être honnête, l’anthropologie ne m’a pas servi le jour où je me suis retrouvée face à un jeune mineur en souffrance sur un campement, entame Alexandra Galitzine-Loumpet. Nous sommes accueillis par les bénévoles et les acteurs du terrain, et cette hospitalité nous oblige en retour. » Pour la chercheuse, « il nous faut entendre les besoins des personnes impliquées au quotidien afin que nos travaux leur soient utiles et créent des alliances horizontales avec l’ensemble des intervenants. » Mais, en amont, les discussions ont été pointilleuses, par exemple sur le rendu de l’affiche, qui devait présenter à parité les instants de partage des savoirs et les instants festifs.

Parmi les invités, plusieurs bénévoles sont également venus de Briançon, à la frontière franco-italienne, où, voilà un an, le même type de rencontre avait eu lieu. Pour Stéphanie, cofondatrice de Tous migrants et accompagnatrice de haute montagne, cet événement « a du sens, même si parfois ça déprime car, à toutes les frontières, le constat est le même. On a beau actionner tous les leviers, juridiques, politiques, militants, la situation évolue peu ».

 

Auteur

  • Louis Witter

Div qui contient le message d'alerte

Se connecter

Abonné

Identifiez-vous

Champ obligatoire Mot de passe obligatoire
Mot de passe oublié

Pas d'identifiants ?

Vous êtes abonné, mais vous n'avez pas vos identifiants pour le site ?
Contactez le service client : par mail Par téléphone : 01.40.05.23.15