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A Calais, un nouveau mandat et toujours la crainte d'être expulsé

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Après cinq ans du premier mandat d’Emmanuel Macron, les associations qui oeuvrent à Calais redoutent déjà les mesures du nouveau quinquennat. Toutes espèrent que « ça n’empirera pas » à la frontière, sans cependant croire à de réelles améliorations sur le terrain.

Ce vendredi 29 avril sur le campement d’Old Lidl en sortie de Calais, le temps est froid malgré des derniers jours pourtant ensoleillés. Peu avant neuf heures du matin, dans la rue qui mène à ce lieu de vie, une douzaine de fourgons de CRS se garent en rang d’oignons, gyrophares allumés, sans sirènes. Comme à leur habitude, les agents en descendent puis rentrent, en file indienne, sur ce grand terrain vague clairsemé de tentes colorées. Dans le bois qui jouxte la voie ferrée, les exilés crient un à un « Abbas ! Abbas ! », pour se prévenir de l’arrivée des policiers.

A la hâte, à peine réveillés, certains portent à bout de bras leurs tentes et leurs quelques affaires afin qu’elles ne soient pas confisquées. L’un des CRS venu des Ardennes lâche, visiblement blasé : « J'ai vingt-sept ans de boite, on vient tous les trois mois. Autant vous dire que rien ne change, et que rien ne changera ». Et c’est ainsi, toutes les quarante-huit heures, que l’ensemble des campements de la ville sont expulsés. Cette stratégie, dite du « zéro point de fixation », s’est déployée sous l’impulsion d’Emmanuel Macron et de son ministre de l’intérieur Gérald Darmanin à partir de 2018.

L’accueil risque encore de se durcir

A quelques centaines de mètres de là, les bénévoles de Human Rights Observers qui documentent les expulsions sont refoulées par les CRS, comme à chaque fois. Marine, la coordinatrice, fait le bilan de ces cinq années sans cacher sa lassitude : « Pendant cinq ans déjà, cette zone était une zone de non-droit, où les personnes étaient totalement invisibilisées et systématiquement harcelées par l’État. Et depuis l’arrivée de Gérald Darmanin comme ministre, le rythme des expulsions s’est clairement accéléré ». Avec l’urgence du travail à Calais, la jeune femme n’a suivi que de loin la campagne mais s’étonne du peu de considération apportée par les candidats de gauche à la thématique des frontières françaises, « alors que la droite et l’extrême-droite, elles, s’en sont données à coeur joie ». Elle craint également de nouveaux tours de vis, ces cinq prochaines années, dans la politique d’accueil : « On ne peut qu’avoir peur d’une montée en puissance du harcèlement visant à épuiser les personnes exilées à Calais car tous les discours de l’extrême-droite banalisent ces violences ».

A quelques centaines de mètres, à la Warehouse, le hangar des associations, le Woodyard finit son hiver. Les bénévoles terminent de couper les dernières bûches, qui seront distribuées ces prochains jours sur les campements. A 28 ans, Farès constate que l’accueil des exilés ukrainiens a été un enjeu central. « On voit clairement les différences avec le reste des exilés qui arrivent quotidiennement à Calais, s’indigne le jeune homme. On peut toujours avoir l’espoir, un peu utopique et naïf, qu’un accueil digne inconditionnel se mette en place et que les expulsions cessent, mais il ne faut pas trop rêver. Tout ce que l’on espère, c’est qu’au moins, ça n’empire pas ».

Déjà six personnes exilées mortes en 2022

Le Secours Catholique à Calais est l’une des associations présente depuis le plus longtemps. Juliette, la chargée de mission, a vu ces deux dernières années l’évolution de la situation sur place. Avec une pointe d’amertume, elle relève la différence entre les promesses prises en début de quinquennat et la réalité bien plus rude sur le terrain : « Plus personne dans la rue à la fin de l’année, avait-il annoncé en 2017, pourtant nous sommes en 2022 et il y a toujours du monde à la rue à Calais ». Comme Marine, elle constate l’augmentation de la répression : « la verbalisation des bénévoles des associations non-opératrices (non mandatées par l’État, ndlr) s’est accrue. Au Secours Catholique par exemple, un bénévole de soixante-quinze ans a été verbalisé car il était en maraude avec simplement du thé chaud... ».

Pour elle, « tout a été fait ces dernières années pour rassurer l’opinion publique et lui montrer que l’État est intransigeant avec les exilés ». Cette politique, critiquée en premier lieu par les associations travaillant sur le littoral, a été condamnée quasi unanimement à de nombreuses reprises, par le défenseur des droits, la cour nationale consultative des droits de l’homme, une enquête parlementaire pourtant constituée de certains députés de la majorité, la rapportrice de l’ONU, Amnesty International, etc. Ce traitement inhumain quotidien porte déjà à six le nombre d’exilés morts depuis le début de l’année.

Yann, le fondateur d’Utopia 56, association présente depuis 2015 à Calais, revient souvent voir ses équipes sur place. « L’accueil des exilés ukrainiens nous a prouvé une chose, c’est que le non-accueil ne vient pas d’un manque de place mais simplement d’un manque de volonté politique. Celle-ci s’est certes vue en France ces cinq dernières années mais tout autant au niveau européen ». Si d’autres pays accueillent davantage et autrement, la France « reste un pays où le passage à la rue des populations en exil est quasi systématique ». Durant la campagne, l’association a formulé aux candidats dix propositions dont la mise en place de structures d’accueil dès l’arrivée des exilés. « Si rien ne change ces cinq prochaines années à la frontière franco-britannique et aux autres frontières, nous citoyens devrons continuer ce combat au plan national et local. En cela, les législatives vont être importantes ».

Auteur

  • Louis Witter

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