« Comment construire une adaptation qui ne laisse personne de côté ? » C’est à cette question que le Secours catholique–Caritas France a souhaité répondre à travers une étude inédite intitulée « La crise climatique vue par les personnes qui la vivent ».
Menée avec trois partenaires au Brésil (Caritas), à Madagascar (SAF/FJKM) et en Tunisie (FTDES), ce travail a la particularité de bâtir ses analyses à partir des témoignages recueillis, en France comme à l’étranger, auprès des plus vulnérables.
« [Ces populations] sont souvent celles qui ont le moins contribué aux changements climatiques, et pourtant, ce sont elles qui en subissent les conséquences les plus graves et qui ont le moins de moyens pour y faire face », rappelle le Secours catholique.
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A un mois des élections municipales et un an de la présidentielle, l’association entend « contribuer à la construction de politiques plaçant la justice sociale, la dignité et l’inclusion au cœur de la réponse climatique ».
Dans ce rapport donc, ce sont d’abord des témoignages que l’on lit. Comme celui de Marie, habitante du Nord de la France, dont la maison fut envahie par les eaux à deux reprises en trois mois. « Entre pertes matérielles, dettes et traumatismes, [son] histoire montre comment l’intensification des événements climatiques extrêmes devient une crise sociale et psychologique durable. »
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Au total, le Secours catholique a mené une centaine d’entretiens dont 34 en France, sur des territoires touchés par la tempête (Alpes-Maritimes), par les vagues de chaleur (Bouches-du-Rhône), les inondations (Gard, Ille-et-Vilaine, Pas-de-Calais) ou encore les incendies (Var). Ils ont fait l’objet d’analyses croisées pour établir des constats communs et des contrastes permettant de comprendre les expériences partagées des personnes précarisées par les changements climatiques.
L’association dresse trois constats.
- Des politiques d’adaptation qui passent à côté des besoins des plus précaires.
Notre faible culture du risque réduit la capacité des autorités locales et des habitants à anticiper et réagir efficacement, soulignent les auteurs du rapport. Ils pointent également le manque de concertation avec les populations locales dans les choix d’aménagement, qui ne permettent pas une juste prise en compte de leurs vulnérabilités économiques et sociales. - La crise climatique aggrave les précarités et crée de nouvelles vulnérabilités.
Les événements climatiques font basculer de nouveaux publics – à revenus modestes ou en équilibre fragile – vers des formes de vulnérabilité. « L’adaptation doit donc mieux protéger les personnes les plus précaires et celles qui le deviennent », constate le rapport. - La crise climatique fragilise toutes les dimensions de la vie.
Difficultés d’accès à l’eau potable, à l’alimentation ou aux soins, dégradation de la santé (maladies liées à l’eau ou à la chaleur), perturbation de la scolarité des enfants… Pour beaucoup, ces bouleversements se traduisent par de véritables ruptures de vie (changement de lieu d’habitation, abandon d’un métier…) et par une perte de liberté de choix, tant les contraintes économiques et sociales finissent par dicter les trajectoires personnelles et collectives. « S’adapter ne signifie pas seulement mettre en place des infrastructures, mais surtout protéger et réparer des vies. »
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Sur la base de ces constats, le Secours catholique formule trois recommandations :
- Mettre en place des politiques d’adaptation ambitieuses, inclusives et justes,
- Garantir l’accès aux droits et aux besoins essentiels,
- Accompagner la reconstruction individuelle et collective sur le long terme, au-delà de la gestion des urgences.