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Inceste : les professionnels destinataires des révélations doivent être soutenus

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En France, 160 000 enfants subissent des agressions sexuelles chaque année

Crédit photo Hans Lucas via AFP
Un an jour pour jour après son appel à témoignages, la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) restitue la parole des victimes qui ont été près de 15 000 à se manifester. A l'issue de son rapport, elle préconise cinq mesures urgentes en insistant sur le repérage et le soutien aux professionnels.

Le 21 septembre 2021, la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) lançait un appel à témoignages. Un an plus tard, la ligne d’écoute téléphonique, mise en place à cet effet, a recueilli 16 414 appels, mails ou courriers, soit près de 50 par jour. Cette date anniversaire est l’occasion pour la commission d’établir un premier bilan : 9 victimes sur 10 sont des femmes, 13 % sont en situation de handicap, 80 % d’entre elles ont subi un inceste, 25 % avaient alors moins de 5 ans. L’agresseur est un membre de la famille (père, frère, grand-père, oncle, cousin, beau-père) dans 81 % des cas, de l’entourage proche dans 22 % et d’une institution (11 %). Signe de la difficulté à libérer la parole, l’âge moyen des personnes qui témoignent s’élève à 44,3 ans.

Un psychotrauma aux conséquences multiples

« Je n’arrive pas à être dans mon corps. Je ne suis pas là en fait. Je suis à côté. Comme si j’étais morte intérieurement. » La grande majorité des victimes rapportent des conduites d’évitement, des tentatives de suicide, des dépressions, de l’hyperactivité, un état de dissociation de la personnalité, des douleurs physiques sans cause organique... Troubles alimentaires principalement chez les femmes pour effacer ou contrôler son corps, addictions plutôt chez les hommes pour s’anesthésier, agressivité, violence… Les comportements à risques se retrouvent chez 85 % à 90 % des victimes.

Les effets sur la sexualité et l’intimité sont aussi nombreux. Ainsi, 40 % des femmes déclarent souffrir de vaginisme, 30 % d’infections gynécologiques à répétition, un tiers des hommes de troubles de l’érection. L’absence de libido ou de vie sexuelle concerne 40 % des femmes alors qu’un homme sur deux multiplie, au contraire, les partenaires. L’impact de ces violences sur la maternité et la parentalité se caractérise soit par une hypervigilance et la peur de reproduire les agressions sur leurs propres enfants, soit par le refus de construire une famille.

L’école et le travail font parfois office de refuges ou sont traversés par des échecs (études ou carrières interrompues). Selon la Ciivise, les victimes subissent « un phénomène de “double peine” qui tient à l’impossibilité d’expliquer ce qui les empêchent de réussir ». L’obligation de fuir la vie familiale en a aussi plongé certaines dans la précarité. D’autant plus qu'elles sont très souvent rejetées par leur famille quand elles osent révéler les faits.

Les préconisations de la commission

Parce que « la protection des enfants n’attend pas », la Ciivise réitère les 20 propositions qu'elle avait déjà suggérées en mars dernier, dont 5 urgentes :

  • organiser le repérage systématique des violences sexuelles auprès de tous les enfants, réduits au silence par leurs agresseurs, par tous les professionnels en contact avec eux (enseignants, éducateurs, assistants sociaux, infirmiers, avocats...) ;
  • créer une cellule nationale de soutien et de conseils pour les professionnels destinataires de révélations et chargés de mettre d’urgence l’enfant en sécurité ;
  • augmenter les moyens humains et matériels de lutte contre la cyber-pédocriminalité, la France disposant seulement d’un enquêteur pour 2,2 millions de personnes ;
  • prendre en charge les soins spécialisés dans le psychotrauma dont le coût peut être un frein à la reconstruction ;
  • prévenir, par une grande campagne d’information – répétée et accessible à tous, notamment aux personnes handicapées – afin de sensibiliser à ces violences et à leurs conséquences, faire connaître les recours et mobiliser les témoins.

En France, une personne sur dix a été victime de violences sexuelles dans son enfance. Chaque année, 160 000 enfants sont concernés.

Retrouver le rapport de la Ciivise.

Auteur

  • LA REDACTION

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