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Enfants victimes de violences sexuelles : la Ciivise publie ses premières conclusions

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Photo d’illustration.

Crédit photo Hugo Passarello Luna / Studio Hans Lucas via AFP
Le 31 mars, la Ciivise (Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants), créée par le gouvernement en 2021, a publié ses conclusions préliminaires. Elle souligne l'urgence de mettre en sécurité les 160 000 enfants victimes chaque année de violences sexuelles et émet 20 préconisations, notamment pour développer des pratiques professionnelles plus protectrices.

En tant que directrice générale de l'association Docteurs Bru, qui accueille des jeunes filles victimes d'inceste, Nathalie Mathieu connaît son sujet sur le bout des doigts. Aussi, celle qui a été nommée coprésidente de la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) aux côtés du juge des enfants Edouard Durand n'a pas été frappée par l'ampleur des témoignages : 11 400 ont été reçus en seulement cinq mois. « Nous savons que l'inceste et les violences sexuelles sur les enfants sont un phénomène massif et sous-estimé qui a un impact péjoratif sur leur développement. Mais chaque témoignage recueilli a été un moment très fort : cela montre à quel point ces violences sont destructrices et constituent un empêchement à vivre », explique-t-elle.

Après la prise de conscience suscitée début 2021 par le livre La Familia Grande de Camille Kouchner, le gouvernement français a mis sur pied cette commission, qui a démarré ses travaux en septembre de la même année. Elle a également auditionné une quarantaine d'experts : psychiatres, psychologues, historiens, sociologues, médecins, responsables de politiques publiques, magistrats... Les premières données qui ressortent de ces entretiens sont particulièrement éloquentes.

Des chiffres glaçants

Déjà, les travaux de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise (Ciase), présidée par Jean-Marc Sauvé, avaient montré que, dans la population majeure française, un adulte sur 10 a été victime de violences sexuelles dans son enfance. Selon la Ciivise, ce sont chaque année 160 000 mineurs qui sont victimes de violences sexuelles, le plus souvent dans le cercle familial. L’inceste touche 8 victimes sur 10 et, pour 33 %, l’agresseur est le père. Les enfants en situation de handicap sont encore plus vulnérables : leur risque de subir des violences sexuelles est 2,9 fois plus élevé. Il grimpe à 4,6 chez ceux qui souffrent d’une maladie mentale ou d’une déficience intellectuelle.

Des chiffres sous-évalués, selon la commission, en raison de plusieurs facteurs. Au premier rang desquels l'amnésie traumatique, d'une part, et l’« invisibilisation » de ces enfants par la justice, d’autre part. Pour preuve, 70 % des plaintes déposées pour violences sexuelles contre un enfant sont classées sans suite, indiquant que « les agresseurs bénéficient largement d’un système d’impunité ». Enfin, le manque de formation et de moyens mis à disposition de l'ensemble des professionnels amenés à intervenir auprès des enfants victimes participe à la mise sous silence de ces actes : « Des concepts antivictimaires comme le pseudo syndrome d’aliénation parentale continuent d’infiltrer la pensée des professionnels et à rendre impossible la mise en sécurité des enfants », met en garde la commission.

Mieux armer les professionnels

La Ciivise a articulé 20 propositions autour de quatre axes : le repérage des violences, le traitement judiciaire, la réparation et la prévention. Surtout, elle insiste sur le besoin d'accompagner les professionnels (infirmiers, instituteurs, professeurs, médecins, avocats, éducateurs, assistants sociaux, etc.) dans leur prise en charge de ces situations qui restent encore souvent marquées du sceau du tabou.

Dans ce but, elle encourage le repérage systématique. « C'est l'affaire de tous les professionnels en contact avec des enfants d'être vigilants et de créer les conditions de la confiance, détaille Nathalie Mathieu. Lorsque l'on constate qu'un enfant éprouve des difficultés, c'est la première question que l'on devrait se poser : est-il victime de violences sexuelles ? » Pour cela, il faut impérativement améliorer la formation de tous les professionnels sur ces questions. « L'inceste est massif, il faut l'intégrer dans la formation des travailleurs sociaux au lieu de faire comme si cela n'existait pas, poursuit la coprésidente de la Ciivise. Aujourd'hui, notre dispositif de formation n'est pas du tout pensé à la hauteur du phénomène. »

La commission propose de créer une cellule de conseil et de soutien pour les professionnels destinataires de révélations de violences sexuelles de la part d’enfants, et de doter de moyens nécessaires les services de police judiciaire spécialisés dans la cyberpédocriminalité. Enfin, elle affirme l’importance cruciale de protéger les professionnels de toutes représailles en cas de signalement.

 

Auteur

  • Leslie Fauvel

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