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Logement : « une situation de disette »

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L'exclusion par le logement n'est plus un phénomène marginal concernant une population essentiellement masculine composée de SDF et de chômeurs de longue durée. Elle n'est que « le stade ultime d' un processus beaucoup plus généralisé qui affecte très gravement notre cohésion sociale », souligne la Fondation abbé Pierre dans son premier Rapport annuel sur l'état du mal-logement en France, présenté le 14 mars (1). Lequel sera désormais publié le 15 mars de chaque année, lors de la date de reprise des expulsions.

Outre le témoignage des associations, cette étude se fait largement l'écho de la parole des personnes en difficulté de logement. « Des histoires vécues », qui attestent « d'une véritable disette qu'en dépit des milliers de recherches et d'études, des dizaines de lois et de rapports, le pays n'a pas réussi à vaincre ». Et ce, malgré « quelques opérations coup de poing ».

Ce qui apparaît fortement, c'est la féminisation accrue de la population des sans-abri (des femmes souvent seules et avec enfants) et l'augmentation des jeunes de 18 à 30 ans. Tandis que les associations sont submergées par la demande, comme si les outils mis en place par les pouvoirs publics « servaient autant à révéler les besoins qu'à les traiter ». Les personnes, en situation de plus en plus précaire « au point que se constitue ainsi un noyau dur de la précarité qui pourrait fort bien s'alimenter à l'avenir », s'adressant à elles souvent en dernier recours. « Après que les mailles de tous les dispositifs institutionnels se soient avérées trop lâches pour empêcher la chute. »

En fait, l'analyse repère trois grandes catégories de personnes en difficulté de logement : les locataires dont le logement (insalubre ou surpeuplé) se réduit souvent à une seule pièce  les occupants à titre précaire qui cohabitent avec des membres de la famille ou des amis  les marginaux vivant dans des squats, caravanes, sans abri... Lesquels sont souvent confrontés à un enchevêtrement de problèmes (de logement mais aussi sociaux, médicaux, professionnels), leur vie ne se conjuguant alors que « sur un seul mode : celui du déficit ». Des difficultés aggravées encore par les nombreux dysfonctionnements administratifs qui privent bon nombre de familles des prestations logement et les laissent attendre, pendant des années, des solutions hypothétiques.

Mais alors que la population se précarise, le logement à bon marché est de moins en moins accessible. C'est ainsi que, faisant écho au rapport du groupe de travail sur les sans-abri du CNIS (2), l'étude pointe « deux évolutions inverses » extrêmement préoccupantes. « D'un côté, celle de la structure de la demande marquée par les phénomènes de pauvreté et de précarité et plus généralement par la fragilisation du rapport salarial et, d'un autre, celle de la structure de l'offre qui a vu se réduire la part du parc à bon marché ouvert aux ménages les plus modestes. » La question du logement des défavorisés s'inscrivant donc à la rencontre d'une double crise socio-économique et immobilière.

Face à cette situation inquiétante, les associations tentent d'apporter des réponses. Que ce soit au niveau de la connaissance et de l'accompagnement des personnes (ateliers de recherche de logement, boutiques solidarité, observatoires associatifs) ou de l'élargissement de l'offre immobilière (hôtels sociaux, agences immobilières à vocation sociale...), comme le met en évidence le rapport. Mais ces initiatives, qui doivent rester « ancrées dans la connaissance des besoins des personnes en difficulté et dans un dispositif partenarial », sont bien évidemment limitées. Et surtout, elles peuvent avoir des effets pervers en dehors « d'une politique d'ensemble enfin sérieuse des pouvoirs publics ». « A travers ces différentes formules de logement d'insertion, ne risque-t-on pas d'enfermer comme dans une nasse ces populations qui seraient alors considérées comme des citoyens de seconde zone ? », s'interroge le rapport. Les associations ne sont-elles là que « pour répondre aux problèmes les plus urgents, comme “sous-traitants” du social, sans pouvoir proposer des solutions plus globales »   ? Quelle cohérence des actions et où ?

Soulignant ainsi que les réponses à l'urgence ne doivent pas dispenser le gouvernement d'une réorientation profonde de sa politique, le rapport pose un certain nombre de principes qui « devraient inspirer une loi-programme en faveur du logement à vocation sociale ». Afin de lutter contre la vulnérabilité, constituer « un filet de protection » en matière de logement, notamment en harmonisant les mesures de solvabilisation   développer une offre immobilière diversifiée et abordable et faciliter l'accès des ménages modestes aux logements de droit commun  assurer une cohérence des interventions en faveur du logement dans le cadre des comités départementaux de l'habitat et des plans locaux ;garantir l'accès des populations défavorisées à la citoyenneté, notamment en facilitant leur droit de recours auprès des pouvoirs publics.

Notes

(1)  Rapport annuel 1995 sur l'état du mal-logement en France - Fondation abbé Pierre pour le logement des défavorisés : 53, bd Vincent-Auriol - 75013 Paris - Tél.  (1)  53.82.80.30.

(2)  Voir dans ce numéro.

LE SOCIAL EN ACTION

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