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Juge des enfants

« J’aime la double casquette du métier : à la fois le civil, grâce à l’assistance éducative, et le pénal, à travers le traitement de la délinquance des mineurs. Le juge des enfants a cette particularité de pouvoir suivre les familles dans le temps, de renouveler, modifier ou mettre fin à un suivi, ce qui donne une vision globale des situations. » (Younes B, juge des enfants dans la Vienne)

Missions

Héritier d’une justice des mineurs instaurée après la Seconde Guerre mondiale, le juge des enfants exerce une double mission qui structure l’ensemble de son activité : protéger les mineurs dont la santé, la sécurité ou le développement sont menacés et juger les mineurs auteurs d’infractions. L’essentiel de son travail s’articule ainsi autour de deux grands domaines d’intervention : la protection des mineurs en danger et la justice pénale des mineurs. Deux champs qui exigent une connaissance fine des parcours de vie, des mécanismes familiaux et des réponses éducatives.

En matière civile, le juge des enfants est saisi lorsque la situation d’un mineur fait apparaître un danger avéré ou potentiel : santé fragilisée, sécurité compromise, développement entravé, scolarité gravement perturbée… Dans ce cadre, il cherche à comprendre l’origine des difficultés, en s’appuyant sur les évaluations sociales, éducatives et psychologiques transmises par les services compétents. A partir de ces éléments, il peut ordonner des mesures d’assistance éducative en milieu ouvert, décider d’un accompagnement renforcé de la famille ou, lorsque la situation l’exige, prononcer un placement temporaire du mineur chez un proche, en famille d’accueil ou dans une structure spécialisée. Ces décisions sont réévaluées régulièrement et s’inscrivent dans une logique évolutive, l’objectif restant de garantir la protection de l’enfant tout en maintenant, autant que possible, le lien familial et les repères affectifs.

En matière pénale, le juge des enfants intervient lorsque des mineurs sont mis en cause pour des infractions. Il peut juger seul les faits les moins graves ou présider le tribunal pour enfants, entouré d’assesseurs, pour des délits plus sérieux. À la différence de la justice des majeurs, la réponse pénale qu’il construit ne vise pas uniquement la sanction : elle cherche avant tout à donner du sens à la décision judiciaire, à responsabiliser le jeune et à prévenir la récidive. Les mesures prononcées, qu’elles soient éducatives, réparatrices ou restrictives de liberté, s’inscrivent dans un parcours individualisé tenant compte de la personnalité du mineur, de son environnement et de son potentiel d’évolution.

Dans l’ensemble de ses missions, le juge des enfants agit en étroite articulation avec un réseau de partenaires incontournables : les services de l’aide sociale à l’enfance, ceux de la protection judiciaire de la jeunesse, les associations spécialisées, les établissements éducatifs et les professionnels du champ social et médico-social. Ce travail partenarial permet de transformer la décision judiciaire en actions concrètes sur le terrain et d’assurer un suivi cohérent des enfants et des familles.

Profil et compétences

Ce métier exige une combinaison de compétences juridiques solides et de qualités humaines profondes. Le juge des enfants doit en effet être capable de manier un droit complexe tout en restant à l’écoute des situations humaines les plus fragiles. Dans l’exercice quotidien de sa fonction, la neutralité est indispensable, mais elle doit s’accompagner d’une empathie éprouvée pour comprendre ce que vivent des enfants en difficulté, évaluer une dynamique familiale, mesurer les conséquences d’une mesure sur le long terme. La capacité à analyser rapidement des situations souvent délicates, à prendre des décisions parfois lourdes de conséquences et à en assumer la responsabilité fait aussi partie du métier. Les relations avec les familles, les éducateurs, les services sociaux et les avocats demandent une grande clarté de communication, ainsi que la faculté d’expliquer une décision ou une orientation avec pédagogie et respect.

Formation

Pour exercer ce métier, la voie est exigeante. En France, le juge des enfants est un magistrat du siège ; ce qui signifie qu’il appartient au corps judiciaire et non à celui du parquet. L’accès à cette fonction est obligatoirement conditionné par une formation à l’Ecole nationale de la magistrature (ENM), à Bordeaux, qui est la seule institution habilitée à former les futurs magistrats et procureurs du pays.

Le parcours commence généralement par des études de droit : licence puis master en droit, parfois complété par une préparation labellisée ENM ou organisée par un IEJ (institut d’études judiciaires) ou par une expérience universitaire riche en matières juridiques. Ces années permettent d’acquérir les connaissances juridiques indispensables pour réussir les concours.

L’accès à l’ENM s’effectue par le biais de différents concours. Le premier s’adresse aux jeunes diplômés titulaires d’un master (niveau bac+4 ou plus), parfois issus de cursus universitaires de droit ou d’un IEP (institut d’études politiques) et souvent passés par des classes préparatoires ou des IEJ réputés. Le second est ouvert aux fonctionnaires justifiant d’au moins quatre années de services publics. Tandis que le troisième permet à certains professionnels du secteur juridique, administratif, économique ou social titulaires d’un bac+4 et disposant d’une expérience d’au moins quatre ans de postuler.

Une fois admis aux concours, les futurs magistrats deviennent auditeurs de justice et suivent une formation initiale de 31 mois à l’ENM, qui combine enseignements théoriques, mises en situation professionnelle et stages pratiques en juridiction. Cette formation vise à développer non seulement les connaissances juridiques, mais aussi les compétences professionnelles et humaines. Pendant cette formation, les auditeurs effectuent des stages variés : immersion dans un tribunal judiciaire, stage en service d’enquêtes (police ou gendarmerie), formation auprès d’avocats, passage en milieu pénitentiaire ou encore stages en lien avec des partenaires comme la protection judiciaire de la jeunesse.

À l’issue de cette formation, les auditeurs passent un examen d’aptitude et un examen de classement, dont les résultats déterminent leur première affectation dans une juridiction. Les magistrats peuvent alors être nommés comme juges pour enfants.

Débouchés

Le juge des enfants exerce principalement au sein des tribunaux judiciaires, dans des juridictions disposant d’un tribunal pour enfants. Une fois nommé magistrat du siège, il peut être affecté à ces fonctions dès sa première nomination ou y accéder au cours de sa carrière, en fonction des besoins des juridictions et de son parcours professionnel.

Perspectives d’évolution

Après quelques années d’exercice, le juge des enfants peut prendre les fonctions de juge aux affaires familiales, de juge des contentieux de la protection ou encore de juge d’instruction. Il peut aussi évoluer vers d’autres fonctions de la magistrature, telles qu’occuper des fonctions administratives au sein du ministère de la Justice ou intervenir comme formateur à l’ENM.

Pour certains magistrats, ces évolutions se traduisent par une progression dans la hiérarchie judiciaire, fondée sur l’ancienneté, l’expérience et la reconnaissance professionnelle. L’accès au premier grade, notamment aux fonctions de vice-président de tribunal judiciaire, suppose pour un magistrat d’être inscrit au tableau d’avancement, sur décision de sa hiérarchie, et de justifier d’au moins sept années d’ancienneté. Dans cette logique, la consécration consiste à accéder aux postes classés hors hiérarchie, par exemple premier président d’une cour d’appel, procureur de la République d’un tribunal de grande instance, procureur général (en cour d’appel ou en Cour de cassation)…

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