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A Calais, les tentes lacérées des exilés transformées en cerfs-volants

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Crédit photo Louis Witter
Des tentes d’exilés lacérées et détruites par les autorités transformées en cerfs-volants, symboles de liberté. C’est le projet mené par des Calaisiens et l’association Shanti. Rencontre avec une classe de seconde qui participe au projet.

« Personnellement, je ne dis pas migrants mais personnes exilées, car ce sont avant tout des personnes », entame Anaïs, de l’association Shanti, devant un parterre de jeunes de 15 ans et leur professeur, Veronika. Ce jeudi 30 septembre, au Channel, scène nationale et lieu culturel emblématique de Calais, une dizaine d’élèves de seconde du lycée Sophie-Berthelot écoutent attentivement. Dans un sac qu’elle a apporté avec Ludovic, des toiles bleues et noires et des arceaux qui dépassent.

Ce sont les restes des tentes qui, chaque jour, sont saisies aux exilés lors des expulsions des lieux de vie par la police. Souvent rendues volontairement inutilisables par les coups de couteaux des équipes de nettoyage qui accompagnent les policiers, elles sont ensuite jetées à la déchetterie ou stockées quelque temps à la Ressourcerie. En août dernier, les observateurs de Human Rights Observers ont noté la saisie et la destruction d’au moins 410 de ces tentes.


Il y a quelques semaines, une réunion entre associatifs et artistes a fait émerger l’idée de ce recyclage. Le 17 octobre prochain, la marionnette Amal, qui représente une petite fille syrienne de 9 ans, passe à Calais. Partie de la frontière entre la Turquie et la Syrie, elle voyage accompagnée d’artistes jusqu’au Royaume-Uni pour sensibiliser le grand public à l’exil des enfants. Pour l’accueillir à Calais, ville où l’on détruit chaque jour les abris des personnes en transit, ces tentes seront transformées en cerfs-volants. Veronika Boutinova, professeure de français et de théâtre au lycée Berthelot et auteure de plusieurs pièces sur le sujet de l’exil, a souhaité impliquer l’une de ses classes dans le projet avec l’association Shanti. 

Symbole

« Le cerf-volant, c’est la liberté, et puis c’est poétique » sourit Juliette, une élève assise en tailleur sur le sol. A ses pieds, sur le petit bout de toile en losange, elle écrit consciencieusement : « Liberté, Egalité, Fraternité ». Pour Ludovic, qui est venu aider ces élèves à leur fabrication, « les cerfs-volants, c’est un vrai symbole. A Fort-Nieulay, où on les fera voler, une habitante m’a raconté que les enfants venaient y jouer il y a de cela des années. Et puis, comme un peu partout à Calais, tout a été grillagé et, un jour, les enfants ne sont plus venus. »

Les élèves de cette classe connaissent la situation des exilés, ils en entendent parler tous les jours. « Ils sont même nés avec », lâche leur prof. Mais, pour beaucoup d’entre eux, c’est la première fois qu’ils se sentent concrètement partie prenante de cette réalité. « Ma mère dit que c’est injuste que des gens soient en galère dehors alors que nous, on a un toit », dit Wendy. Une musique soudanaise assure le fond sonore de la pièce. Son amie renchérit : « On ne peut pas forcément aider à notre âge, et puis, à vrai dire, on ne sait pas vraiment comment aider. Là, ça montre que c’est une chose que l’on n’ignore pas. »

A coté d’elles, un autre petit groupe ficelle les arceaux sur leur cerf-volant. « Faudrait dessiner une colombe, mais j’avoue que… je ne sais pas dessiner une colombe », rigole Jeanne. Pour plusieurs élèves, un mot revient lorsque la symbolique du cerf-volant est abordée : « enfance ». Veronika demeure lucide, après des années à enseigner ici. « Les élèves sont souvent confrontés au discours de leurs parents à la maison. Ils sont à un âge où ils sont curieux. Alors, tous les ans, j’aborde cette thématique avec eux. J’essaie de leur apporter une autre vision. »

A la fin de l’atelier, une dizaine de cerfs-volants sont prêts. Ludovic s’empare de l’un d’eux et sort sur le terrain. Le ciel est gris, le vent souffle. Sa voile bleue n’en attendait pas moins pour tourbillonner dans les airs sous les yeux des élèves, qui sourient en le voyant s’élever. Pour la venue d’Amal, la marionnette, le 17 octobre, ces petits losanges qui servaient hier d’abris seront portés haut dans le ciel par les élèves de cette classe et des personnes solidaires qui réclament un accueil digne pour les exilés.

 

Auteur

  • Louis Witter

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