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Pour une poignée de barils

C’est malaisant. En pleine COP27, et au matin de boucler une édition des ASH dont le sujet de « une » traite d’écologie et de justice sociale, une ONG révèle que la famille de la ministre de la Transition écologique entretient des liens étroits avec une grande entreprise pétrolière. Et il ne s’agit pas de cousins éloignés d’Agnès Pannier-Runacher, mais de ses enfants et de son père. Lequel a organisé sa succession en faisant entrer ses petits-enfants dans l’actionnariat d’une société qu’il a créée en 2016, pour la modique somme de 10 €. Les enfants étant alors âgés de 5, 10 et 13 ans, c’est la ministre qui a signé pour eux leur entrée dans le grand monde des affaires. Après quoi, Papi a abondé le capital de la société à hauteur de 1,2 million d’euros.

Mieux encore, les comptes de la société seraient placés dans plusieurs paradis fiscaux : en Irlande, sur l’île de Guernesey et dans l’Etat américain du Delaware. Concernant l’origine des fonds (Le Monde du 9-11), Jean-Michel Runacher est un ex-dirigeant du deuxième producteur français de pétrole : Perenco, acronyme de Perrodo Energy Company. Il en était également l’administrateur jusqu’en 2022 et reste encore très impliqué dans les affaires de la famille Perrodo. Voilà qui fait désordre.

En matière de justice sociale, Perenco a la réputation d’être « l’une des compagnies pétrolières les moins respectueuses des populations indigènes » se trouvant là où elle décide d’implanter ses forages. Le site d’information Reporterre y a ainsi consacré (le 3-9) un article fort documenté. « Au cours des vingt dernières années, écrivent-ils, la société a été accusée de graves atteintes aux droits humains : menaces, enlèvements de syndicalistes et de militants écologistes, exécutions sommaires via des groupes paramilitaires… Ces actions se doublent de lourdes atteintes à l’environnement, en particulier des fuites d’hydrocarbures. Ces méthodes ont été observées en Colombie, et en République démocratique du Congo, au Gabon, au Guatemala… Et aujourd’hui, au Pérou. »

C’est donc désormais entre forêt amazonienne et cordillère des Andes que se développent les projets de Perenco : d’après nos confrères, l’industriel s’est lancé dans une bataille judiciaire pour obtenir le déploiement de 200 puits supplémentaires à proximité d’un gisement ayant déjà livré 200 millions de barils de brut. Car un détail dérange Perenco : le gouvernement péruvien souhaite préserver des parcelles occupées par des populations indigènes n’ayant jamais été en contact avec le monde industrialisé. « Ces peuples isolés sont particulièrement vulnérables aux maladies et risquent de disparaître au contact de virus inconnus de leur système immunitaire », précise Reporterre.

Pas sûr que l’argument refroidisse ce spécialiste de l’hydrocarbure.

Éditorial

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