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De jeunes fugueurs difficiles à « accrocher »

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L’occurrence de multiples fugues met souvent à mal l’accompagnement des mineurs en situation de prostitution. Une dimension peu évaluée et qui mérite une prise en charge individuelle.

« Ce sont des jeunes qu’on a du mal à approcher, je le vois dans mon quotidien, qui sont toujours dans l’errance, la fugue. Même quand on a l’impression d’avoir un lien solide, ils disparaissent subitement », narre Lolita Baesel, membre de l’équipe de recherche ayant mené une « Etude sur la représentation des travailleurs sociaux accompagnant des mineurs en situation de prostitution », réalisée en 2021. Cette doctorante en psychologie, qui exerce aujourd’hui au sein de plusieurs Mecs (maisons d’enfants à caratère social) de l’Association vosgienne de sauvegarde de l’enfant (AVSEA), perçoit là l’une des principales difficultés rencontrées par les professionnels. Un constat partagé par Marie Pellieux, responsable du département « mineurs » de l’Amicale du Nid en Seine-Saint-Denis : « Nous avons un nombre non négligeable de jeunes qui ne sont plus là, qu’on n’arrive pas à accrocher », regrette-t-elle.

Accompagnement individuel

Résultat ? Un suivi inconditionnel et à toute heure. « Avec ces jeunes, on est toujours dans l’urgence, dans l’inquiétude, et donc on va déborder de notre cadre en répondant au téléphone à 23 h parce qu’on a très peur pour eux », indique Lolita Baesel, Le cadre est tout aussi élastique sur les réseaux sociaux. Impossible aujourd’hui pour les éducateurs d’ignorer leur smartphone s’ils veulent préserver le lien avec ces adolescents volatiles. « Nous sommes obligés de passer par TikTok ou Snapchat pour pouvoir les suivre, renchérit la professionnelle. Il n’existe pourtant pas de réflexion sur la manière dont, nous, travailleurs sociaux, psychologues, accompagnants, nous pouvons nous en servir. Il faudrait que ce soit davantage normé, plus cadré, parce que très vite nous pouvons recevoir un message à 2 h du matin avec des jeunes bloqués qui veulent qu’on vienne les chercher. On déborde de notre cadre professionnel, cela peut très vite devenir compliqué. »

Ces urgences à la suite de fugues, Narjès Guetat-Calabrese les a rencontrées fréquemment au sein de son établissement. Cette directrice d’un foyer éducatif à Versailles évoque des « chocs », voire des « traumatismes » vécus au fil des ans par des jeunes filles, liés à des situations prostitutionnelles et à des violences physiques. « Ce qui est difficile, c’est qu’elles ont l’impression qu’elles sont totalement autonomes et qu’elles gèrent tout à partir du moment où elles se sont inscrites sur un site d’escort-girls. Le seul levier d’action pour nous, c’est la rencontre, ajoute-t-elle, et l’incitation à leur faire prendre ancrage sur le lieu. Nous leur transmettons le fait que, quoi qu’il leur arrive, elles ont notre numéro dans leur poche et on viendra. C’est sûrement aujourd’hui ce qui soutient l’ensemble des équipes. »

Pour cette dernière, face à ce type de situations, l’accueil en collectif tel que proposé actuellement ne constitue pas réellement une solution. D’autant qu’il peut mettre en risque les autres jeunes filles hébergées. « Si on veut vraiment s’emparer de cette problématique, cela ne passe pas par du collectif. La réponse est beaucoup plus individuelle. Cela fonctionne mieux quand on est sur un appartement extérieur et que l’on met les moyens pour disposer d’éducateurs de manière régulière, d’un surveillant de nuit et d’un accompagnement au long cours. Ce n’est qu’à ce prix que, parfois, on réussit. »

Là encore, des investissements sont nécessaires, comme l’indiquait la Cnape (la fédération de la protection de l’enfance) dans son dernier rapport. L’organisation jugeait alors « indispensable », lors des retours de fugue, « la mise en place de solutions d’accueil souples, modulables et spécifiquement prévues pour ces publics ». Tout en précisant : « Il peut s’agir par exemple de places prioritaires dans les structures, d’une mise à l’abri dans des appartements couplée à une présence éducative renforcée, de lieux d’accueil anonymes dédiés… Les associations regorgent d’idées, mais manquent de moyens et de partenaires pour les concrétiser. »

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